L:'s membres distingués de l’Association Saint-Jean
Baptiste ont compris que l’influence féminine est le grand levier de toute œuvre sociale, aussi ont-ils résolu de mettre à profit ce fluide magnétique, insiauant, intangible, mais tout-puissant que dégage le cœur de la Cana: dienne, afin de pénétrer de chaleur la plus belle œuvre qui soit au monde : l’évolution intellectuelle de notre race, Les plus timides se troublent et se demandent comment ce grand mystère s’opèrera, comment le souffle progressiste, passant par leur bouche rose, pénétrera les énergies endormies des masses? Ce que femme veut, Dieu le veut. Les Marguerite Bourgeois, les Mance, les Mme d’Youville, de la Tour, etc., disent par leurs œuvres que lorsque le patriotisme ou la charité l’anime, la femme devient l’instrument des plus hauts desseins de l'Eternel. L’élits de notre société montréalaise a chaleureusement répondu à l’appel des directeurs de la Saint-Jean-Baptiste. Bientôt, comme sous lu baguette d’une fée bien faisante, notre métropole sera dotée d’un institut qui de-
viendra sa gloire en même temps que le salut moral de nos femmes du peuple. Toutes auront droit de venir rompre le pain de la science dans le temple érigé par la nation canadienne. Assises au même banc, l’ouvrière, la grande ‘laine, la servante, l’élégante, pour quelques heures du moins, oublieront les distinctions sociales qui les séparent depuis tant de siècles : ce sera le réveil des agapes chrétiennes.
Une société qui compte parmi ses directrices, Mesdames Béique et Daudurand, est assurée de pouvoir faire face à la confiance que l’on place en elle.
De la première, je ne dirai qu’un mot; sa modestie m'’interdisant le plaisir de rendre hommage à ses qualités du cœur et de l'esprit. Madame Béique est la digne fille du spirituel savant dont nous gardons un souvenir attendri : M. Dessaules. Son amour filial acceptera ce
discret éloge plus flatteur dans sa brièveté que tout l'encens qu’un thuriféraire adroit pourrait brûler à ses pieds. Parce qu’on peut toujours s’enorgueillir avec raison de continuer les traditions glorieuses d’un passé, si aimé, parce qu’il tient encore à soi.
Madame Dandurand est l'écrivain connu dont la plume virile et la vaillante attitude ont réclamé les droits de la femme, entre autres, la liberté pour el!e de penser autrement que par des cerveaux masculins. Le féminisme n’a jamais eu de défenseur plus ardent, et la cause de l’éducation, plus dévoué promoteur. Aussi, nous devons bien augurer des résultats merveilleux qu'‘obtiendra la nouvelle association, au point de vue intellectuel.
Voici les noms des dames constituant le comité d'administration :
Mmes L. O. David, Louis Beaubien, René Masson, Damien Rolland, G. Baby, L. J. Tarte. Henri Tasche-
reau, L. Gouin, C. P. Hebert, J. O. Gravel, V. Berthiaume, L. J. A. Surveyer, C. Gagnon, O. Faucher, Heori Archambault, L. E. Geoffrion, P. Bruchési, J. P. Beauchamp, U. H. Dandurand, D. Parizeau, J. X. Perreault, Dumont-Laviolette, JL. E. Beauchamp, G. Langlois. Sauvalle, Jules Laberge, P. Laberge, P. A. Roy, J. B. Beaudry, J. P. Rottot, A. Turcôtte, etc. Mesdemoiselles Victoria Cartier, Barry (Françoise), Bélanger (Gaétane de Montreuil), Gleason (Madeleine), Lesage (Colette), Papineau, Eva Circé (Colombine).
— Encore une utopie féministe, me disait un aimable railieur. Décidément noùs tombons en quenouille : nous ne marchons plus que sous la blanche bannière de ces dames !... Qu’est devenu le temps où de leurs doigts blancs elles tissaient l’étoffe du pays et les belles catalogues à rendre l’arc-en-ciel jaloux !
