‹ BluettesChapitre 37 sur 83 · LE CHENE ET L ARBRISSEAU · texte numérisé non relu

LE CHENE ET L ARBRISSEAU

(Fable.)

Après avoir appris sa leçon de grammaire, Un jeune enfant avec son père Se promenait dans au jardin, Lorsqu'ils trouvèrent en chemin Un arbrisseau dont la tempête

Avait courbé la tige et l'ait plier la tête.

BLUETTES. f>7

Le père qui toujours à son cher jouvenceau

Se plaisait à donner quelque avis salutaire,

— Voyez-vous, lui dit-il, mon fils, cet arbrisseau ?

Il était droit, il fait à présent le berceau :

Allez le rétablir dans sa forme première.

— Volontiers, papa, dit l'enfant.

Aussitôt il le prend, et sans beaucoup de peine

Il le redresse au même instant. — Fort bien, dit le mentor ; mais regardez ce chine,

Que son poids vers le sol entraine :

Quoique déjà fort avancé, Il aurait bien besoin d'être un peu redressé, Allez, allez aussi lui rendre ce service. <Jh ! oh ! dit l'enfant en riant,

Papa, pour moi quel exercice l

Je le tenterais vainement,

L'arbre est trop vieux pour qu'il fléchisse ;

Je me serais chargé de la commission,

Lorsqu'il était encor dans son enfance ;

Mais de le redresser ce n*est plus la saison, Et les bras même de Samson Ne vaincraient pas sa résistance.

— Oui, mon fils, vous avez raison, Reprit alors le père ; et cttte expérience Pour vous doit être une leçon.

Nos penchants dans le premier âge, Sont faciles à corriger ; Mais on ne peut plus les changer Quand ils sont raffermis par le temps et l'usage.

MADAME D AILLEBOTJST.

Louis d'Àilleboust de Coulonge, qui devint gouverneur du Canada après M. de Maisonneuve, avait épousé Barbe de Boullongne, à la condition qu'il respecterait sa virginité. Lorsque, plus tard, M. d'Ailleboust se sentit attiré à Montréal, son épouse, souffrante et d'ailleurs effrayée du voyage, s'opposait à ce dessein ; mais une maladie qu'elle fit changea ses idées ; elle promit si elle guérissait d'aller au Canada. Elle guérit miraculeusement. Pourtant son dégoût et ses doutes persistaient, quand une réflexion bien naturelle y mit fin : " Pourquoi m'inquiété-je,

se dit-elle, de ma vocation à une mission si périlleuse ? Dieu ne me doit aucun appel ; n'ai-je pas la vocation de suivre mon mari partout où il désire aller ? S'il est appelé de Dieu, je le suis avec lui."

Elle vint donc en Canada; sa jeunesse, son aimable humeur égayaient toute la colonie. Elle se mit bientôt à parler l'algonquin et acquit par là la confiance de tous ces sauvages, qui la lui témoignèrent parfois d'une manière aussi originale qu'inattendue. Pendant l'absence des Pères, un jeune chrétien, désireux de se marier, la vint trouver en particulier avec cette étrange requête : " Puisque tu nous entends, lui disait-il, ne pourrais-tu pas suppléer au défaut du Père ? nous nous sommes donné parole, une jeune fille chrétienne et moi. Je t'en supplie, marienous publiquement à l'église ; car le Père nous défend de nous marier en secret."

Cette simplicité fit rire la bonne dame, et elle lui répondit qu'il fallait attendre le Père ou aller à Québec.

Un autre qui, depuis trois ans, était en instance, pour obtenir le baptême, et le méritait, au témoignage de sa femme, par sa bonne conduite, lui disait, pour lui faire comprendre son ardeur pour la réception de ce sacrement, qu'il n'aimait rien au monde tant que le tabac, et que pourtant il n'y pensait même plus, sitôt qu'il était question du baptême, et que, dût-il, pour être baptisé, avoir à renoncer au calumet, il se sentait prêt au sacrifice. A la vue de cet héroïsme, Mell° de Boullongne lui demanda : " Si ta femme voulait t'empècher d'être chrétien, que ferais-tu ? — Avant tout, répondit-il, j'aime le baptême."

On pourrait rapporter un nombre d'exemples de cette sorte : cette douce et pieuse dame était en haute estime parmi les sauvages, les Français la chérissaient, tous aujourd'hui bénissent sa mémoire.

ELUETTES. 59

Page 1