UNE FAMILLE JAPONAISE
Un grand seigneur japonais, nommé Tite, avait reçu le baptême, ainsi que son épouse Marie et ses trois enfants, deux fils et une fille.
L'aîné de ses garçons, appelé Simon, avait seize ans ; le plus jeune, Mathieu, n'en avait que neuf. La jeune fille, Martine, entrait dans sa seizième année.
Cette conversion, contraire aux lois du pays, parvint aux oreilles du gouverneur idolâtre, qui, furieux, jura de couper le mal dans sa racine.
— C'est en punissant les grands avec plus de rigueur, pensa-t-il, que j'épouvanterai les petits.
Il fit donc appeler Tite devant lui et lui dit avec sévérité :
— J'ai appris avec indignation que toi et tous les membres de ta famille, vous vous êtes faits chrétiens ?
— Gela est vrai, prince !
— Tu n'ignores pas, d'après les derniers édits, quelles sont les peines qui vous attendent ?
— Nous sommes prêts aies subir pour l'amour de Jésus-Christ.
— Prends garde, mourir n'est rien, souffrir est tout. Je te donne jusqu'à ce soir pour répudier les fausses croyances des hommes noirs. Demain il sera trop tard.
Si la constance de Tite n'eût été inébranlable, Marie, sa femme, l'eût. fortifiée encore, lorsque, rentré dans sa demeure, il lui fit le récit de ce qui venait de se passer.
Il se préparait donc à la mort, lorsque, le lendemain, les satellites du gouverneur se présentèrent chez lui.
— Nous venons chercher ton plus jeune fils, lui dirent-ils. Notre maître a juré de lui faire perdre la vie s'il ne renonçait à la foi nouvelle.
La douleur du père fut grande. Que lui importait le trépas à lui, homme d'épée ! mais il frémissait en songeant aux tortures que l'on allait faire subir, dans un âge si tendre, à son malheureux enfant.
Néanmoins, après avoir prié Dieu pour se fortifier le cœur, il exhorta le jeune Mathieu à souffrir les tourments les plus atroces plutôt que de renoncer à la religion chrétienne.
L'enfant sécha ses larmes ; puis, avec fermeté, promit de mourir héroïquement.
Après avoir embrassé tendrement les auteurs de ses jours, il s'arracha de leurs bras et suivit les gardes, qui le conduisirent au palais.
Deux jours après le prince fit demander Tite.
— Toii fils a persisté dans l'erreur, lui dit-il, il a
payé son entêtement de sa vie. Cela te servira-t-il d'exemple ? Es-tu prêt à renier ton crucifié ? "
— Moins que jamais, répondit le père au désespoir, mais je suis prêt à périr.
— Ton heure n'est pas venue. Holà, gardes !
s'écria le tyran, rendez-vous chez cet homme et emmenez-moi sa fille.
Ce coup pour l'infortuné Tite ne fut pas moins terrible que le premier. Cependant il le supporta bravement. Son épouse Marie faiblissait.
— Une chrétienne doit savoir souffrir ! lui dit-il, en cherchant à relever son courage.
— La mort près de mes enfants ne m'eût pas vue pâlir ! répondit la pauvre femme ; mais il est affreux de leur survivre.
Pendant ce temps la jeune Martine était traînée au palais pour y partager le sort de son frère.
Vingt-quatre heures après, ce fut le tour du fils aîné, dont le gouverneur demandait la tête.
Tite, par une éloquence touchante, rappelle à Simon ce que son jeune frère et sa sœur avaient souffert pour l'amour du Christ.
— Je suivrai leur exemple ! n'en doutez pas, mon père, reprit le jeune homme, heureux de cueillir la palme du martyre.
Le noble chrétien lui donna sa bénédiction, le pressa sur son cœur et le remit entre les mains de l'officier chargé de le conduire au bourreau.
Le lendemain Tite et Marie comparaissaient devant le prince, toujours de plus en plus irrité.
— Aveugles entêtés !... dit-il en les voyant, vous
avez causé la perte de vos enfants évitez la vôtre
en abjurant votre absurde croyance.
Les ûeux répondirent que rien ne pourrait ébranler leur foi.
— Qu'on s'empare de cette femme ! s'écria le gouverneur furieux, en indiquant Marie, et qu'on lui tranche la tète.
Tite eut à peine le temps d'embrasser sa compagne.
Les gardes l'arrachèrent de ses bras et disparurent avec elle.
Quant au malheureux époux, il s'enfuit épouvanté.
Par un raffinement de cruauté, on le laissa seul, livré à sa douleur, pendant une semaine, puis il fut ramené pour la dernière fois devant son maître qui lui dit froidement :
— Es-tu prêt ? le bourreau t'attend !
— Pour cette bonne parole, répondit Tite, je te pardonne tout le mal que tu m'as fait, puisque mon heure est enfin venue, heureux suis-je de revoir les miens dans un monde meilleur. Frappe, je suis prêt.
Le prince avait voulu voir jusqu'où pouvait aller le courage d'un chrétien.
Etonné, stupéfait, vaincu par tant de grandeur d'âme, il s'écria : Viens, suis-moi !
Puis, faisant ouvrir une porte devant lui :
— Je t'admire et je t'envie ! ajouta-t-il. Sois heureux et conserve une religion qui peut inspirer une semblable vertu.
Tite poussa un cri de surprise, de joie folle. Sa femme et ses trois enfants lui tendaient les bras. Le prince leur avait conservé la vie.
L'âge des souverains. — Le doyen des monarques du globe est l'empereur Guillaume, il a 86 ans. Viennent ensuite : le roi de Hollande, 66 ; le roi de Danemark, 65 ; la reine Victoria, 64 ; le roi de Wurtemberg, 60 ; l'empereur du Brésil, 57 ; le roi de Saxe, 55 ; le roi de Suède et de Norvège, 54 ; l'empereur d'Autriche, 52 ; le roi des Belges, 48 ; du Portugal, 44 ; de Roumanie, 44 ; le sultan, 40 ; le roi d'Italie, 39 ; l'empereur de Russie, 38 ; le roi de Bavière, 37 ; de Grèce, 37 ; de Serbie, 28. Le cadet est le roi Alphonse XII ; il a 25 ans.
BDUETTES.