SÉNATEUR DU DÉPARTEMENT D’ALGER & MAIRE DE LA VILLE DE BLIDA
Je dédie ce Livre, et j'en donne la raison :
Mon EXCELLENT ET VIEIL AMI,
Il est bien naturel que votre nom soit mis en « F'ateha (1) » de ce Livre, c’est-à-dire qu’il louuvre, et en fasse les honneurs au public lisant; car, enfin, vous êtes bien pour quelque chose dans sa perpétration; j'irai plus loin en affirmant que, sans vous, cet enfant de mes peines et de mes veilles n’aurait jamais vu la lumière du jour.
Il est hors de doute que, sans vous, je le répète, ouvrage serait resté sinon dans mon encrier, tout au moins dans mes cartons, et cela à tout jamais,
Mais, grâce à vous, à vos presses, à votre
(1) Faleha signifie ouverture, commencement, introduction, exorde. On désigne ainsi le premier chapitre du Koran, parce qu'il ouvre le Livre Sacré.
excellente et bonne petite feuille « Le Tell, » qui est aujourd’hui dans la vingt-quatrième année de son âge, et qui se porte comme un charme, l'enfant naquit, vécut et grandit.
Vous vous rappelez mes feuilletons ayant pour titre «Sur un Piton du Petit-Atlas, » et dont on voyait d'autant moins venir la fin, que vous ne paraissiez paresseusement que deux fois par semaine, et vous n’en avez pas perdu l'habitude. Nos vieux amis de Blida m'ont-ils assez plaisanté à propos de ce qu’ils appelaient dédaigneusement mon « Prton !» Il est vrai que je ne m’en inquiétais que médiocrement; je les laissais dire, ces ingrats, parce que je savais qu’un jour, j'aurais aussi mon tour, — la vérité l’a toujours, — et que les Blidiens de ces temps préhistoriques finiraient par me bénir d’avoir écrit l’histoire de leur pays, annales dont il ne possédaient pas le premier mot, les ignorants! et, il n’y à pas à dire, sans moi, ils ne l’auraient jamais su ce mot.
Qu’aujourd’hui, ils me tressent des couronnes, qu’ils me couvrent de fleurs des pieds à la tête, je n’y vois pas trop d’inconvénients; dans tous les Cas, ces témoignages de l’enthousiasme de mes homochrones (!) je neles aurai pas volés ; car, ce que je me suis donné de peine pour fouiller dans les vieux papiers, et dans les vieilles mémoires des Turks, Mores et Kabils contemporains du coup d’éventail de 1827, « iâlem Allah ! » — Dieu seul le sait! — comme disent les Arabes. ù