OBSERVATION V
(Clinique de M. le professeur TiIxIER)
G.. blessé le 2 septembre 1914, par balle. Plaie sous le bord inférieur du grand fessier.
Entre à la clinique le 15 novembre 1914. Paralysie complète du sciatique; anesthésie typique, si complète que le malade à eu la plante des pieds et les talons brülés.
Intervention le 16 novembre 1914. — Découverte très haut du nerf sectionné, œdématié, mais de couleur normale, sans perte de substance entre les deux bouts. Enserrement dans un tunnel fibreux de 8 centimètres de long. Suture après libération.
Examen du 12 juin 1915. — La force de flexion de la jambe sur la cuisse est assez bien revenue mais il y a toujours paralysie de la jambe et du pied.
Examen du 6 décembre 1922. — Le malade est sorti du
service en juin 1915; il marchait avec un soulier orthopédique pour lutter Côhtre l’équinisme du pied. Au bout d’un mois où deux, il se produit un mal perforant talonnier qui
nécessite un repos au lit de quelques jours, et se cicatrisa complètement en deux mois,
je date
Le malade remit son soulier orthopédique, mais, au bout d’un temps qu’il ne peut préciser, apparut au niveau du bord externe de la face plantaire du cinquième métatarsien, un second mal perforant qui demande deux mois pour se cicatriser. Depuis, le malade présente une série de troubles trophiques avec ulcérations qui atteignirent successivement le deuxième et le troisième orteils, le gros orteil, le talon, le bord externe de la plante du pied. Ces alternatives de guérison apparente et de réapparition des troubles trophiques ulcéreux étaient sous la dépendance de la fatigue, du repos et du froid.
Devant ces troubles, en 1917, le blessé décide d’abandonner son métier de cultivateur et vient à Lyon à l’école Joffre apprendre celui de cordonnier.
Durant l’exercice de cette profession sédentaire, le blessé vit s’améliorer la trophicité des téguments du pied, sans cependant que les poussées ulcéreuses disparaissent complètement. Aussi, tenté par la vie au grand air, il se fit faire un pilon rustique, mais bien conditionné au point de vue pratique, qui lui permit de reprendre son premier métier.
À lheure actuelle, il marche plus souvent sur son genou fléchi, appuyant sur un solide pilon à pied d’éléphant, que sur son soulier orthopédique perfectionné. Cependant, il faut noter que, malgré cela, il présente des ulcérations en rapport avec les saisons.
A. l’examen, le membre inférieur gauche est nettement atrophié : le diamètre du mollet est de 27 centimètres contre 34 de l’autre côté; celui de la cuisse est de 43 centimètres contre 47, Les poils sont conservés.
Hygroma volumineux au niveau de la tubérosité antérieure du tibia, point d’appui du pilon. Le pied est en position normale, avec un léger degré d’équinisme; cépendant, il semble atrophié dans toutes ses dimensions, surtout dans le sens antéro-postérieur où l'écart est bien de 2 à 3 centimètres.
La peau est brillante, violacée, amincie (glossy-skin) les deuxième et troisième orteils ont été rongés par les maux perforants, le gros orteil est à l'heure actuelle le siège maxima des troubles trophiques et présente un petit abcès sous
l’ongle qui n’est pas tombé. Vastes cicatrices de maux perforants au niveau du talon et du bord externe du pied.
Troubles moteurs : Paralysie complète des muscles du pied et de la jambe; paralysie partielle des muscles de la face postérieure de la cuisse, le malade peut encore fléchir assz facilement sa jambe sur sa cuisse : le demi-membraneux paraît normal, le biceps est parésié, sa corde fait un relief saillant qui se continue par un chef musculaire grêle.
Troubles sensitifs : Hypoesthésie dans le domaine du petit sciatique, anesthésie absolue dans le domaine du sciatique.
Troubles trophiques : Arthropathie interphalangienne du gros orteil, indolore, avec lymphangite réticulaire s’étendant au niveau du dos du pied et lymphangite tronculaire avec gros ganglions dans l’aîine. Contracture du gros orteil en flexion.
Troubles statiqués : Subluxation de la tête du péroné.. Gros hygroma prérotulien. Pas de laxité articulaire du genou. Pas de diminution à la palpation d’amplitude des mouvements artériels, mais alors que la tension à la pédieuse droite est de 12/6,5, à gauche, elle est de 6/?
A la palpation du pied, exagération de la température locale, elle semble due à l’heure actuelle à des phénomènes inflammatoires, normalement le pied malade serait plus froid que l’autre. ;
Les phénomènes subjectifs sont peu marqués (pas de douleur de causalgie).
Les réflexes achilléens sont abolis; les rotuliens sont exagérés du côté malade.