FRANCE... D'ABORD
À AL, Le Dr $. Coté,
prières et de Pèlerinages, si le ciel s’est refusé à h° aCCorder cette bénédiction dont tant d’autres déplorent les matutinales harmonies,
Tout l’amour exalté, fermenté que son âme aimante
la bonne vieille ne Savent quelle gâterie inventer Pour mettre l’6isean en belle humeur.
C’est une touffe de verdure qu’elle accroche à sa mai. sonnette . pour donner l'illusion du bois natal au petit
se fait douce Pour ne pas effaroucher l’oiseau, lorsque ti. rant la planchette de la cage, elle remplit de mil l’auge
en porcelaine et change l’eau de Ja baignoire. Tout le jour, la bonne dame Caquette, comme s’il pouvait la comprendre, l’innocent.— Bonjour mon petit enfant, dit-elle , de sa voix chevrotante. T'as du chagrin … Ià ! ne crains rien, je ne te veux pas de mal. Il ne fera pas beau aujourd’hui, hein ?—Déjeunez, monsieur, tout est prêt. L'oiseau, en effet, sembl ne s’emporte pas en colère a.ies ébouriffées aux barreaux, ensanglantant son bec,
Quand viennent les jours ensoleillés, ma voisine ac: croche la cage à sa maison, et si quelque passant s'arrête charmé, elle nese possède plus d’orgueilleuse satisfaction. Avide de Spectateurs, la vieille dame m’interpelle :
— Ça va bien, ce matin, mamzelle ? —
Moi qui sais ce qu'elle veut, de répondre :
—Mais, oui, merci, Et le petit chanteur r8signole toujours ?
— Venez entundre ça !
Campée sur ses deux pieds, les les yeux dilatés derrière ses lunettes, on dirait la Caricature de l’extase, Deux ou troif tut, tut, très longs en
guise d’ouvert ‘re, puis l'oiseau prélude en m v0ce. Des roulades s’égrè
petits remous rompant la aérienne. On dirait les sou
e connaître sa maîtresse ; il et en tumulte, heurtant ses
mains sur les hanches,
— C’est merveilleux, fis-je à la vieille, béante d’extase. Mais ne croirait-on pas qu'il ya de la douleur dans ces chants ? Le regret, qui sait, d’un ciel éternellement bleu, de l’ombre parfumée des citronniers ! =
--Lui! Ah!ah ! — Mais c’est UD Canari de la ville— il ne regrette pas ce qu’il ignore, le Pauv’p’tit. Il n’avait Pas de plumes encore quand un horrible matou le fit orphelin.
Et la vieille s’essuya les Jeux à ce souvenir tou- Chant.
— Mais qui donc lui a montré ?....…
Un coup d'œil de Suprême dédain figea sur mes lèvres l’autre moitié 6e cette naïveté.
— C’est pas noi, bien sûr, Un Canari qui naît dans une Cage, c’te affaire, c’est un Canari, c’est pas un moigneau |... Ça vient au monde avec une petite musique Comme Ça, dans le gosier !
Furieuse, elle fit claquer la porte. Je l’entendis Murmurer: Faites-donc éduquer ça dans les couvents !.…
Et, voilà que le mot de la vieille, c’est Pas un moi- Jneau, m’est revenu Comme un trait de lumière au cours d’une dissertation sur l’éternel thème : Sommes-nous des Français on des Canadiens ? Etrange inquiétude, pourquoi
quelques années nos braves étudiants ne l’ont pas fait mentir quand ils ont lavé dans... l’eau, l’insuite faite au drapeau français. Ah! ce furent des jours magnifiques ! Comme une traînée de Poudre, la nouvelle S’était répandue que les étudiants du McGill avaient osé porter la Main sur notre tricolore. En quelques minutes l’exalta-
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tion avait gagné la ville entière. Elle flottait dans le soleil, elle volait avec le vent. Tout Montréal se portait au passage des étudiants de Laval, on stationnait dans les carrefours, en criant ‘ Vive la France! ” Des têtes s’entassaient aux fenêtres pour voir Passer les héros du jour ; à défaut de fleurs, les femmes jetaient leur cœur Fe Je me souviens qu’un vieux disait, les yeux en pleurs, secoué d’une émotion nerveuse : C’est beau !...…. C’est beau !.... Et quand les étudiants du McGill durent retraiter sous la pression des boyaux d'incendie, penauds, vaincus, ridiculisés, trempés jusqu'aux 08, ce fut dans toute la Province de Québec un immense érlat de rire, une envolée de toutes les âmes vers les braves étudiants!.. N'est ce Pas notre sang français qui n’a fait qu’un tour, à l’insulte lancée au drapeau tricolore ?
