‹ Blanche MortimerChapitre 8 sur 96 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

ris; j'y suis resté, parce que vous êtes si incomparablement belle que tous les rêves de mon imagination se trouvent dépassés... Que m'importe 4e pari, maintenant!... Il s'agit bien de cela, mon Dieu ! Dites un mot, pardonnez à mon audace, accordez-moi la faveur de vous revoir, où et quand vous le voudrez, et je me retira à l'instant même, faisant ainsi le sacrifice des quelques minutes qui me restent, et pour chacune desquelles je donnerais cependant ma vie entière.

La rougeur de l'indignation monta au front de Blanche et en effaça la pâleur ; elle se leva avec tant d'impétuosité et de résolution, que la main du prince, qui étreignait la sienne, fut impuissante à la retenir sur sa chaise.

— Madame, dit le prince en la retenant toujours d'une main, pas de cris, pas d'esclandre...

En ce moment, la loge s'ouvrit et Matthéus parut.

Il y avait bien réellement entre Matthéus et le prince une ressemblance telle qu'ils auraient pu passer pour frères, mais comme deux chênes dont l'un se flétrit et s'effeuille, tandis que l'autre développe, haut et fier, sa yigoureuse ramure.

Cependant Matthéus était entré comme un ouragan, les poings crispés, l'éclair jaillissant de son orbite, prêt à terrasser, à écraser, à pulvériser; et maintenant, après avoir regardé l'inconnu avec un muet étonnement, irrésolu, troublé, il demeurait immobile et les lèvres tremblantes.

Une douche venait de tomber sur sa fureur.

A peine déconcerté pendant une seconde, le prince avait à l'instant repris l'attitude d'un homme résolu à répondre de ses actions. Rien ne saurait rendre le calme et l'insolence du défi qu'exprimaient ses regards.

Le premier mouvement de Blanche, oublieuse d'elle-même et de l'outrage subi, avait été de se précipiter entre eux. Elle connaissait Matthéus, ou du moins croyait le connaître,

et redoutait de sa part une de ces provocations implacables qui ne se lavent que dans le sang ; aussi fut-elle saisie d'une inexprimable angoisse, lorsqutelle l'entendit parlementer froidement avec l'homme qui l'avait insultée.

— Que faites- vous ici? demanda Matthéus.

— Ce que je fais ici? Je crois, Dieu me pardonne! que vous m'interrogez? dit le prince.

— Sortez ! reprit Matthéus ; sortez de cette loge à l'instant !

— Il ne me plaît pas d'en sortir.

Toutes les illusions de Blanche furent alors sur le point de s'évanouir. Une douloui*euse pensée traversa son esprit : l'homme à qui, dans l'exaltation de son premier amour, elle avait prêté toutes les grandes quahtés qui font les héros, ne serait-il qu'un lâche?

Les femmes sont ainsi : elles redoutent le courage, mais elles l'aiment et l'exigent dans celui qu'elles ont préféré.

Matthéus était d'une pâleur mortelle; évidemment une crainte invincible paralysait la colère qui le suffoquait, à ce point que les paroles ne sortaient de ses lèvres que hachées et par saccades, comme l'écume de la bouche crispée des épilep tiques.

— Apprenez donc à vivre, mon cher, et soyez plus poli, reprit le prince d'un air railleur à se faire tuer sous le bâton. Est-ce que l'on entre ainsi à l'improviste dans une loge sans frapper, sans saluer, sans...

— Encore une fois, que faites-vous ici? répéta Matthéus,

— Tenez, grâce à ce que je suis ce soir d'une charmante humeur, je veux bien vous le dire : je suis venu pour demander à madame la rose que voici.

Et, la détachant de sa boutonnière, il la porta insolemment à ses lèvres.

— - Sortez ! s'écria Matthéus râlant de fureur. — - Pas encore, mon cher, reprit froidement le prince en

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