‹ Bleu, blanc, rouge [microforme]Chapitre 28 sur 79 · LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

LA MONTAGNE

Le: ciel radieux nous montre son bleu limpide, avec de

petits nusges ouatés, légers comme des œufs à la neige. Tout nous invite à lâcher le tracas des affaires pour aller humeér l’air pur, boire les effluves du renouveau et se griser des parfums subtils qu’exhalent les hois et les prés. Ah ! le beau soleil, qui met du hâle sur les figures énergiques, du rose sur les joues des enfants, de petites taches rousses dans la peau laiteuse, veine de bleu, des blondes fillettes ; on dirait du lait caillé saupuudré de sucre du pays. Le bon soleil, qui met un sourire aux lèvres des plus misérables !

La veille, en tirant les rideaux de mousseline des petites couchettes, la mère a dit en secret avec de grauds airs de mystère : Dormez bien, mes chéris, demain, si le temps est beau, nous irons faire la dinette sur la montagne. Les petits se sont endormis, avec un sourire figé sur leurs bouches roses. Toute la nuit des oiseaux ont voltigé dans leurs rêves.

Aussi, dès l’aurore ils sont sur pieds, leurs regards anxieux interrogent avec une muette prière le eiel incertain :

‘ Maman il va faire beau ? Quand même le soleil ne paraîtra pas, s’il y a du bleu, nous irons, dis ? ”

Tout à coup, l’ustre déchire un grand morceau de brume et se montre souriant. Les enfants battent des mains et :répignent de plaisir. La mère est impuissante à calmer cette excitation ; il faut les attrapper au vol, ces lutins pour leur débarbouiller le nez et peigner leur chevelure rebelle. Bébé, effrayé de ce tapage, pousse des cris de paon, se raidit, se pâme, tandis que l’on se hâte à sa toilette. Le père s’arrête terrifié, soupèse le panier à provisions, qui s’arrondit toujours, prenant des proportions alarmantes de fourgon à victuailles.

—Rajoute encore un pain !—Oh ! les couteaux, le sel que j'allais oublier, fait la mère.

—Mais on va nous prendre pour le quatrième contingent d'Afrique !

— D'abord, ou n’en a jamais assez : le grand air creuse l’estomac !

— Enfin, le bataillon empesé est sous les armes et la caravane se met en route. Le chef de famille bat la marche, avec son précieux fardeau. Le gentil Toto, ftout fier d’être convié, fait des bonds prodigieux et se roule dans l'herbe. Bébé est épanoui depuis qu’on lui a mis son bonnet sur la tête. Il comprend qu’on va faire prom-prom ! Et les bambins ont déjà de gros bouquets de ces flcurs qui balancent leurs urnes d’or le long des trottoirs. Ce bonheur de tous les êtres chers à son cœur se reflète sur le front de la mère et la rend radieuse et belle.

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