‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 82 sur 533 · RaBurn, XXXI, 384, d’après PARADIN, 0p. cét · texte numérisé non relu

RaBurn, XXXI, 384, d’après PARADIN, 0p. cét

4. Monluc avait dit d’abord que le duc d’Albe le fit pendre. Il ajoute, d’après Rabutin : «et estrangler ». Paradin, Rabutin et Monluc paraissent s'être trompés; un document cité par À. SeGre (op. ctl., p. 50, n. 3) laisse entendre que le gouverneur de Moncalvo eut la tête tranchée. Brantôme, parlant de cette campagne (1, 310-313), a tout brouillé : il imagine que César de Naples était gouverneur de Volpiano pendant le siège de cette place. En fait il était resté avec le duc d’Albe à Pontestura. Il confond ensuite le siège de Volpiano et celui de Moncalvo et raconte que César de Naples fut pendu, pour sa « nattreté », sur l'ordre de don Alvaro di Sandez. Presque autant d'erreurs que de mots. Dans un autre passage (IV, 25), il rapporte le fait plus sommairement, mais plus exactement.

non seulement la forteresse de Pont de Sture, mais toutes les autres le long de la rive du Pau et de la plaine du marquisat de Monferrat; mais encore seroit un grand parement et affranchissement des appartenances de Casal !. » Monlue a copié : « Ceste prinse importa fort; car Moncalvo bridoict et tenoict subject non seullement le Pont-d’Asteure, mais toutes les places le long du Pau et de la plaine du marcquisat de Montferrat et avec cela asseuroit fort Cazal. »

Il a encore trouvé dans les Commentaires de la Gaule Belqique un important récit du siège de Thionville, auquel Rabutin assista comme homme d’armes du duc de Nevers et qu'il a raconté d’après ses souvenirs personnels. Monluc n’en a tiré que deux addiüons. Au début de la campagne, il avait d’abord simplement écrit que le duc de Guise quitta la cour pour s’en aller à Metz et de là assiéger Thionville. Après s’être fait lire le X£ livre de Rabutin où sont racontés en détail le siège de Calais et la prise de Guines, 1l a cru bon de rappeler ces deux faits d'armes, et aussi qu’à son retour d'Italie le duc avait été nommé lieutenant général du royaume”. Dans le récit de la mort de Strozzi, il a ajouté un petit détail également emprunté à Rabutin$. C’est tout ce qu’il a trouvé à glaner chez son devancier. Sa lecture, une fois de plus, lui avait causé une amère déception. Rabutin avait oublié de le citer, lui, colonel général de linfanterie, dans son récit du faux assaut, alors qu’il avait mentionné de simples capitaines. De plus,

1. RaBurTin, XXXI, 385. — Paradin avait dit : « Estant le chasteau.. bien suffisant pour reprimer les entreprises des ennemys et du Pont de Sture et autres plus voysines, lesquelles pourroyent grandement endommager Casal, sans la crainte et subiection dont elles sont bridées par le moyen de Moncalvo. » (Op. cit., 454.) Cette citation montre le « démarquage » opéré par le collaborateur de Rabutin, et aussi que Monluc a copié Rabutin et non Paradin.

>. Moxiuc, LH, 255 : « Le roy l’avoit choisi pour estre son lieutenent général en tout son royaume, dès qu’il feust arrivé d’Ytalie. Avant mon arrivée, Je trouvay quil avoit prins la ville de Calais et renvoyé les Anglois delà la mer, ensemble Guines...» Ragurin, XXXIL, 136 : « Et estoit M. de Guise desjà quelques jours de retour d'Italie, et arrivé à Sainct-Germain-en-Laye, où il vint trouver le roy; lequel, après y avoir quelque temps séjourné, le feist son lieutenant général sur tout son royaume. » Pour les prises de Calais et de Guines, voir XXXII, 137-159.

3. Ragunn avait écrit : € M. le mareschal de Strossy fut atteint d’une harquebusade au-dessus du tetin gauche, M. de Guise parlant à luy et ayant l’une

des deux mains sur son espaule. » (XXXIL, 187.) Monluc ajoute à sa phrase : « Estant monsieur de Guyse près de luy. » (IL, 275.)

il n'avait insisté que sur le rôle des grands chefs, du duc de Guise et du duc de Nevers, auxquels il avait attribué tout l’honneur de la prise. Monluc fut mécontent, comme il l’avait été en lisant du Bellay et, à la fin de son récit, il exhala sa mauvaise humeur dans cette addition significative : « Je ne veulx pas desrober l'honneur des autres, contant ce que je feiz. Je croy que les historiens, qui n’escripvent que des princes et grandz, en parlent assés et passent soubz silence ceulx qui ne sont pas d’une si grande taille". » Puis il rejeta le livre sans prendre garde qu’il y eût trouvé des détails nouveaux sur la prise d'Arlon et la revue de Pierrepont.

Martin du Bellay, Paul Jove, Guillaume Paradin et François de Rabutin sont les seuls auteurs dont Monluc s’est servi pour reviser sa première rédaction. On voit quel usage il en a fait. Ils lui ont permis de mieux enchaïîner son récit, de rattacher à l'ensemble des événements les faits particuliers qu’il avait racontés. Ils lui ont fourni des transitions etun exorde pour le livre IT; du Bellay lui a suggéré quelques considérations générales; à Paradin, il a pris une page qu’il a presque textuellement transcrite. Mais il leur a surtout emprunté de menus détails, des chiffres, des noms propres. Un seul cas mis à part, où, s’inclinant devant l’autorité de Paul Jove, il a rectifié sa version, partout il a maintenu son texte primitif. Ses récits de la journée de Cérisoles, de la camisade de Boulogne diffèrent sensiblement de ceux de du Bellay ; sauf un détail, d’ailleurs essentiel, pour le premier, il n'en a rien modifié. Le travail de contrôle auquel il s'était astreint lui donna les résultats que sa vanité en espérait. IL fut convaincu que presque partout il avait été mieux informé que ses devanciers ; il en ressentit un profond dédain pour les historiens de profession et aussi un certain orgueil. Il dicta sans doute alors cette phrase : «Que si je voulois estre historien et que le Roy me commandast d’escripre la véritté, je vouldrois bien asseurer que je le ferois aussi bien que homme de France, encores que je ne sois pas grand clerc.., j’entendz des lieux où j’estois, et non des aultres. Car je ne vouldrois escripre choze aulcune pour ouir dire”. » Au contact des livres, il avait pris conscience de la

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