LES EMPRUNTS A PAUL JOVE
dition paraît bien inspirée par le passage de Paul Jove : & Verum tot ictibus ad tantam deventum erat tormentarii pulveris et pilarum inopiam, ut haec Polinus aut mutuo aut pretio a Barbarossa petere cogeretur, fremente atque objurgante barbaro.. ‘ » Enfin le récit de l'évasion de Carlo Vagnone, sieur de Dros, gouverneur de Mondovi, après la prise de cette place par del Vasto (4 novembre 1543), présente une double rédaction. Monluc avait d’abord raconté que de Dros se sauva déguisé en moine ou en prêtre et qu'il échappa aux soldats du duc de Savoie, qui cherchaient à le reconnaître, grâce à la complicité de lun d’eux ?. En revisant son texte, à cette version il en a substitué une autre, ürée de Paul Jove : de Dros, trompé par une ruse de del Vasto, capitula et se rendit « vies et bagues sauves ». « Toutesfois, ajoute-t-il, la composition, à la grand honte de du Gouast, feust mal gardée, et le seigneur de Droz poursuivy, lequel se sauva sur ung cheval d'Espaigne. » Pour comprendre cette phrase, il faut se reporter au texte de Paul Jove, qui conte que de Dros avait promis à del Vasto de lui remettre, outre la place de Mondovi, un château voisin; mais le capitaine du château, à qui de Dros avait confié la garde de son jeune fils, refusa de le rendre; de Dros, pendant ce temps, s’enfuit, « pernici equo vectus », et del Vasto, furieux, le fit en vain poursuivre. La phrase de la seconde rédaction montre bien que Monluc a eu connaissance de cette version. Dans la copie dont s’est servi Florimond de Ræmond, la version de Paul Jove a pris la place de la première rédaction. Gelle-ci n’a pourtant pas tout à fait disparu; Monluc l’a résumée ainsi : « On disoit qu'il s’estoit sauvé habillé en prestre, par le moyen d’un soldat italien qui avoit esté à luy. Je croy toutesfois que ce fust comme j'ay dict. » Cette dernière phrase montre que Monluc donnait, en fin de compte, la préférence à la version de Paul Jove *.
1. Pau Jovi op. cit., lib. XXXXUIII, fo 319 r°. — CamBrano a traduit Paul Jove (Historico discorso, col. 1073).
2. Le texte du ms. (fo 25 ro) a été donné par de Ruble, I, 166.
3. Pau Jovir op. ctt., fo 320 vo. — Le récit de P. Jove, traduit par Cambiano (col. 1075), est confirmé en partie par les documents. Voir À. SEGRE», Carlo II di Savoia…, pp. 180-181, qui remarque que les dépèches de Vespasiano Bobba sont muettes sur le stratagème prêté à del Vasto par Paul Jove.
4. De Ruble croit à tort à une lacune dans le texte. On est simplement en présence d’un remaniement resté imparfait : la mention de la haine que le duc
7h LA COMPOSITION DES ( COMMENTAIRES ».
Il à eu connaissance aussi du récit qu'a fait cet historien d’un autre événement qu'il avait lui-même conté, la « routte » et la prise de d’Ossun, devant Carignan, par la cavalerie du marquis del Vasto, et il a ainsi complété l’allusion qu’il avait faite, dans sa première rédaction, à la dispute qui s’ensuivit entre d’Ossun et Francesco Bernardino Vimercati : « Le Roy, après la délivrance dudict seigneur d’Aussun, les appoincta, parce que le seigneur Franciscou le fit appeller pour luy réparer le tort qu'il luy avoict faict, ayant dict au marquis de Gouast et ailleurs qu’il Pavoict abandonné au besoing. Ledict seigneur d’Aussun le rendit satisfaict.…. » Voici le passage de Paul Jove qui a inspiré cette addition : « Apud Vastium se a Vicomercato per ignaviam desertum [Ossumius] queritur. Quibus ex verbis superbe irateque prolatis delatisque ad Vicomercatum, orta est capitalis odii controversia, usque adeo accensa simultate ut Vicomercatus Ossumium, tanquam improbe mentientem et inique contumeliosum, ad singulare certamen provocaret. Sed rex, multorum testimoniis comperto ejus bellici incursus eventu, litem authoritate sua diremit, decusque praecipiti contumelia ereptum Ossumius Vicomercato restituit ". » Comment Monluc a-t-il connu Paul Jove? Je ne pense pas qu'il ait eu sous la main la traduction que Denis Sauvage en avait donnée en 1561 °. Je croirais plutôt qu’un ami de Monluc, quelque docte conseiller au Parlement de Bordeaux, peut-être Malvyn, lui communiqua, après les avoir traduits lui-même, les passages de l'édition latine 3. D'ailleurs, si Monluc n’a pasdirectement consulté, lorsqu'il a revisé son texte, la traduction française de Paul Jove, il n’en est pas moins certain qu’il la connaissait avant d'entreprendre son ouvrage. Il s’était fait lire le récit de la journée de Cérisoles et, comme on le verra, il s’est
de Savoie portait à de Dros est répétée deux fois, dans la première rédaction et dans l’addition.
1. Paurr Jovir op. cit., 0 321 vo. — Ce récit suit immédiatement, dans Paul Jove, celui de la prise de Mondovi.