‹ Blaise Pascal et Antoine EscobarChapitre 7 sur 7 · Pascal et son temps, tome TIT, p. la/J · texte numérisé non relu

Pascal et son temps, tome TIT, p. la/J

2. Prosper Faugère, Introdiiciion aux Œuvres de Pascal, p. cxLvii. La fin est en italien dans le texte.

Nullement. Jamais Pascal ne Ta considéré comme un de ces êtres immondes qui sèment la corruption de gaîté de cœur et qui cherchent à pervertir leurs lecteurs. Jamais il ne l'a accusé d'être entré de propos délibéré dans un vaste complot tramé par des scélérats contre la morale évangélique. Il a montré les effroyables conséquences de ses doctrines ; il n'a jamais incriminé ses intentions. Il Fa traité comme il traitait ce bon jésuite imaginaire qui, sans penser à mal, par complaisance et par bonté d'âme, débite le plus tranquillement du monde les énormités que l'on sait. Escobar est à vrai dire une doublure du jésuite des Provinciales, de ce bonhomme que Pascal montre d'abord bien ridicule, et contre lequel il finit par s'indigner.

L'auteur de la Théologie morale n'était pas un méchant homme, pas plus que ce Bridoye dont s'est égayée la verve de Rabelais. Bridoye jouissait d'une grande réputation d'intégrité, et voilà qu'un jour il fut accusé d'avoir mal jugé. Il était désolé ; il ne comprenait pas pourquoi on le traitait avec une sévérité si injuste, car il s'était servi des mêmes dés que par le passé, et les jugements qu'il avait rendus par ce moyen avaient toujours été considérés comme conformes à

l'équité. Durant vingt ans et plus, Escobar avait décidé les cas de conscience d'après ses illustres confrères, et jamais on ne l'avait trouvé ridicule ou odieux ; pourquoi s'en prendre à lui qui n'avait rien inventé ? Que ne s'en prenait-on à ceux dont il reproduisait les théories avec une fidélité scrupuleuse ? 11 n'y a que ce moyen de justifier Escobar ; ce malheureux n'est pas responsable du mal affreux qu'il a fait et qu'il fait encore. On peut le plaindre, on ne doit pas le considérer comme criminel ; ce n'est pas lui qu'il faut maudire, c'est la discipline de fer à laquelle on l'a soumis dès son jeune âge, c'est le régime par trop déprimant qui a détraqué sa cervelle. Ce sont les fameuses ConstUatlons des Jésuites qui l'ont fait ce qu'il a été, un homme incapable d'avoir une idée à lui, un admirateur béat de tout ce que disent et ses supérieurs et même ses moindres confrères, un compilateur peu intelligent qui copie ou résume tout ce qui lui tombe sous la main. Aujourd'hui, les Jésuites qui trouvent la règle trop dure quittent la société et se contentent d'en conserver l'esprit, les doctrines et les procédés ; au temps d'Escobar, on ne sortait pas des rangs, on mourait profès des quatre vœux, et on pratiquait l'obéissance passive. Tel a été le

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théologien de \ alladolid ; on ne peut pas lui en faire un crime, mais vraiment il est difficile de le proclamer un grand homme méconnu, un rigoriste et un saint calomnié ; Pascal l'avait bien compris et bien jugé.

ABDEVILLE. — IMPRIMERIE 1'. PAILL.Mlï

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