OÙ ? OÙ
LE RAMIER
L'ermite est mort.
LE HIBOU
L'ermite de la caverne ?
LE RAMIER
A l'heure du dîner, les biches qu'il nourrissait chaque jour l'aperçurent entre les pieux de lapalissade, gisant à terre, les bras en croix. Peut-être, pensèrent-elles, achève-t-il sa prière ; et sagement, elles attendirent. Cependant des heures coulèrent et rien ne bougeait sous la
robe de bure. Les biches, qui avaient grand faim, s'ingénièrent à pousser la porte : le corps de l'ermite était déjà froid.
LE HIBOU
Pauvre bon ermite ! Le dimanche, quand sa petite cloche sonnait matines, les btes se rassemblaient dans la clairière. 11 nous sermonnait, nous recommandait de ne point nous faire de mal, de nous entraider, au contraire, et nous bénissait.
LE CORBEAU
Pauvre bon ermite ! Il aimait nous entendre jacasser à notre aise et répétait : « Mes frères, soyez joyeux ! » Mais lorsqu'il lisait dans son livre, chacun savait qu'il voulait le silence et toute la forêt se taisait.
LE RAMIER
Pauvre bon ermite ! Par les clairs soirs d'été, il se plaisait à faire chanter son violon, et c'était si beau, si beau, qu'on se croyait en paradis.
Le Hibou buvait à la source.