—Ah ! monsieur, les temps ont filé. A qui la faute, ei les cardeuses, les tricoteuses, les tisseuses mécaniques ont détroné le rouet et le métier ? — Au temps !... Au temps !...
Revenons à ce qui vous inquiète. Ce fantôme blanc dans l’air, vous ne venez donc que de l'apercevoir ! Mais le drapeau féministe s’agitait à la tourelle des castels quand les croisés allaient à la conquête de la Terre- Sainte. Il flottait au dessus des régiments, et le soldat mourait en lui envoyant un baiser. Il claquait, joyeux dans le vent, au couronnement du roi à Reims silréveille la France à son antique chevalerie, et toujours il porte haut la charité et le patriotisme. Aujourd’hui, le blanc étendard se dresse dans le ciel pour ranger sous son égide
toutes les affamées de lumière qu’un sort cruel a laissées dans l’ombre.
D'abord, le torrent du féminisme surgissant des siècles de barbarie a effrayé l’anivers par son fracas. Le flot tumultueux déracinait les jennes pousses, jaunissait l’herbe veloutée, faisait s'enfuir les craintives hirondelles! Mais plus bas, il s’élargit, se calme gentiment, jase avec les nénuphars ; il devient le grand fleuve régénérateur qui porte la fertilisation dans les champs. Les poètes et les écrivains l'avaient raillé ; ils le chanteront demain et l’Eglise bénira sa douce influence. La femme révoltée de l’infériorité morale dont-on la flétrissait a voulu prouver sa personnalité dans la littérature, dans les arts ; elleya réussi. Une noble fierté illumine ses traits ; elle pe it dire à son compagnon de vie : Vois, je suis ton égale. Tu peux m’aimer, je suis une âme et non pas une poupée automatique, comme tu disais. ??
Et la toge, l’hermine, le bonnet carré, ont été jetés aux orties. Voilà comment finissent des guerres de femmes, par des baisers, par une étreinte plus resserrée autour de votre cou, messieurs. Jamais la femme, même écrivain, n’a voulu abdiquer sa royauté au foyer. Quelqu'un demandait à l’illustre et charmante Madame Stowe comment elle avait écrit ‘ l’’Oncle Tom. ??
—Monsieur, en faisant le pot-au-feu de ma famille.
N'oubliez pas, messieurs, que le but poursuivi par la Société des Dames Patronnesses de la St-Jean-Baptiste, doit être bien vu de vous, car il vise votre bonheur.
L'homme s’est échappé de sa chrysalide, il volète, libre et fier, vers les hauteurs. La femme à son tour doit briser le cocon d’ignorance et de servitude morale qui la tient prisonnière, si elle veut suivre son compagnon ailé dans l’espace. L'homme sorti du creuset de vingt siècles civilisateurs a le droit d'exiger une compagne qui lv: ressembie,
N'est-ce pas qu’il vous faut plus et mieux que le verbiage d’une coquette sur la dernière création de la mode, le scandale du jour on les méfaits de la bonne 1... N’avezvous jamais éprouvé un sentiment de solitude auprès ‘ d’une personne aimée, mais qui ne sait vous comprendre. Cette tristesse d’être si près l’un de l’autre et de rester étrangers. Vous venez de lire une page de maître, une émotion intense vous remne, vous cherchez une main à presser, une voix qui fasse écho à la vôtre, lorsque vous vous écriez : Que c’est beau ! Mais un regard vague, une figure distraite, glace sur vos lèvres les explosions de votre cnthousiasme. Si l’on recherchait les causes de la désertion des foyers, on y trouverait presqne toujours la même : l'ennui. Les clubs, les maisons de jeu, les estaminets, ces dévorantes fournaises de nos grandes villes sont alimentées par les désillusionnés, les blasés et les spleenitiques.
