ACTE DEUXJEME
MAX>AME KOUSSET.
Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse de plus?... Mais, je le répète, est-ce qu'il te manque quelque cnoseY Est ce que tu n'es pas heureuse ?
ÉLIS i: .
Ah! non certes. Il s'en faut. Il y a des nuits où je.ne m'endors qu'au petit jour, après avoir pleuré... la têle dans mon oreiller, pour que l'on ne m'entende pas. A ce moment, il me semble que personne n'est aussi malheureux que moi; je me livre sans défense, sans résistance, à mon malheur. Je me sens toute seule, bien abandonnée. Tous les deux, vous ne m'aimez il pas comme il faut que je le sois.
MADAME ROUSSET
Et allez donc ! Et allez donc ! Décidément ton père avait raison, si tu savais tout 'juste lire et écrire, tu ne t'inventerais pas des chagiiixS comme tu le fais.
ÉLISE
Inventer!
MADAME ROUSSET
Oui, inventer. Peux-tu le dire, pourquoi tu pleures ? Voyons, dis-le moi.
ÉLISE
Je ne sais pas. Je m'ennuie... tout est triste, autour de moi. Mon cœur est perdu dans du noir. Je m'ennuie.
MADAME ROUSSET
Toujours le même refrain : je m'ennuie! Travaille, tu ne t'ennuieras pas.
ÉLISB9 allant sur lea genoux de sa mère.
Tu ne m'aimes pas, maman... Si, si. Je sais... oui,
80 DLANCllETTE
tu m'aimes bien... Oh ! aime-moi bien... Il y a des moments où je crois que je deviens folle, et où jo me sens capable des choses les plus vilaines... aimemoi bien... Je pleure bien souvent, en cachette.
Ma pauvre Blanchette I... Moi aussi, j'ai souvent pleuré dans les coins, à cause de toi.
ÉLISE
Ma pauvre maman... A cause de moi I
MADAME IIOUSSET.
Oui. Je ne t'ai jamais dit cela... Mais chaque fois que j'allais te voir à ta pension, j'en revenais le cœur gros.
ÉLISE
Pourquoi?
MADAME ROUSSET
Ah! ces visites! Je me les rappellerai toute mi viel... Quand j'arrivais au parloir, je te voyais do loin jouant avec tes petites amies... tu étais gaie, heureuse... Lorsqu'on allait te chercher en te disant que j'étais là, la gaîté tombait tout de suite de ton visage ; ta figure devenait dure et ennuyée, et je me rendais bien compte que je te gênais en allant te voir.
ÉLISE
Tu te trompes...
MADAME ROUSSET
Non. Pendant que je te parlais, tu me regardais des pieds à la tête... tu comparais ma toilette à colle des mères de tes amies... et — je n'ai compris ça qme plus tard — tu avais honte de moi...