PREMIERE PARTIE
tirant sa montre. J'ai parié que je ne repasserais le seuil de cette porte qu'au bout de ^ix minutes... Tenez, il s'en faut de trois minutes encore.
— Sortez ! répéta Matthéus, ou les conséquences de celte obstination retomberont sur votre tête.
— A moins qu'elles ne retombent sur la vôtre, très-cher.
— Pour la dernière fois, sor tirez-vous?
— Ne me faites donc pas de questions saugrenues comme celle-là. Et ma gageure que je perdrais !
— Eh bien donc! reprit Matthéus dont la patience était à bout, je vais vous faire sortir sans que vous passiez le seuil. De cette façon, vous gagnerez votre pari au lieu de le perdre.
— Vous visez à l'esprit, cher ami, reprit le prince ; mais " la chose ne me paraît pas facile.
■— Très-facile, au contraire.
— Et de quelle manière vous y prendriez-vous?
— De celle-ci ! s'écria Matthéus d'une voix tonnante. Et il s'élança sur Ivan.
L'intérêt excité par cette scène étrange s'était étendu, de proche en proche, bien au delà du petit cercle d'intéressés dans lequel il avait été d'abord circonscrit. Tous les yeux étaient maintenant fixés sur la loge de Blanche avec un vif sentiment de curiosité.
L'exclamation de Matthéus retentit dans la salle comme un rugissement; le prince parut, luttant un instant, dans les bras nerveux de son adversaire, et fut précipité dans l'orchestre, la tête la première.
Ce fut comme un immense coup de tam-tam : lampes, pupitres, contre-basses et violons volèrent en éclats, et deux T3a\isiciens 'furent renversés du choc.
Le prince Ivan gisait pâle et sans mouvement ; le sang ruisselait de sa bouche à grands flots.
Blanche s'était évanouie, non pas de l'œil gauche, comme cela se pratique souvent, et dans l'attitude pittoresque et