SCÈNE II ROUSSET, MADAME ROUSSET, M. GALOUX
M. Galoux, 55 ans, en veston et chapeau mou, grisonnant, parait à droite.
H. GALOUX, donnant une poignée de main à Roussel. Oui, je l'ai vue. Eh bien I ça va-t-il comme vous voulez, père Roûsset?
ROUSSET
Ça va bien tranquillement. Entrez donc, mon, sieur Galoux, entrez donc.
Avec plaisir. (A madame Roussel.) Bonjour, madame Rousset.
MADAME ROUSSET
Bonjour, monsieur Galoux. (Rousset a fermé la porte.)
6 • BLANCÈETTE
ROUSSET
Là I Asseyez- VOUS. {Il tire son tuboUrëi de sôûs la table ronde.) Il fait bon ce matin.
M. GALOUX
Mais oui.
MADAME ROUSSET
Qu'est-ce qu'on peut vous offrit ?
M. GALOUX
Oh ! merci, je ne prends jamais rien avant déjeuner... Ça va-t-il, le cortimérce ?
MADAME ROUSSET
Vous savez, le débit ne rapporte pas beaucoup. Il y a des jours où nous ne voyons personne.
Heureusement que Roussel travaille à notre terre...
ROUSSET
Et encore qu'on a bien du mal. Unfe térrë qtlê nous avons achetée dans le temps, quand îe commerce allait bien ; nous avions le bureau de tabac alors I On nous Ta enlevé pour le donner au patron de Tautre débit... parce qu'un ancien ministre est venu demeurer dans une maison où son cousin est concierge à Paris. Ah I ça me va phis guère I
MADAME ROÙSSET
Mais ce n'est pas pour cela qUe le teiiipg iious dure.
BLANCUETTE
M. GALOUX
Pourquoi vous dure-t-il ? racontez-moi cela...
MADAME ROUSSET
C'est pour Blanchette... pour Elise... pour notre fille enfin. Quand elle était petite, elle était toute pâle, alors, on l'appelait Blanchette et le nom lui est resté... C'est pour elle que...
ROUSSET
Mais oui ! Voyons, monsieur Galoux, on est toujours à parler du gouvernement... vous devez savoir cela, vous qui allez être député...
Oh ! vous allez bien vite...
RDUSSET
Sien vite! ié voiis le dis, nioi... Et quand le père Roussel dit quelque chose, c'est comme si le notaire y avait passé... Je ne suis pas une fichue bêle! Je h'âi pas été à l'école, c'est vrai ; c'est tout juste si je sais lire et écrire, mais il y en a encore plus d'iin à qill j'en remontrerais... Eh bien ! pourriez-vous me dire, à (\\iOi bd sert que le gouvernement ait délivré ce papier-là à nbtfë enfant? [il va au fond, fnonte sur Un banc et décroche le brevet sous vérr^ qui était suspendu au mur.) Il y en a pourtant des cachets et des signatures. Tenez, vous q[ui avez de bons yeux, lisez cela... moi^ je vais chercher les miens.
// va prendre ses lunettes sur le comptoir, les met et revient.
M. GALOUX
Qu'est-ce que c'est?... A.hl le brevet de capacité de votre fille.
ROUSSET
Oui. Il est revenu ce matin de chez l'encadreur... On peut bien le mettre sous verre : il nous coûte assez cher, ce papier-là I...
Il n'y a que le bon Dieu qui le sait, combien il nous coûte.
ROUSSET
C'est pourtant bien en règle... {Lisant.) « République française... Brevet de capacité pour l'enseignement primaire. Institutrices. Brevet supérieur... Vu le décret... Vu l'arrêté... Vu le procès- verbal... Vu le certificat... Délivre à Mademoiselle Rousset Elise-Marguerite, le présent brevet. »
M. GALOUX
Oui, je vois.
ROUSSET
Eh bien I depuis six mois, qu'on l'a trouvée bonne à être institutrice, pourquoi ne la prendon pas?
M. GALOUX
C'est qu'il y en a d'autres à caser.
ROUSSET
Qu*est-ce que ça peut me faire, les autres?
Est-ce qu'il y en a de plus instruites que Blanchette? Mademoiselle Lucie, votre demoiselle, peut bien vous le dire puisqu'elle était dans la même pension.
M. GALOUX
Ma fille, en effet, me parle tous les jours de mademoiselle Élise qui est sa meilleure amie ; nous vous portons beaucoup d'intérêt, vous le savez. Je vous promets de dire un mot au préfet.
ROUSSET
Oui... Il fera bien de se dépêcher, monsieur le préfet, parce que tout cela, vous savez, ces retards, ces... au point de vue politique, ça ne fait pas- bon effet dans le canton. Je vous en parle, moi... c'est pour en causer... Seulement on se dit : Tout de même, on ne protège guère les ouvriers.
M. GALOUX
Je vous promets de m'en occuper.
ROUSSET
Vous serez bien bon. Il faut que la jeunesse travaille. Si vous avez gagné votre fortune, vous, ce n'est pas en vous tournant les pouces, pas vrai, c est en vendant des cuirs: en en vendant dur et ferme... Moi, je ne veux pas de paresseux dans ma famille.
10 BLANCHÊTfÉ
M. GALOOX .
Et VOUS ave2 raison... Dites à mademoiselle Elise qu'elle prenne patience...
MADAME ROUSSfiT
Mais c'est qu'elle s'ennuie, la pauvre petite!
M. GALOUX
Lucie viendra la voir tout à Theure, *
C'est ça ! •
MADAME ROUSSET
Et vraiment, vous ne voulez fietTpfëndfe? Pas môme un petit verre de cognac?,..
M. GALOUX
Non, non, merci. Je me sauVe*
ROUSSET
Alors, monsieur Galoux, on peut compter feuf