OBSERVATION XVII
(Due à l’obligeance Ge M. le professeur agrégé BONNET)
M, blessé le 25 septembre 1914, par schrapnell.
O. E. au niveau du grand trochanter fracturé droit.
O. S. dans pli génito-crural en arrière de l’adducteur.
Au moment de la blessure. — Douleur peu intense, mais insensibilité de tout le côté droit du corps pendant un instant. Croit avoir été blessé à la tête. Une sensation de cuisson à la fesse lui fait localiser sa blessure.
Hémorragie peu abondante. Paralysie immédiate du pied et du membre inférieur. Le blessé ne peut se relever spontanément et est placé sur un brancard.
Intervention le 4 février 1915. — Extraction d’esquilles du grand trochanter. :
Les blessures se cicatrisent en mars. Aucune amélioration des phénomènes paralytiques.
Examen du 17 juin 1915. — a) Troubles de la sensibilité. Hypoesthésie simple sur face externe de la jambe, anesthésie sur la moitié interne de la face dorsale du pied jusqu'aux têtes métatarsiennes ;
b) Troubles de la motricité. Parésie: du biceps, des muscles, du sciatique poplité externe (sauf extenseur des orteils qui est paralysé) ,des muscles de la plante, cependant le court fléchisseur plantaire semble conservé.
Paralysie : des jumeaux (à peu près complète), du fléchisseur commun des orteils, du fléchisseur propre.
c) Troubles trophiques. Atrophie légère du mollet droit,
œdème du pied, légères douleurs dans les orteils, atrophie de la cuisse.
d) Troubles de la démarche. Le blessé avance sa jambe droite qui touche le sol et frotte de la région des têtes métatarsiennes, puis cette jambe s’appuie sur le sol et supporte le
OR
poids du corps pendant que la jambe gauche se porte èn masse en avant par un mouvement brusque.
e) Troubles locaux. Cicatrice adhérente au grand trochanter. Trochanter très épaissi dans le sens de la largeur. Pas de douleur locale sur le tajet du projectile. Abaissement considérable du pli fessier.
Intervention du 18 juin 1915. — Le nerf est découvert inclus dans du tissu cicatriciel diffus qui remplit l’interstice entre le biceps et le demi-membraneux. On le libère. Le point de lésion principale du nerf semble situé un peu au-dessous du trajet du projectile repéré sur les téguments. À ce niveau le nerf apparaît épaissi, rougeâtre, saignant au niveau des adhérences sectionnées. A la palpation, on sent comme une virole cicatricielle plus dure à la partie interne du tronc nerveux.
Examen électrique au cours de l'intervention. Avec un courant très faible on met en évidence facilement que la continuité physiologique du nerf n’est pas interrompue. L’excitation des fibres les plus externes provoque une contraction très nette des péroniers, rien pourtant aux extenseurs. Celle des fibres les plus internes provoque une contraction assez vive des jumeaux et du demi-membraneux.
On se contente de libérer le nerf.
Etat actuel, août 1922. -— Amélioration assez sensible.
a) Au point de vue sensitif. Il persiste encore un peu d’hypoesthésie sur la face dorsale du pied et sur le côté externe de la jambe.
Le malade ressent encore une douleur sourde à la cuisse, s’accompagnant, à tout effort un peu vif, de crampes douloureuses des muscles de la région antéro-externe de la jambe.
b) Au point de vue moteur. Le blessé marche assez facilement, sans canne, mais serait incapable de faire du pas gymnastique, les mouvements de son pied sur sa jambe étant encore trop lents.
Le malade peut relever la pointe du pied, mais en plusieurs secousses ; il peut également l’abaisser et même se tient debout, sur elle comme point d'appui, pendant quelques instants. \
CNE
Le gros orteil présente de temps en temps des mouvements involontaires. Les orteils ne peuvent faire aucun mouvement.
Le blessé continue son métier de cultivateur.
c) Au point de vue trophique. II persiste une atrophie de 3 cm. à la cuisse et de 2 cm. au mollet. Le pied est pâle, violacé par temps froid ou humide,