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MOINS PRUDENTS QUE LES BETES

Les souris sont beaucoup plus judicieuses que certains lecteurs de romans et de mauvais journaux. On a remarqué, en effet, dans les bureaux d'une administration où les dites souris avaient l'habitude de faire grande consommation de pains à cacheter, qu'elles ne touchaient jamais aux cachets verts, qui se colorent au moyen de l'arsenic. Pourquoi tant de jeunes gens n'usent-ils pas de la même réserve envers tant de livres pétris de scandales, de mensonges et d'impiétés, qui empoisonnent leur âme.

la ruse d'un élève de l'école polytechnique.

Le jeune chrétien dont il est question dans le récit suivant est M. Teysseyre, né à Grenoble et mort en 1818, prêtre de Saint-Sulpice à Paris. A une ardente foi, il joignait une intelligence supérieure ; car à l'âge de dix-sept ans, il était nommé répétiteur de l'Ecole polytechnique. Il fit beaucoup de bien autour de lui par une aimable piété et un zèle infatigable qui lui permirent de convertir un grand nombre de ses camarades. Devenu prêtre, il exerça un ministère des plus fructueux, et lorsqu'il mourut, âgé de trente-trois ans, sa mort fut une perte très sensible pour la cause de Dieu, et elle fut vivement ressentie à Paris, où le saint prêtre jouissait d'une estime universelle.

Voici une anecdote rapportée par l'auteur de sa vie :

" Une fois, il eut pour compagnon de route le P. Gloriot de la Compagnie de Jésus. Deux dames de Paris, qui voyageaient avec eux, donnèrent à entendre, par leurs discours, qu'elles étaient éloignées de toute pratique religieuse. iM. Teysseyre, alors âgé de vingt ans, ne disait pas un mot ; mais il méditait un plan de bataille.

A un relais, vers le soir, il s'approcha du P. Gloriot, et lui demanda s'il ne voulait pas s'associer à lui pour faire une petite conférence sur l'enfer à l'intention des deux bonnes dames incrédules. Ce projet sourit au missionnaire ; on convint de la marche à suivre, puis on entra en diligence.

lies deux complices laissèrent malicieusement la nuit couvrir la terre de ses ombres mystérieuses. Bientôt les éclats de tonnerre, la lueur sinistre des éclairs, vinrent encore ajouter à l'horreur des ténèbres. Puis la diligence s'engagea dans une épaisse forêt. Le lieu et les circonstances favorisaient singulièrement de salutaires impressions.

Le jeune officier dit alors, par manière de ré-

flexion, que, s'il n'était pas militaire et obligé par profession à ne rien craindre, il aurait bien peur, et, en môme temps, il demanda ce qu'il est raisonnable de croire au sujet de l'enfer. Ce fut le point de départ d'une conversation longue et animée, dans laquelle le P. Gloriot exposa les preuves de ce dogme redoutable, et décrivit en termes frappants les supplices de l'autre vie. Les deux dames étaient glacées d'épouvante, elles voyaient tomber toutes leurs objections, s'écrouler pièce à pièce l'édifice de leur incrédulité, et elles se trouvaient en face de la vérité catholique, lumineuse et terrible.

Elles demandèrent timidement ce qu'il fallait faire pour éviter ces épouvantables supplices. " Vous confesser et vivre chrétiennement" reprirent leurs compagnons de voyage. Ils ajoutèrent encore quelques conseils pratiques, puis il fut convenu qu'on se reverrait à Paris et qu'on tâcherait en s'édifiant mutuellement de s'aider à éviter les peines éternelles. Depuis, on se revit, on s'édifia, et ces deux dames incrédules devinrent des dames de charité de la paroisse de Saint-Thomas d'Aquin, où elles ont été connues longtemps par leur zèle et leurs bonnes œuvres.

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