ACTE DEUXIÈME
THÉOGÈNB.
Dans le temple même De Rome et d'Auguste.
BIBLIS
Oui.
TUÉOGÈNE.
L'impudence est extrême !
Cet affront à nos dieux rend le crime complet ! Quelle heureuse fortune et quel coup de filet, Si je prends avec eux leur Photin ! culte infâme, Je letouffe dans l'œuf ! J'atteins le corps et l'àme. Tu rends un grand service à l'Empire ; — dis-moi, Viennent-ils en chrétiens tous ces gens-là ?
BIBLIS
Je croi Qu'un désir curieux est ce qui les attire.
J'ai, sans plus, entendu le médecin leur dire Qu'il avait tout pouvoir pour les conduire ici. A Ponticus pourtant Blandine a dit ceci...
THÉO GÈNE, avec dédain.
Oh ! charpentier, esclave, est-ce d'eux qu'on s'enquête ? Avant tout il s'agit de frapper à la tétc.
BIBLIS
De frapper ?
T II ÉO G È N E , lui offrant une bourse.
Tiens ! voici ce que je t'ai promis ; Trente deniers.
BIBLIS
Mais...
THÉO GÈNE, lui faisant prendre la bourse.
Prends ! quand nous aurons soumis,
Exterminé, brisé cette engeance funeste, De l'argent qui t'est dû tu recevras le reste.
BIBLIS
Mais... ce qu'on en raconte est bien vrai, n'est-ce pas? Le poison, les enfants égorgés, les repas De chair humaine ?... C'est la clameur populaire !... Mais que médite enfin contre eux votre colère ?
THÉOGÈNE.
Oh ! presque rien, aimable enfant!... on les clouera Sur la croix, brûlera, pendra, tenaillera, Écorchera vivants, assoira sur la chaise Ardente, les deux pieds étendus sur la braise ! Sois tranquille, à défaut d'un sentiment pieux, Je leur inculquerai le respect de nos dieux !
— Moi. je vais méditer le piège qu'il faut tendre, Et je reviens à temps pour voir et pour entendre.
— Toi qui sais mes desseins, n'en attends pas l'effet ; On pourrait te confondre avec eux.
Il s'éloigne et disparait dans les galeries du Temple. BIBLIS, clouée à sa place comme frappée de stupeur.
Qu'ai-je fait ?
Un loger bruit de pas se fait entendre. Biblis se perd dans l'ombre au milieu des colonnes et des statues. Blandine entre en scène suivie de Ponticus.