ACTE DEUXIÈME
Maman ! Non I je t'en prie...
MADAME ROUSSET
Si, si. Je le sais bien. Je suis bête, c'est pourquoi je ne m'en suis pas aperçue plus tôt. Je te racontais ce qui se passait ici, croyant t'intéresser, et tu étais distraite, et tu m'interrompais pour me dire : — « Oh f mère! Tu n'as pas de gants » ou... « Tes gants sont troués... tu en as d'autres, pourtant. » Moi, toute au plaisir de te voir, et croyant que tu étais de même, je répondais : « Bah ! ça ne fait rien I Ceux qui ne seront pas contents m'en achèteront d'autres. »... Des bêtises, quoi ! Toi, tu regardais autour de nous si ou m'avait entendue et tu me reprochais de parler trop haut... Tu aurais voulu que je ne vienne jamais...
ÉLISE
Je te demande pardon !
MADAME ROUSSET
Tu n'es pourtant pas méchante... Un jour — oh ! ce jour-là que j'ai souffert! — tu me croyais partie... une de ces demoiselles t'a demandé : « C'est ta bonne, cette femme-là? » Et toi, tu n'as pas osé dire non... Blanchette, je te faisais tellement honte que tu m'as reniée ! Oh ! c'a été dur, va I bien dur !
ÉLISE
Pardon !
MADAKc: ROUSSET.
J'avais tellement de chagrin... Gomme je ne vou« lais rien dire à ton père... j'ai inventé, pour l'expliquer, que j'avais perdu cent francs... il a été fort en colère et m'a presque battue...
ÉLISE, l'embrassant à plusieurs reprises.
Maman ! maman ! Oublie I oublie ! Ne jiarle plus de cela I Jamais ! jamais...
MADAME ROUSSET, la tenant dans ses bras.
Tu vois que j'ai eu mes chagrin;;, moi aussi, ma pauvre Blancbette I... Ne pleure ^as... Ce n'est pas ta faute... Mais j'ai eu bien du mal.
Elles pleurent ensemble. — Silence. Entre Rousset avec la lampe dont il a scié la colonne, et qui n a glus que la hauteur d'une lampe orriiaaire. Très laide. — Les doux femmes se séparent.