LA VANITE CHEZ LES FEMMES
Imaginez-vous une poupée douée de mouvement, et dans une certaine mesure de connaissance, une poupée qui aurait la notion et le goût du costume ridicule dont elle est affublée, une poupée qui aurait le sentiment de la coquetterie, une poupée qui, inférieure par là aux poupées ordinaires, aux poupées insensibles, aimerait les rubans roses dont l'affuble une petite main vaniteuse et maladroite, aimerait le rouge hideux qu'on aurait plaqué sur ses joues de carton, une poupée qui serait fière, fière, entendezvous ? fière d'être poupée, et qui prendrait vis-à-vis des personnes vivantes de petits airs méprisants.
Si je disais : Voilà toutes les femmes, je commettrais une injustice; je ne parle donc que d'une classe de femmes, et par là aussi d'une classe de filles. Mais cette classe se rencontre partout, car la femme du monde est ce que je viens de dire.
La femme poupée n'est pas méchante, c'est une sotte.
La sottise ! je ne croirais pas avoir perdu mon temps aujourd'hui, si je pouvais arrêter l'attention sur les inconvénients de la sottise.
Une femme sotte peut entraîner la ruine de beaucoup de familles.
La sottise est, en tous cas, un obstacle invincible au bonheur de celui qui la contemple de près.
Si l'on pense un instant à l'influence immense qu'exercent les femmes sui les hommes et sur les
enfants, sur le présent et sur l'avenir de la société, sur les intelligences et sur les âmes, il est impossible d'arrêter les yeux sans terreur sur la femme poupée.
L'influence des femmes est d'autant plus victorieuse qu'elle n'a rien d'officiel. On ne la proclame pas : au contraire la femme doit obéissance à son mari. Aussi sa puissance immense et inavouée réside-t-elle tout entière dans la réalité. Cette puissance n'est écrite sur aucun parchemin, elle n'est le résultat d'aucun décret : elle est écrite seulement dans le livre de vie ; elle est réelle, essentielle, latente, profonde, souvent inaperçue, et également invincible pour qui subit t-on contrôle.
La femme, c'est celle qui se souvient qu'elle a une âme.
Ah ! pourquoi la femme est-elle devenue poupée ?
Pourquoi ne ressemble-t-elle pas plutôt à la femme forte des livres saints ?