LA JUMENT MORTE
Pauvre bête, pauvre mignonne, Nous te devons bien un adieu Toi, si courageuse et si bonne Tes pareilles vivent trop peu.
C'est un deuil dans noire demeure, Nous ne t'aimions pas à moitié !
Ton pauvre maitre qui te pleure, Si tu le voyais, fait pitié.
Quoiqu'il n'eut pas grande richesse, L'an dernier, il avait eu soin, Pour le repos de ta vieillesse De t'acheter un petit coin.
Tu l'avais compris, pauvre bête, Et, s'il passait sur le chemin, Tu présentais ta bonne tète, Et lui le flattait de la main.
De la haie écartant la branche, Oh ! qu'il aura le cœur serré De ne plus voir sa jument blanche Venir à lui du fond du pré.
Mignonne, adieu. Ta tâche est faite, Tu dors dans le royaume noir.
Repose en paix chacun répète :
Mignonne a bien fait son devoir.
ELUETTES. 27