EMILIA, ATTALE, EPAGATHUS, BLANDINE
Esclaves.
iEmilia est à sa toilette, entourée de ses femmes. L'une porte un bassin d'argent; l'autre
une aiguière ; une troisième présente un miroir ; les coiffeuses attendent leur tour. Blandirie est assise un peu à l'écart et file. Attale, un manuscrit à la main, lit à haute yoix. Epagathus l'écoute d'un air sombre/
ATTALE, lisant.
Pleurez, Grâces, troupe d'amours, Tout ce qui fleurit et rayonne !
Les Parques ont tranché les jours Du passereau de ma mignonne !
Passereau plus cher que ses yeux, Ami charmant mais éphémère.
Hélas ! qui la connaissait mieux Qu'elle ne connaissait sa mère !
De maint baiser faisant larcin, Voletant, légère caresse, Sur les cheveux de sa maîtresse Kt ne pépiant qu'en son sein.
Maintenant, aux ombres funèbres, 11 s'en va jjour l'éternité !
Maudites so\ez-vous, ténèbres, Qui dévorez toute beauté!...
Malemort dont la faux moissonne Cet oiseau, source de douleurs, Pour qui les }oux de ma mignonne Sont gonflés et rougis de pleurs !
vEMILIA, à une e>claye.
Donne-moi l'opiat de rose avec la myrrhe.
ATT A LE, â Epagathus.
Qu'en penses- tu ?
EPAGATHUS.
Des vers gracieux qu'on admire Sans en être touché* Ton Catulle et ses pleurs Ne sont que plainte vaine et que fausses douleurs, Et je m'attendris mal, dans le fond de mon âme, Sur le sort des moineaux que l'Achéron réclame !
jEMILIA.
Mais si Lesbie avait cet innocent travers?
EPAGATHUS.
Catulle le doit-il empailler dans ses vers ?
Est-ce là de l'amour ou de l'afféterie ?
Il est vrai que l'amour...
ATTALE
Est digne qu'on en rie, N'est-ce pas, quand on fuit ce monde où nous passons Pour l'austère Portique et ses rudes leçons ?..<