DEFI
Depuis qu*en mon cerveau la raison est éclose, J'ai cherché de ma foi Torigine et la cause.
Je fus dès mon jeune âge, au nom de Jésus-Christ, Traité comme un lépreux ou comme un vil proscrit. J'aurais voulu presser Tunivers sur mon âme.
On me répondait : Juif! traître 1 Judas! infâme! Et pourtant du Seigneur je me croyais Télu.
Et dans son livre saint que de fois j'avais lu Que Tamour et la paix, au ciel et sur la terré, Forceraient, en son nom, la haine de se taire ! Ce bienheureux Messie est toujours souhaité:
Des tyrans Tont, à Rome, en sa course arrêté ; Ils Vont mis sous les fers du dogme et du mystère , Et la guerre sans cesse, éclose au presbytère, Secouant ses brandons de maison en maison, Allume la discorde et souffle la raison.
Devant le tribunal de la philosophie
Je vous cite, ô chrétiens. Chrétiens, je vous défiel
Que furent vos aïeux? Des païens pervertis; Des Gaulois, des Saxons^ par des Juifs convertis !
Jésus, sur treize Juifs, ne trouva qu'un seul traître. Jamais chrétien, fût-il du monde entier le maître, Ne trouva dans sa chute autant de nobles cœurs! Trêve donc de Judas, de vos longues rancœurs; Que seriez- vous sans nous? Des brutes! des esclaves! Ce fut la loi du Juif qui brisa vos entraves I Ta croyance, chrétien, est la loi de Judas, Que de science grecque et de sang tu fardas.
fCerte! Elle fut longtemps la vérité superbe, Invitant l'univers au banquet de son Verbe ! Mais le dogme bientôt, pétrifiant Tesprit, Intronisa la haine, au nom de Jésus-Christ !...
Vit-on jamais un riche imposer sa fortune, Le bâton à la main, au gueux qui Timportune?
^Vit-on jamais un riche attaquer l'indigent
^ Et lui dire, en frappant : « Meurs ou prends mon argent? » Chrétiens trois fois cruels, c'est là ce que vous fîtes A vos frères aînés, aux vieux Israélites!...
Le brutal catholique, avec son Christ si doux. Vint dire au peuple juif, le plus faible de tous: « En ma foi seulement le salut s'effectue, « Comme moi, sois heureux et fort, ou je te tuel » Puis, vint le protestant, ce chrétien à demi, Ce pédant sermonneur, ce renard endormi, Qui lui dit : « Viens mon frère, aime-moi, car je t'aime; « Seulement tu prendras ma bonne eau de baptême:
« Sinon, je t^exclûrai de tous les droits humains,
« Que je tiens réservés dans mes vieux parchemins. »
Les Juifs, convertissant, versaient leur sang d'apôtres. Le chrétien convertit avec le sang des autres!