‹ Blanchette: comédie en trois actesChapitre 17 sur 45 · BLANCHETTE, AUGUSTE MORILLON, ROUSSET, MORILLON · texte numérisé non relu

BLANCHETTE, AUGUSTE MORILLON, ROUSSET, MORILLON

ROUSSET

Voilà le père Morillon, avec son gars. Ah ! ces deux-là, on ne les voit jamais l'un sans l'autre.

MORILLON

Ahl c'est qu'il n'y a pas beaucoup de pères et de fils qui s'entendent aussi bien que nous. Pas vrai, Auguste?

BLANCIIETTE 49

AUGUSTE

Oui, papa.

MORILLON

Je n'ai pas de meilleur ami que lui, et lui pas de meilleur ami que moi. La semaine, nous travaillons ensemble, et le dimanche, nous allons ensemble faire notre petite partie. Le soir, après dîner, on reste chez soi, les coudes sur la table, en face l'un de Tautre. On fume chacun une pipe, en parlant des choses du passé, et on fait ensemble des châteaux en Espagne.

ROUSSET

Vous ne voms ennuyez jamais ?

MORILLON

Non. Il est plus instruit que moi. Un peu... pas trop. Il me raconte ce qu'il a lu dans les livres, il me lit le journal, et voilà.

ROUSSET

Ah! vous avez de la chance I Allons faire notre partie de dominos. {Ils s'installent à droite.)

MORILLON

Allons-y.

ROUSSET

Donne-nous la goutte, toi, et les dominos.

(Mouvement de Blanchette,]

AUGUSTE, qui Va vu.

Ne vous dérangez pas. Je n'ai rien à faire, moi :

50 BLANGHETTB

ça me distraira... (// sert son père et Rousset et revient près de Blanchette qu'il regarde travailler,)

MORILLON

J'ai quelque chose à vous dire, père Rousset.

ROUSSET

Heu! pour la terre?

MORILLON

Oui.

AUGUSTE, à Blanchette.

Vous êtes triste?

Oui, je m'ennuie. f

ROUSSET

Quoi donc ?

MORILLON

Il y aurait un moyen de Tavoir la terre, et... •pour rien !

ROUSSET

Pour rien?

MORILLON

Vous ne pensez pas à marier Blanchette?

ROUSSET

Oh ! marier une fille comme ça ! Une fille de c't*instruction-làI Une fille qu'a son brevet. Mam'zelle Galoux qui est pourtant la fille d'un homme instruit, elle n'a pas pu l'avoir ce brevetlà, elle I

BLANCDETTE 51

MORILLON

Pas possible.

ROUSSET

Elle a été... [A Blanchette.) comment que tu dis ça, toi? Elle a été collée à l'oral.

Hein I

ROUSSET, jouant.

V'ià la négresse.

MORILLON

Du quatre.

ROUSSET

N'n'ai point.

MORILLON

Cor du quatre.

ROUSSET

N'n'ai toujours point.

AUGUSTE, à Blanchette.

Qu'est-ce que tu as?... Qu'est-ce que vous avez?...

Ahl oui, c'est vrai... nous nous disions tu, autrefois.

AUGUSTE

Mais maintenant, je n'ose plus. Vous rappelezvous comme nous étions amis.

Je vous appelais mon petit mari.

MORILLON

Du trois, puis du trois, domino !

ROUSSET

Vous n'n'avez point de caché dans vos manches?

MORILLON

T'nez, regardez.

ROUSSET

A moi la touille»

AUGUSTE

Vous ne pensez pas à vous marier?

Moi ? non I

AUGUSTE

Ahl

AUGUSTE

Alors, nous aurions mieux fait, mon père et moi, de rester chez nous.

Pourquoi ?

Saveit- vous ce que mon père est venu demander au vôtre ?

Non.

BIANCHETTE 53

AUGUSTE

Yotre main... pour moi... S'il la lui accordait, qu'est-ce que vous diriez ?

Je vous aime bien, mais...

MORILLON

Je voudrais vous parler d'ma terre, père Roussel.

ROUSSET

Vot' terre? Que terre?

MORILLON

N'en parlons plus... Du trois.

ROUSSET

Du cinq. Non, mais que terre?

MORILLON

Non, non, mettons que je n'ai rien dit. Du quatre.

Quoi?

MORILLON

Du deux.

ROUSSET

C'est d'ia terre du bois David que vous voulez parler?

MORILLON

Moi? non.

ROUSSET

En v'ià une mauvaise terre...

54 BLANGHETTE

MORILLON

Mauvaise, ma terre !

ROUSSET

Oh I je né dis pas, pour y ramasser du caillou, ça peut cor aller.

MORILLON

Du caillou 1 Du caillou !

ROUSSET

Enfin, combien qu' vous voulez m'ie vendre vot' champ de moellons?

Vous en avez envie, hein ?

ROUSSET

Moi I du six... et pis cor du six... domino.

MORILLON

Y en a point sous la table?

ROUSSET

Non, regardez I

MORILLON

Je n'ia vendrai jamais, ma terre.

ROUSSET

Ahl

MORILLON

J'ia donnerai à Auguste p't'être, quand il se mariera.

ROUSSET

Oui.

BLANCHETTB 55

MORILLON

Oui. Pour avoir ma terre, faut avoir une fille à marier.

Oui.

MORILLON

Oui... Vous, Blanchette, vous ne voulez pas la marier? ^

ROUSSET

Euh ! Euh !

MORILLON

Ça ferait un joH couple.

ROUSSET

Qui ça?

MORILLON

Eux deux.

ROUSSET

Je ne dis pas non.

MORILLON

Voyons... Voulez-vous me donner Blanchette pour mon fils ?

ROUSSET

Hein? Blanchette... pour... ah! noni Ah! non! A ce prix-là, mon vieux, pour rien, elle serait encore trop cher votre terre... Ah ! vlà justement la bourgeoise I... Hé! dis donc, le père Morillon qui m'demande Blanchette en mariage pour son gasl

MADAME ROUSSET

Ah I non I Nous n'avons pas laissé notre enfant à Técole jusqu'à vingt ans pour la donner à un ouvrier comme nous.

ROUSSET

Vous entendez, père Morillon, faudra repasser quand vous serez millionnaire.

AUGUSTE

. Allons-nous en, père, allons-nous en.

ROUSSET

Quoi ! Allons-nous en ? Tas pas besoin de te fâcher. Nous n'en sommes pas plus mauvais amis pour ça.

MORILLON

C'est bon I c'est bon I

ROUSSET

Père Morillon, c'est pas possible. Vous comprenez bien qu'elle est trop instruite pour ^ous.

MORILLON

C'est bon. Gardez-la pour un marquis votre fille. Pour le mal que je vous veux, je vous souhaite de ne pas vous repentir d'en avoir fait une demoiselle. Bonsoir, la compagnie.

ROUSSET

Nous repentir I... Nous verrons, mon vieux.

C'est ça, nous verrons.

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