LA RELIGION D'AMOUR
Si jamais je renais, quand le maître du temps Me dira : « Lève-toi, je te rends tes vingt ans, »
Je lui demanderai : « Si tu veux que je vive.
Où me jetteras-tu ? Sur quels bords de la rive ?
Est-il encor là-bas de ces païens morveux,
Adorant mon grand-oncle et huant ses neveux !
Leurs aïeux, pleins de rage et d^astuce enfiellées.
Ont volé notre argent sur nos cendres brûlées !
Ils nous ont avilis. Nous étions à genoux.
Et leurs pieds de bourreaux marchaient encor sur nous !
Des bergers loups, prêchant aux brebis dans la plaine,
Pour dévorer leur chair et pour vendre leur laine.
Les Français, les premiers qui nous ont délivrés,
Étaient de grands penseurs^ de raison enivrés I
Ils n*étaient pas chrétiens. Le chrétien est un homme
Qui, d*accepter sa foi, vous contraint et vous somme,
Et qui, pour vous guérir du mal de la raison,
Vous écorche tout vif, pour sacrer la toison. »
Oui ! Jésus-Christ est le Messie,
Annoncé par la prophétie,
De tous les Juifs de Bethléem I
Oui ! Jésus-Christ est un grand homme !
Il a vaincu les dieux de Rome,
Il a vengé, Jérusalem !
Il a par sa sainte parole, De Jupiter brisé l'idole.
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En Texpulsant de son pourpris I Le Gentil/ passé par le crible, A courbé le front sous la Bible ; Mais au Juif il n'a rien appris! ! I
Si cette idolâtrie, avec son masque austère Et son Christ plein de sang, trône encor sur la terre, Je te prie, ô mon Dieu, suprême être créant, De me laisser plutôt dans Téternel néant !
Et puisque, par ta loi, ta raison en moi vibre, Que ce soit chez un peuple où la pensée est libre ; Car jamais les chrétiens n'ont permis aux Hébreux De venir librement, comme un peuple de preux, Au tournoi de l'esprit, rompre d'une main ferme Leurs lances d'acier Gn contre tous les dieux Terme Qui, repus de pouvoir, encensés et contents, Espèrent arrêter le progrès et le temps !