‹ Blaise PascalChapitre 13 sur 20 · PRÉFACE. XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIII

Pascal a dit vrai ; le soleil n'éclaire rien ici-bas qui ne soit misérablement imparfait, et lui-même en est la preuve. Quelle imperfection, quelle révolte misérable de la matière contre l'esprit que ce corps sitôt usé et toujours malade, abîmant, obscurcissant, étoufîant enfin une telle lumière! et cet esprit lui-même, quel étonnant mélange de grandeur et de misères, de justesse et de chimères, de pénétration et de rêveries! Quelles angoisses du cœur en échange de quelques pures jouissances de l'entendement! Le fruit rongé par le ver, un champ de bataille couvert de morts, un enfant expirant dans les douleurs, un peuple libre qui tombe en servitude, n'offrent point de plus triste problème à notre curiosité impartiale et ne proclament point plus haut qu'une telle vie l'imperfection de tout ce qui est dans le monde. Et ce qui est un autre abîme, c'est qu'il y a, dans le spectacle même de ces agonies et de ces ruines, je ne sais quelle beauté qui chatouille une des fibres les plus mystérieuses du cœur de l'homme.

Pascal aussi clairvoyant et plus raisonnable, Pascal aussi éloquent et moins déchiré attirerait moins notre regard. Mais nous ne pouvons détourner nos yeux de la flamme qui les consume, comme les Romains, admiraient les nuances changeantes qu'une mort lente faisait passer sur la murène, ou comme nous admirons nous-mêmes les couleurs étranges et brillantes que nous donnons à certaines fleurs en les abreuvant de poison.

Prévost Paradol.

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