‹ Blida, récits selon la légende, la tradition & l'histoire (volume 2)Chapitre 1 sur 21 · FE RET · texte numérisé non relu

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Les Oulad-Sidi-Ahmed-el-Kbir. — Une Zaouya. — Les miracles des Oulad-Sidi-El-Arouci, descendants de Sidi Abmed-el-Kbir. — Les Sépultures des Oulad-Sidi-Ahmed-el-Kbir (1).— La Ziara au Tombeau de Sidi El-Kbir. — Le pèlerinage annuel au Tombeau du saint Marabouth.

Sidi Ahmed avait formé souche dans le pays; il devenait le fondateur et l’ancêtre d’une tribu religieuse à laquelle il transmettait le respect dont il avait été entouré pendant sa vie, et un brevet de sainteté que, trop souvent, la plupart

(1) Les tribus religieuses se reconnaissent facilement à leur nom, qui est presque toujours précédé des deux mots Oulad-Sidi (les enfants de monseigneur). Le nom qui suit est celui du marabouth fondateur de la tribu ou de la fraction.

de ses descendants s’inquièteront bien peu de justifier, ils exerceront pourtant pendant longtemps une grande influence sur la tribu des Bni-Salah, dont ils formeront une des fractions, et sur les gens de Blida, qui n’oublieront pas ce que durent leurs ancêtres, les Andlès, à la puissante intervention du saint marabouth.

Nous verrons les Oulad-Sidi-Ahmed-el-Kbir, perdant de vue le vœu de pauvreté du fondateur de leur fraction, s’enrichir soit par des donations que leur feront les fidèles, soit par des achats de terre que leur permettront les grosses offrandes des populations de leur ressort ecclésiastique. Puis, le domaine des descendants du saint ira s’engloutir dans un abîme de désordres nés, pour la plupart, de notre occupation; mais, en pays musulman, la foi est tenace, les croyances sont un besoin ; il faut au peuple mahométan ses saints, ses intercesseurs, ses intermédiaires auprès de Dieu, et, longtemps encore, les Oulad- Sidi-Ahmed-el-Kbir pourront vivre de leur ancêtre vénéré.

En mourant, avons-nous dit, Sidi Ahmed laissait trois fils, Sidi Abd-el-Aziz, Sidi Bel-Abbas, Sidi El-Moubarek; l’ainé, Sidi Abd-el-Aziz, que sa qualité d’héritier de la baraka (1), sa science

(1) La baraka c’est, nous le .répétons, la bénédiction, la grâce divine, les faveurs du ciel, dont jouirent, autrefois, certains marabouths, et qui se perpétuent, par héritage, dans la famille du saint qui a été l’objet de cette faveur divine. La baraka appartient toujours au chef de la famille, et l'influence religieuse qu’elle donne ne se partage pas.

et ses vertus avaient fait le mufti (1) de la mosquée que les Andalous devaient à la sollicitude de son vénéré père, s’est fait construire une maison à proximité de cet édifice religieux; quant à ses autres frères, ils n’avaient pas tardé à remplacer le modeste gourbi ayant servi d’habitation à Sidi Ahmed par une construction en bonne et solide maçonnerie. Le Douar (2) s’accrut, avec le temps, de nouvelles demeures qui vinrent se grouper autour de celle du chef de la famille. Une zaouya et une mosquée complétèrent ce lieu d'étude et de prière.

Ce Douar, auquel sa situation au fond de la gorge ne/permettait guère de s'étendre, fut bientôt ce que nous le voyons aujourd’hui; moins de cent ans après la mort de Sidi El-Kbir, on y comptait déjà les huit ou dix maisons dont il se compose encore de nos jours; il ne fut jamais habité, d’ailleurs, que par les descendants du saint.

Du moment que tous les biens de ce monde leur arrivaient par la grâce de leur saint ancê-

(1) Mufti, participe actif du verbe afta, décider, juger en matière religieuse ou judiciaire. Le mufti est le chef de la justice musulmane dans chaque rite (BresniEr).

(2) Les Bni-Salah donnent le nom de douar qui signifie cireuil, rotondité, et qui désigne généralement une réunion de tentes établies sur une ligne circulaire, à des groupes de maisons ou de gourbis formant des hameaux ou de petits villages. Le mot douar a pour eux, dans ce cas, le sens de petile fraction de tribu. Aujourd’hui, le douar des Oulad-Sidi-Ahmed-el-Kbir est, en effet, une sous-fraction de la ferka (fraction) des Kerracha.

tre, les Oulad-Sidi-Ahmed-el-Kbir ne devaient pas être des producteurs : les fidèles et ceux qui avaient à demander à Dieu se chargeaient, puisque c'était œuvre pie, de pourvoir aux besoins de ces marabouths à l’engrais. C’est, ainsi que les serviteurs religieux de Sidi Ahmed s’empressèrent de faire de ce fond de gorge une délicieuse oasis, en y plantant des arbres portant toutes les espèces de fruits connues dans la Régence avant l’oécupation française. Ils achevèrent d’en faire un Éden en y introduisant, au commencement de ce siècle, l’oranger et le citronnier.

La zaouya de Sidi Ahmed-el-Kbir jouissait autrefois d’une grande réputation, dans le principe, on y poussait les études assez loin. Les Andalous chassés d’Espagne avaient emporté dans les plis de leurs bernous les restes d’une civilisation qui, pour être sur son déclin, n’en était pas moins extrêmement supérieure à ce qu’on trouvait de ce côté-ci du détroit, il est incontestable que c’est, grâce aux marabouths Andalous, qui sont venus les prècher et les rappeler aux préceptes de l'Islam, que les Arabes de l'Afrique septentrionale durent cette sorte de renaissance des lettres dont, depuis longtemps déjà, on ne trouvait plus traces. La zaouya de Sidi Ahmed, disons-nous, fut le rendez-vous des lettrés et des kadhis considérabies du pays, lesquels venaient entendre les savantes leçons des Chioukh, chercher des solutions à des questions épineuses, ou des consultations sur des passages de la loi hérissés de difficultés. On y ensei-

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