SCÈNE XII
Lxs MâMBs, BOUSSET, LE CANTONNIEH, puis MADAME ROUSSET.
ROUSSET
Dis donc, Blanchette, c'est-y vrai que tu as refusé de servira boire à cet homme-là?... Bonjour, monsieur Galoux, bonjour, mademoiselle... Réponds. C'est-y vrai que tu as refusé à boire à cet homme-là?
BLANGHETTB
Je ne me rappelle pas...
ROUSSET
Il s'agit de tirer la chose au clair... {Allant à la porte de gauche.) Hél la bourgeoise, arrive ici.
BUNCaETTB
{Entre madame Roustet.) Vous allez être témoin, monsieur Galoux. Voilà Bonenfant, le caiitonaieri un ami à moi et un client... Depuis déjà un bout de temps, je me disais : Tiens, on ne voit plus le père Bonenfant. . . Voilà- t*il pas que tout à l'heure, 6B passant devant Tautre débit, celui qui a le bureau de tabac, je rencontre Bonenfant qui. en sorCait. « Tiens, que je lui dis, vous nous avez re* tiré votre pratique. —Non, qulimerépond, mais maintenant vous ne recevez que les grands seigaeurs... » Alors, il m'explique qu'un jour, il est venu, que la bourgeoise ni moi nous n'étions pas là, et qu'on a refusé de le servir... Je veux savoir si c'est vrai.
LE CANTONNIER
Votre demoiselle m'a dit qu'elle ne savait pas... Mademoiselle Galoux peut le dire, elle était là.
BLANCHETTE, après un moment d'embarras.
Je n'aime pas mentir : c'est vrai.
LE CANTONNIER
.Ah 1 vous voyez bien I
ROUSSET, furieux.
Eh bien! tu vas lui demander pardon, à cet homme à qui tu as fait de la peine, que tu as vexé... Tu vas t'excuser auprès de lui de ton orgueil... C'est un cantonnier, c'est vrai, mais c'est un ami de ton père, et tu dois le respecter. Ahl tu as peur de salir tes mains en servant à boire à
un brave homme!... Si j'ai pu te mettre à l'école jusqu'à vingt ans et te donner cette instruction dont tu es si vaniteuse, c'est parce que ni ta mère ni moi, nous n'avons rougi de ce métier dont tu as honte à présent. (// va prendre un tablier sur une table.) Tu vas mettre ce tablier... Sans un mot, ou je te gifle devant tout le monde ! (// lui met le tablier.) Tu vas demander pardon au cantonnier, et tu vas lui donner une tasse de café.
BLANCHETTE, allant au cantonnier.
Monsieur, je vous demande pardon. {Elle pleure.)
LE CANTONNIER
Il ne faut pas pleurer pour ça, Blanchette, je ne t'en veux pas.
ROUSSET
Oui, oui, c'est bon. Sers-le maintenant.
MADAME ROUSSET
Allons I ça suffit comme cela. Je vais le servir, moi.
ROUSSET
Tiens-toi tranquille. (A Blanchette.) Et toi, obéis. '{Toujours pleurant, Blanchette apporte une tasse devant le cantonnier.)
LUCIE, simplement.
Je vais t' aider. [Elle apporte le sucrier. Blanchette verse le café,)
BLANCHETTE iOi
M. GALOUX
Si mademoiselle Blanchette a eu un tort, elle l'a tout à fait réparé, père Roussel, et il me semble qu'à votre tour...
Je vous demande pardon, monsieur Galoux, là-dessus, je n'en ferai qu'à ma caboche... Charbonnier est maître chez lui...
M. GALOUX
C'est bien. Je venais vous demander de laisser votre fille venir passer la journée demain avec Lucie.
ROUSSET
Oui, oui, mais demain je ne sais pas... Vous êtes bien aimable. On verra.
M. GALOUX
Comme vous voudrez... Bonsoir, père Roussel... Bonsoir, mademoiselle... Voyons, père Roussel, regardez comme elle pleure, cette pauvre petite ..
ROUSSET
C'est bon ! c'est bon ! si vous croyez que ça me touche, ces manières-là! Au revoir, monsieur Galoux. Au revoir, mam'selle Galoux... [Lucie embrasse Blanchette silencieusement et sort avec son père, Lepî^re Boneîifant a bu son café tranquillement.)
LE CANTONNIER
Eh bieni voilà une bonne tasse de café...
i02 BIAKCUETTB
Payez pas. C'est ma tournée...
LE CANTONNIER
Allons! elle est encore meilleure... A la revoyure I
ROUSSET
Et maintenant, ^vous n'irez plus chez le coacup-
rent, hein?
LE CANTONNieA
Ça, non î .
ROUSSET
Bonsoir. {Le cantonnier sorl.)