ACTE DEUXIÈME
BLAND1NE, avec solennité.
Nous sommes Chez Jésus, le seul Dieu, le seul pasteur des hommes.
PONTICUS
Mais quel est-il enfin, ce pasteur, ce Jésus ?
Reçois ces vérités comme je les reçus.
Il naquit de Marie, en Judée ; une croche
Lui servit de berceau. Là, dans la paille fraîche,
Il dormait, quand l'étoile au levant ayant lui
Guida, pour l'adorer, les rois Mages vers lui.
Une colombe, avec des craintes maternelles,
En gardant son sommeil, l'éventait de ses ailes.
— Tout en écoutant Dieu qui l'enseignait, voilà
Que Jésus devint grand, reçut l'esprit, parla
Il quitta l'établi de charpentier; lui-môme
A Jean qui l'annonçait demanda le baptême,
Parcourut les abords du Jourdain, en tout lieu
Répandit sur les cœurs la parole de Dieu,
Remplissant les cités du bruit de ses oracles,
Faisant, comme des fleurs, éclore les miracles,
Secourable au malheur, pitoyable au remords,
De leurs tombeaux ouverts ressuscitant les morts ;
Et sur ses pas, les plus croyants menant les autres,
Tout un peuple déjà suivait les douze apôtres,
L'écoutant, l'acclamant, enivré par la foi,
Quand il dit : « Lève-toi, Lazare, lève-toi !... »
Et Lazare se lève ; et sa sœur Marthe arrose
Lès deux pieds du Sauveur et de nard et de rose.
— « Assez ! gronde Judas Tlscariote ; assez !
Vous perdez ces parfums ! » — Mais Jésus dit : « Laissez ! »
Alors la multitude, avec des palmes vertes,
Devers Jérusalem, toutes portes ouvertes,
Le mena triomphant, en criant jusqu'au ciel :
— « Hosannah ! Hosannah ! gloire au Roi d'Israël ! » Un murmure courut chez les prêtres : « Qu'il meure Ce roi des Juifs ! » — Judas rampa vers leur demeure :
— « Pour ce roi qu'a sacré le baptême de Jean
Que me donnerez-vous ?» — « Trente pièces d'argent. » Or le repas du soir rassemble autour du maître Les disciples ; ses yeux se détournant du traître :
— « Prenez ma chair, dit-il, mon sang; que d'aujourd'hui Chacun habite en moi comme j'habite en lui !... »
Eux tous de s'écrier : « Mais n'allez- vous pas vivre? »
On entendit rouler un denier : « Qui me livre
Me viendra saluer d'un baiser. » — « Un de nous ? »
Murmura Pierre, pâle, et tombant à genoux.
« Tu m'auras renié trois fois, lui dit encore
Jésus, lorsque le coq annoncera l'aurore. »
Silencieux, pensif, le maître alors erra
Au mont des Oliviers, dans la nuit, et pleura.
Jésus pleura!... pleura!... Tous les bruits s'éteignirent,
Et ses disciples, las de veiller, s'endormirent.
Or voici retentir dans l'ombre un bruit de pas :
Suivi de gens armés, Judas paraît ; Judas
Donne à Jésus, l'étoile éclairant leurs visages,
Ce baiser dont l'horreur traversera les âges!...
La parole de Dieu s'accomplit. Enchaîné,
Dans cette nuit complice au prétoire entraîné,
Jésus, ce malfaiteur, en lis change la boue
Dont les pharisiens lui soufflètent la joue !
Muets d'étonnement et de terreur, hélas !
Les disciples ont fui !
A elle-môme, d'une voix sourde, en levant les yeux au ciel.
Moi je ne fuirai pas !
— « N'es-tu pas des siens ? » crie une langue méchante
A Pierre, et par trois fois il dit : « Non ! » Le coq chante !tl