ACTE DEUXIÈME
ÉLISE
Je veux des peintures avec des sujets allégoriques, entourés de filets grecs, comme dans les cafés du chef-lieu.
MADAME ROUSSET
Je n'oserai plus entrer chez nous, quand ce sera beau comme ça.
ÉLISE
Plus... une pompe à bière, trente francs.
MADAME ROUSSET
Mais on ne boit pas de bière, par ici.
ÉLISE
Quand il y en aura de la bonne, on en boira... Plus un appareil à fabriquer les glaces, cent dix francs.
MADAME ROUSSET
Des glaces !... Des glaces !... Comme il y en avait à la noce de Symphorien ?
ÉLISE
Oui.
Mais jamais on n'en a demandé.
ÉLISE
Parce qu'il n'y en avait pas. Et puis, ça servira de réclame. Quand les gens se diront : « A quel café irons-nous, ce soir ? », on répondra : « Au Café de Cérès, c'est le plus distingué : c'est le seul où l'on vende des glaces. »
MADAME ROUSSET
Mais on n'en vendra jamais.
58 BLANC HETTE ,
ÉLISE
Peu importe.
MADAME ROUSSET
Alors, puisqu'on ne fera jamais de glaces, avec cet outil à faire des glaces, on pourrait peut-être bien ne pas l'acheter. Ça n'empêcherait pas de dire qu'on en a un tout de même.
ÉLISE
Et si M. Georges Galoux et ses amis viennent un ■ jour en demander, de quoi aurons-nous l'air?...
MADAME ROUSSET
Oui, mais...
ÉLISE
Eh! maman ! laisse-moi donc faire notre fortune! Le gouvernement me fait attendre la place d'institutrice qu'il me doit. Tant mieux. Je consacre mon ^intelligence et mon savoir à relever le débit, à le '\transformer en café. Je sais ce que je vous dois à tous les deux, je sais les sacrifices que vous vous êtes imposés, et je ne veux pas attendre plus longtemps pour vous en récompenser. Je vous rendrai riches.
MADAME ROUSSET
Oui. (Un temps.) Ton père aimerait mieux que tu sois placée.
ÉLISE
Père ! — Laisse-le. Quand l'engrais chimique que je lui ai fait mettre sur la terre aura produit ses effets, il ne voudra plus que je m'en aille.
MADAME ROUSSET
Mais jusqu'à présent, ça n'a rien fait du tout, ton