EPILOGUE
Nous n'ajouterons que peu de mots à cette discussion sur le fond de la question sociale.
Toutefois, au point de vue de l'actualité, cette brochure sc-rait incomplète si je passais, sans y prendre garde, sur l'attitude des feuilles intransigeantes, à caractère révolutionnaire, telles que la Révohition française, la Marseillaise et le Prolétaire, pour ne citer que celles-là. Chaque matin, ces journaux' s'efforcent de ressusciter le socialisme systématique, tel qu'il se fit connaître par sa violente explosion en 1848.
On se rappelle encore, si l'on n'est plus dans la première jeunesse, quels étaient les fiers champions do l'idée socialiste à cette époque : Proudhon, Cabet, Louis Blanc, Victor Considérant, Pierre Leroux, les Comtistes, agitèrent l'opinion publique et jetèrent l'épouvante dans la plupart des esprits. Le conspirateur de Strasbourg et Boulogne avait lui-même poussé à ce mouvement par ses relations avec plusieurs socialistes, et par son livre ^wvVexllnction du paupérisme: nous ne dirons rien d'autres agissements plus secrets. Il comptait bien que cette mêlée d'idées produirait une confusion perturbatrice, dont il pourrait plus tard faire son profit.
Sans doute, bien des causes ont contribué à l'avortement de cette innocente et admirable république de 1848, que Lamartine avait si justement appelée la révolution du mépris. Mais, entre toutes ces causes, l'une des plus graves, c'est l'explosion du socialisme.
Or, il importe de profiter de cette cruelle expérience et de ne ])as repasser par les mêmes errements funestes.
Il faut bien le conqjrendre, 1n ROf.i;i|jj^nip a deux aspects : l'un, doctrinaire et svstématiaue, l'autre, r\|ii [ iMientaTet, pratique. '*w«*w«p
*"''L-e premier, ayant la ])r('i<'iilluii d'apjini'lcr un système entier et complet, cl (le t'Iiaiiger la soeii'tc df la liasr au lailc, est forrémont i-c'vdliitldiiiiairc. Cela se voit.
En conséquence, les sociétés ne peuvent accepter ce remède liéi-Qïque, par une juste crainte d'en périr sur le coup. Il faut donc condamner le socialisme systématique, et comme inapplicable et comme perturbateur.
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L«s T,-ades ii nions, les sociétés de secours et garanties mutuelles, les sociétés coopératives, soit de production, soit de consommation, les contrats entre patrons et ouvriers consacrant la participation des ouvriers aux bénéfices, etc., évidemment tout cela est digne d'encouragement, tout cela est du plus haut intérêt. Qui ira le plus loin et le plus heureusement dans cette voie aura rendu les plus grands services à ses semblables.
Au lieu de la Banque du peuple de Proudhon, de l'organisation du travail de Louis Blanc, de Flcarie de Cabet, du Phalanstère de Considérant, du communisme de celui-ci et du collectivisme de celui-là, qu'on nous montre, qu'on prépare des coopérations, des associations, comme celles du Familistère de M. Godin, de la Société des ouvriers peintres Leclaire, etc. Voilà du bon socialisme, produisant des fruits, ayant lait ses preuves, nous représentant de véritables étapes sur la voie du progrès régulier, pacifique et certain. Cela est positif, autant qu'étaient chimériques les grands rêves socialistes que nous venons de rappeler.
Et puis, il laut que nous le redisions une dernière lois aux socialistes doctrinaires, systématiques, intransigeants, il est une chose dont ils ne se doutent pas et qui est pourtant l'alpha et l'oméga, le fond et le tréfond de la question sociale. Cette chose, c'est tout simplement et en deux mots, la transformation du travail-peine en travail-fonction. Tant que le travail con- , serve le caractère de peine, il faut, pour l'obtenir, avoir recours à la contrainte. Or la contrainte, c'est la violence sous une forme quelconque. Adieu la paix sociale et la fraternité. Pas moyen de sortir encore des sociétés d'exploitation de l'homme par l'homme. Et il n'y a d'autre porte que celle-là ; remplacer le travail forcé, parce qu'il est peine et châtiment, par le travail-fonction, parce qu'il est conforme à la nature humaine.
Sur cette question, les socialistes révolutionnaires sont muets et pour cause, puisqu'ils n'en savent pas le premier mot.
Pourtant, grâce nux sciences et à leurs récentes applications à l'industrie, nous voyons apparaître des éléments nouveaux, favorables à cette transformation nécessaire.
La création de la grande industrie ; le merveilleux et puissant outillage de nos machines, qui permettent la division du travail en minimes fonctions pour îiiomme, en opérations très simples pour les clioses ; la propriété actionnaire ou fractionnée en petites coupures; l'ouvrier intéressé à son œuvre parce qu'il participe aux bénéfices ; l'espace et le temps vaincus par l'électricité, la vapeur et le chemin de fer ; les hommes, les choses et les idées circulant rapidement d'un bout du monde à l'autre, voilà des conditions nouvelles qui préparent cette transformation fondamentale et nécessaire du travail . Après tout, le travail est la grande œuvre de l'homme : il doit être l'expansion de ses forces naturelles, la pleine manifestation de son activité créatrice, et partant il est la mesure et l'expression du bonheur compatible avec notre organisation physique et morale.