La patrie, dites-vous, c’est le coin de terre où nous avons vécu et aimé. Ce serait Pour l’homme, comme pour la plante et l’animal, un besoin physique du sol et du climat, une question’ d’alimentation, quoi ? Parodions, pour l’adoucir, la réponse de Gryllus à Ulysse : ‘ La patrie de l'oiseau, c’est Partout où il y a du mil, ?? Ce qui constitue la nationalité, c’est la communauté d'idées, de sentiments, d'intérêts Moraux, le libre accord
du beau, de la vérité, de la liberté, de la lumière, dont la France est le foyer.
— Mais la France nous a abandonnés ?
— Comment la France ?..…. Louis XIV, Louis XV !
Vous appelez ça la France ? Ces tyran: ne furent pas plus la personnification de la Vierge celtique que le Tartufe celle du chrétien. Hélas! il advint que la France épuisée n'avait plus une goutte de lait à donner à son fils nouveau-né. On dut, malgré les pleurs de la mère, arracher l'enfant de ses bras et le confier à une saine et
vigoureuse nourrice. On emporta le poupon vers les jeunes pays où l’air plus pur, les horizons plus vastes élargirent ses Poumons et son cœur... Loin des genoux maternels, il apprit à balbutier sa langue, mais son cœur franchissait les océans Pour voler vers la mère bien-aimée. Quand on lui apprenait qu’elle souffrait, il pleurait. I] pâlissait si l’on parlait d’elle légèrement. Pour tromper son ennui, il apprit l’histoire de Ja France ; il lut ses poètes, il porta ses couleurs, il chanta ses vieux airs,
Sa mémoire, rebelle aux héroïques exploits des Grecs et des Romains, aux mornes tragédies de l’histoire d’Angleterre, retenait : les avoir une fois entendues l’épopée de Jeanne d’Are, l’histoire de François ler, de Henril +, les luttes de la révolution française pour conquérir la liberté des peuples. Lorsqu'un des nôtres revenait de làbas, on l’eutourait, on lui faisait fête, parce qu’il emportait dans un pan de Son manteau un peu de l'air de la patrie. On retrouvait à l’entendre, un écho de la chère voix de France, dont le nom seul nous est une musique,
Ah ! nos ennemis le savent: lorsqu'ils veulent naus faire bondir de rage, ils n’ont qu’à accoler une épithète injurieuse à Frenchinan ! Pour creuser un sillon de haine que sen] le Sang peut combler.
Quand l’enfant échappe au sein de sa mère, le sentiment indéfinissable unissant les deux âmes se trouvet il brisé avec le lien physique qui relie leurs deux vies ?
Demandez-le aux mères ? Est-il un battement du Cœur, une douleur, une joie, une espérance, un soupir de l’enfant, dont elle ne palpite d’abord ? Elle, la Sainte, la noble, la chevaleresque France, qui vole au secours de l’opprimé, ami ou étranger, serait une mère dénaturée ? Le penser est une flétrissure ! Comme vouloir ne plus s’appeler français serait une infamie. Soyons si l’on veut marseillais, québecquois, normand, Canadiens, mais fran-
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Sais avant tout. Si des ailes nous ont poussé, que, forcés d’abandonner le nid maternel, il nous faille sous d’autre climat que celui de la France, bâtir un autre nid, n’ou :
noblesse oblige.
Parlons le français dans toute Sa pureté, sans néologisme, sans anglicisme, en lui laissant toutefois la couleur locale, un charme de plus. Les idées nous viennent du dehors ; notre cerveau n’est que le nid où elles éclosent, — mais qui les y a déposées ? D’où vient le germe ou l’œuf ? — De tout et de rien, d’une révélation inattendue de la nature, d’une larme qui brusquement nous est tombée Sur le cœur, d’un Spectacle de la rue. Des drames passionnels sont là, l’action se déroule dans un admirable décor ; des passions Palpitent, c’est un vol de papillons de toutes nuances qu’il faut saisir Pour les classifier. Il ya chez nous plus de bleu, de rose et de blanc dans l’espace, que partout ailleurs. I] s’agit de les fixersur notre palette —Cela vaut mieux que de voler des aquarelles de maîtres Pour s’en donner crédit.
Ah! l’idée est une vierge immatérielle, planant parfois sur l’image la plus Prosaïque : Beaudelaire l’a prouvé, Elle cherche dans l’espace, l'amant qui l’épousera, poète, artiste, musicien ou savant, Mais quel déchirement, quand l’harmonie se brise entre la pensée qui s’impose et le fiancé qui ne peut lui faire chanter sa suprême mélodie, faute d’avoir perfectionné l’instrament merveilleux de Ja langue maternelle, si riche, si douce, si flexible et qui sait rendre toutes les nuances de la pensée et du senti. ment sous l’archet d’un virtose,
Fa