‹ Blanchette: comédie en trois actesChapitre 28 sur 45 · SCÈNE XI BLANCHETTE, LUCIE, MONSIEUR GALOUX · texte numérisé non relu

SCÈNE XI BLANCHETTE, LUCIE, MONSIEUR GALOUX

LUCIE

Bonjour, Elise !

Toi! Ohl que je suis contente de te voir.

M. GALOUX

Bonjour, Mademoiselle...

Bonjour, monsieur Galoux... Quel bon vent vous amène? (A Lucie.) Tu vas bien?

LUCIE

On dirait que tu as pleuré I

Ce n'est rien, ce n'est rien... Vous êtes bien ai-

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mable de m'amener Lucie. Quoique mes parents soient très bons pour moi, je m'ennuie à attendre.

M. GALOUX

Je vous apporte des nouvelles, au sujet de votre nomination au poste d'institutrice.

Elles sont bonnes?...

M. GALOUX

Oui. Ma chère enfant, il y avait deux mille candidates à placer avant vous. J'ai employé toutes mes relations en votre faveur, et maintenant...

Maintenant?

M. GALOUX

Vous n'êtes plus que la cinq cent quatorzième.

Et alors, il faudra attendre... encore combien de temps?

M. GALOUX

Peut-être six mois, peut-être un an.

Ecoutez, monsieur Galoux, je ne veux pas vous faire de longues supplications : je vous dirai seulement ceci, c'est que si je dois attendre non pas un an ni six mois, mais seulement six semaines» ce n'est plus la peine de vous occuper de moi.

94 BLANCBETTS

H. 0ALOinC

Parce que?

Parce que je serai morte d'ici là.

On parle facilement de la mort à votre âge, ma chère petite, mais on ne fait qu'en parler.

Je ne suis pas une jeune fille comme une autre. Je ne puis tout vous dire, monsieur, et il faut que vous me compreniez à demi-mot. Bien que mes parents soient très bons pour moi, je le répète, je souffre beaucoup ici, beaucoup, et mon père et ma mère ont aussi un grand chagrin de me voir inoccupée. On s'aigrit mutuellement, on devient injuste les uns envers les autres, et un moment arrive où la vie en commun n'est plus possible. Nous en sommes là.

M. GALOUX

Oui, oui... Voyons, ne vous désolez pas... J^ ne vois rien... à moins que...

LUCIE

A moins que...

Ma foi, c'est assez difficile à vous proposer. Consentiriez-vous à être demoiselle de compagnie auprès d'une jeune fille de votre âge, qui se

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prépare aux examens et à laquelle vous serviriez de répétiteur ?

BLANCflETTE

De grand coettf.

M. GALOUX

Même si cette demoiselle était Lucie?

LUCIE, r embrassant.

Oh! papal que tu es gentil I

BLANGHËTTE

Mais ce serait le paradis...

M. GALOUX

On vous donnerait, par mois...

N'en parlons pas... La nourriture et le logement, c'est tout ce que je demande

M. GALOUX

Nous verrons.

Quel bonheur!

Quel bonheur I

LUCIE

M. GALOUX

Une minute... Je vous demande, mon enfant»

trois jours de patience — trois jours, ce n*est pas trop. — Pendant ce temps, je tenterai une nouvelle démarche à la préfecture, et si elle ne réus-

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sit pas, vous n'aurez plus qu'à demander à votre père si notre arrangement lui convient. î*i oui, je viens m'entendre avec lui, et c'est chose faite, {^ais il faut ne rien dire à personne d'ici là.

Je vous le promets.

M. GALOUX

Maintenant, parlons d'autre chose. Il y a demain chasse à courre chez M. de Hautfort Nous ne sommes pas de la chasse, mais nous irons la voir passer...

LUCIE

Il reste une place dans la voiture.

M. GALOUX

Et Lucie a pensé à vous Toffrir.

Oh! qu'elle est gentille 1... Mais je nai rien à me mettre...

LUCIE

Tu peux venir n'importe comment.

M. GALOUX

Nous serons seulement tous les quatre : mon fils Georges, Lucie, vous et moi... Je comptais rencontrer vos parents pour vous demander à eux...

Maman va rentrer bientôt. C'est joli, une chasse à courre?

LUCIE

Oh 1 oui, c'est joli... Et puis il y aura là le plus beau monde.

C'est bien barbare, ne trouves-tu pas? Cette malheureuse bête qu'on poursuit toute une journée...

LUCIE

Mais c'est un des plaisirs les plus distingués qu'il y ait.

Je sais, mais il me semble que les femmes du inonde devraient former entre elles une sorte de ligue de la pitié, pour empêcher les hommes d'être aussi cruels... Je vous demande pardon, monsieur.

M. GALOUX

Je suis de votre avis. Les bêtes plus grosses qu'un lièvre, ça me fait de la peine de les voir tuer.

Je sais bien que cette chasse permet au luxe de se déployer, donne aux bons cavaliers l'occasion de montrer adresse et courage, mais tout cela n'est que vanité... Ne vous semble-t-il pas, monsieur Galoux?

M. GALOUX

Parfaitement, mademoiselle.

08 BI.ARCBBTTK

BLANGBBTTE

Si Ton pouvait décrire les souffrances morales du cerf ainsi poursuivi, on nous tireraitles lannes des yeux.

M. GAtOUX

Oui, mais lô cerf a*t-ll vraiment des souffrances morales?

BLANGHfiTTE

Je le crois. Dans tous les cas, si j'étais châtelaine..'. (Entrent Rousset et le cantonnier du premier acte.)

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