Non, quoi qu’on dise, on ne peut étouffer l'idéal. Les raffinemz2nts de la société moderne, les merveilles du luxe, tout ce que l’art a pu créer pour faire d’un boudoir une miniature d’Eden, ne peut combler cet inextinguible soif de jouissances afinées que l'âme rêve toujours plus ardemment. La matière, esclave, a voulu être reine, mais l’esprit a chassé l’intruse, il lui a dit: C'est moi qui commande, je :uis le bon enchanteur qui d’un cc'1p de baguette convertis la mansarde en palais, le chaume en lambris d’or. Le front que je touche devient rayonnant, soudain auréolé d’un diadème plus brillant que celui des souverains. Ce que j’enfante ne menrt pas. Les vers du poètes, d’autres les rêveront demain. Si le génie les anime, l’immortalité les revêt déjà. Comme le soleil fe sur une feuille blanche les traits efacés d’une personne disparue, ainsi l’Âme de l’univers garde stéréotypée dans les mots, la pensée de tous les grands disparus dont
les noms chanteront toujours à nos oreilles : Virgile, Homère, Shakespeare, Le Dante, Hugo, Zola ! Puisque tout ce qui demeure des empires évanouis, des races éteintes est le souffle divin des poètes et des écrivains, faisons en sorte que notre race vive À jamais.
La matière première, chez nous, est d’une richesse inouie. Que de trésors inexploités dorment dans l’obscurité ! La race canadienne est ardente, généreuse, impressionnable, elle a de merveilleuses aptitudes pour les sciences et les arts. Son jugement est solide, son esprit brillant, que lui manque-t-il pour arriver à devenir la plus grande nation du monde ?—Vous l'avez pressenti : Une pépinière où la jenne fille recevra l’alimentation intellectuelle que, plus tard, devenue mère, elle réchauffera dans son cœur avant de la donner en becquée aux petits.
Mais il faut le concours de ‘sutes les femmes cana-
diennes à cette œuvre éminemmeat patriotique. De même que toutes les petites vagues se coulant !:3 unes dans les autres finissent par creuser un lit immense qui s’appelle l’océan, ainsi l’union de toutes dans une même pensée humanitaire pénètrera de force ce rêve sublime, de conduire le peuple vers le bonheur, par les sentiers de l'honneur et de ia science.
ESTUDIANTINA
LE BERET
Lorsque le blanc manteau De la Vierge Hivernale Coule en larme d'opale Au noirâtre ruisseau, Comme un gai perce-neige Le béret des Laval
D'un sourire estival Rayonne en l'âme allège.
Sous son béret de brume, Le printanier soleil
Au champ donne l'éveil, La forêt se parfume :
Et l'onde baptismale Lave le ciel d'azur ;
Le jour se lève pur
De l'aube nuptiale.
Et le printemps sournois
A l'étudiant qui flane
Le nez au vent, l'air crâne, Montre un gentil minois.
Cligne de l'œil— murmure :
‘“ Les livres sont bien lourds !
Ah ! vivent les amours !.…
Le soleil !... la verdure !...
Dans sa toge azurée,
Le Printemps jouvenceau Cache du renouveau, L'espérance dorée :
Le chant des oiselets,
La moisson ondulante, La source gazouillante, Le rire des bluets!...
Toi, jeunesse étudiante, Floraison des Avrils Crains les poisons subtils
Flétrissant l'âme ardente, Quand la bise morose Effleure les bourgeons...
Neigent sur les gazons Des folioles roses !...
© béret des Laval,
Symbole de vaillance,
Qu'on insulte à la France Tu donnes le signal
De ia vengeance sainte. Etudiant sans faiblir,
Tu sais vaincre ou mourir Et parler haut, sans crainte,
O béret des Laval,
Etoile rayonnante,
Je vois ta flamme errante Emerger de l'astral.
Hélas ! plus d'une étoile, Luciole d'un soir,
Croule en l’abime noir Que le mystère voie !
Docteur ou magistère, Sous le bonnet carré, Meurt l'idéal sacré,
Les plis du front austère Voilent le pu: flambeau.
Et le glorieux rêve Pleure sa fuite brève Ainsi qu’un vol d oiseau !
Que t'importe, Etudiant, Avant que l'astre sombre Au vaste océan d'ombre Anime le néant
D'un fugitif rayon :
Aime la Poésie,
La Fenme et la Patrie...
Creuse au ciel ton sillon !
ser CREER