ACTE DEUXIEME
ÉLISE, de même.
Tiens !
Elle va au comptoir chercher dan.s ses papiers. ROUSSET.
Ah 1 c'est une fameuse invention ! On vous en apprend de belles, à l'école ! Il y a des moments où je me demande si je n'aurais pas mieux fait de t'élever comme nous l'avons été. Tu es fière, tu as honte» de nous... tout ça, ça ne serait encore rien, mais ce qu'il y a de pire, c'est que tu ne gagnes pas.
ÉLISE, qui n'a pas eatendu.
Jêjne-suiâ^trompée d'un zéro. C'est quatre-vingts kilos seulement qu'il aurait fallu mettre... L'année ^ prochaine, tu essaieras avec quatre-vingts kilos...
ROUSSET
Ah ! oui, compte dessus ! J'en remettrai, de tes drogues ! Je cultiverai la terre comme mon père et ma mère la cultivaient, et je laisserai tous tes chimiques au diable. Car tout ça c'est des diableries, des miG-7nac, des je ne sais pas quoi. On mangeait du pain avant que ça soit inventé, n'est-ce pas? Je n'ai pas besoin de tes ingrédients. ^^^^
ÉLIbE. /) J/^
La routine ! toujours la routine !
ROUSSET
Oui, la routine. Si je ne t'avais pas écoutée, j'aurais encore mon blé, et je n'aurais pas dépensé je ne sais plus combien.
ÉLISE
Gomme tu es drôle. L'engrais chimique..»
ROUSSET
Assez ! Ne me parle plus de tout cela. Heureusement, je n'en avais mis que sur un tout petit coin de terre... pour voir... (un temps.) Ou n'a pas encore reçu ce matin la lettre du gouvernement, pour la place d'institutrice ?
ÉLISE
Non.
ROUSSET
Alors, on se moque de nous...
ÉLISE
Mais non, père, je t'ai déjà expliqué...
C'est bon. Moi, à ta place, je serais honteuse d'être nourrie à rien faire.
Il va à droite et se met à tailler ua morceau de bois avec son couteau.
ÉLISE
Rien faire ! Voilà huit jours que je ne dors pas, pour trouver le moyen de vous rendre ce que je vous dois.
ROUSSET
Tu cherches, en priant le bon Dieu de ne pas trou" ver.
ÉLISE, timidement.
Justement, j'ai trouvé.
ROUSSET, toujours tai.lant.
Voyons... Parle... Si tu as trouvé, parle.
ÉLISE, sans assurance.
Il faut attirer ici la clientèle par une restauration
al:te deuxième G9
complète. .. Nettoyer l'intérieur... Peindre, au dehors, eu grosses lettres, ces mots : Café de Cérès.
ROUSSET
Encore des chimiques.
ÉLISK.
Mais non.
Ça veut dire Gâté de l'Agriculture.
Tu sais ça toi, la mère !... Ah !... Après ?
ÉLISE
Acheter une pompe à bière... un appareil à faire des glaces... on pourrait s'en passer à la rigueur.
ROUSSET
Pourquoi pas des tables de | marbre et des chaises ^: , à dossier, tout de suite ?
ÉLISE
On pourrait gagner trente mille francs par an... J'ai fait le calcul.
ROUSSET
T'as dû te tromper de plusieurs zéros, commo pour les chimiques. C'est là ton plan ?
ÉLISE
Oui, père. Mais si tu ne me laisses pas l'expliquer, tu ne sauras jamais...
ROUSSET
J'aime mieux ne pas savoir, Je ne suis qu'un ouvrier, moi, je n'ai pas besoin de chercher à faire fortune. Que le bon Dieu me donne de l'ouvrage jus-
70 CLAiNCIIETTE
qu'à la fin de mes jours, c'est tout ce que je lu^ demande... ça, et puis que tu sois bientôt placée...
Je t'assure que si je te montrais mes calculs...
ROUSSET
Fiche-moi la paixl (il a fini de tailler son raorceau de
bois.) Sais-tu ce que je vais faire avec ce morceau de bois?
ÉLISE
Non.
ROUSSET
Op. ne t'a pas appris comment il faut s'y prendre pour écarter la foiid** d'une maison.
Si. Un paratonnerre communiquant avec un puits ou avec le sol. La pointe attire la foudre, et, le fer étant conducteur...
ROUSSET
Patali, patata. Tu prends un morceau de bois à un arbre où un homme s'est pendu l'année précédente. Celui-là vient de l'arbre où on a trouvé Pierre Lariqnot. Tu tailles ton bout de bois le premier vendredi avant le vendredi saint ; le dimanche qui suit, tu le trempes dans le sang d'une poule noire, et tu l'enfonces au milieu du jardin.
MADAME ROUSSET
Ah ! c'est positif que jamais le tonnerre n'est tombé dans une maison où on avait fait ça...
ÉLISE
Comment pouvez-vous avoir une telle crédulité? Mais ce sont les derniers vestiges d'un autre âge.