LES VACANCES
Les vacances ! heures délicieuses, jours enchantés ! semaines trop vite écoulées ! Nous les voyons déjà disparaître, hâtons-nous d'en profiter.
Pour qui ces jours sont-ils véritablement heureux ? D'abord, pour les élèves qui les ont mérités par un travail soutenu, par une application sérieuse. Les vacances sont à leurs yeux le salaire dû au travailleur courageux. Il y a une fierté légitime et un noble plaisir à recevoir le salaire mérité. Pour les paresseuses les vacances ne sont qu'une aumône.
Ces jours sont heureux surtout pour ceux qui les passent dans la piété, l'innocence et l'éloignement de tout mal. Car il n'y a jamais de vraie joie là où se môle le péché : le plaisir sincère n'entre que dans une bonne conscience.
Et, pour les parents les vacances, ne sont-elles pas de beauxjours ? Ils se gardent bien de l'avouer, mais n'en croyons pas leurs livres, leurs cœurs les contredisent. Oui, il sont heureux de revoir et de posséder leurs enfants après une si longue absence, surtout en constatant qu'ils ont grandi, non-seulement en taille et en force, mais en science et en sagesse.
Toutefois, sachons voir autre chose encore dansles vacances que l'agrément et le repos : sans jeter une ombre sur ces jours radieux, apprenons à connaître les conditions qui les rendent véritablement utiles et les empêchent d'être dangereux.
Les vacances sont nécessaires, mais l'œuvre de
l'éducation ne doit pas cesser d'être poursuivie, quoique d'une main plus douce, pendant ce temps de distraction.
■ Il faut que les élèves en vacances ne perdent point l'habitude d'obéir et ne prennent pas celle de commander à leurs parents. C'est là un écueil à éviter dans les condescendances de l'autorité paternelle et maternelle durant ces jours.
Surtout, que l'on se garde bien d'omettre les exercices de piété. On l'a dit souvent " // n'y a pas de vacances pour le bon Dieu, " mais il est vrai de dire aussi : " 11 n'y a pas de vacances pour le démon. " Si l'élève en vacances laisse affaiblir son âme par la diminution des exercices de piété, il est à craindre qu'elle ne finisse par succomber.
Il faut recourir fréquemment à la confession. Gerson, le célèbre chancelier de Paris, disait: "Que chacun pense ce qu'il voudra, pour moi, j'estime que la confession, pourvu qu'elle soit bien faite, est le plus puissant moyen pour l'éducation chrétienne des enfants."
Des jeunes filles accoutumées à se confesser fréquemment dans une maison d'éducation, et qui passent leurs vacances sans s'approcher du tribunal de la pénitence, seront bien exposées à perdre, pendant ce temps, le peu de piété et de vertu qu'elles avaient acquis.
L'une des plus grandes préoccupations des parents durant ces jours doit être la vigilance sur les amis de leurs enfants.
Il faut, nécessairement que, toujours, le père ou la mère, ou quelque personne de confiance soit chargée d'elles et en ait la responsabilité.
L'illustre ôvêque d'Orléans n'a pas craint d'entrer sur ce sujet dans les détails les plus intimes.
" Il est de la plus haute importance, dit-il, que " pendant les vacances les enfants soient surveillés, " et ne passent pas leur temps avec des domestiques, u avec des valets, ou d'autres personnes dont on " n'est pas sûr, et il en est bien peu, hélas ! dont on " puisse être sûr."
Enhardi par l'exemple de ce maître expérimenté, nous ajoutons : Défiez-vous de certains amis, de certains cousins, de certains frères même ; veillez indistinctement sur toutes les compagnies de jour et de nuit. Oh ! que de douloureux secrets les confidents des consciences ont du souvent apprendre, alors que des parents ne s'étaient doutés de rien.
Interrogez, du reste, parents chrétiens^ vos souvenirs d'enfance, les souvenirs de vos périls, peut-être ceux de vos chutes, et soyez certains que la nature humaine n'est pas changée, si ce n'est peut-être pour devenir plus faible et plus perverse encore qu'autrefois.
Enfin, les vacances doivent être un temps de repos, mais non un temps d'oisiveté.
Les élèves en vacances doivent avoir un règlement court et facile ; sli doivent s'imposer un certain travail intellectuel, car le délassement de l'esprit ne consiste pas à ne rien faire, mais à varier et à tempérer le travail de l'intelligence.
La grande différence des vacances avec l'année scolaire, c'est que les récréations et les promenades doivent avoir dans celles-là une très grande place ; mais encore faut-il que cette place soit réglée et non livrée au hasard, au caprice ou aux dispositions du jour.
L'oisiveté est un grand péril pour tous les âges : • la jeunesse y est tout particulièrement exposée. Au nom de Dieu, ne demeurez jamais oisifs. Un auteur spirituel, très goûté de ce siècle, a dit une parole qui me fait trembler: la voici : L'oisiveté débauche l'âme Méditez-là, chers amis, et faites en votre profit.
Sans les conditions que je viens d'énumérer, les vacances ne feraient pas de bien et elles causeraient même un grand mal, en ce que, par elles, toute l'œuvre de l'éducation serait interrompue, troublée et dépravée.
Des vacances mal passées suffiraient pour détruire tout ce qui s'est fait de bon dans une année, et quelquefois pour occasionner un tort irréparable.
Saints et saintes de Dieu, intercédez pour nous.
Nous honorerons tous les saints dont l'Eglise rappelle la mémoire, chaque mois, en la personne d'un seul que nous choisirons ; les patrons de notre pays et les protecteurs de la jeunesse seront spécialement priés et invoqués, afin que leur puissant secours nous obtienne les grâces si nombreuses dont nous avons besoin en ces temps malheureux, pour nous, pour nos familles, pour nos amis, pour notre pays et pour la sainte Eglise. Nous demanderons surtout à ces bienheureux du Paradis, que nous vénérons si justement, de veiller sur la jeunesse du Canada, et de conserver toute la génération actuelle dans la foi, la piété et les bonnes mœurs.
Saints et saintes de Dieu, intercédez pour nous.
Saint Joseph, saint Jean-Baptiste, sainte Anne, saint Louis, saint François-Xavier, patrons de notre pays, priez pour nous.
Glorieuse Vierge Marie, patronne de nos deux villes de Montréal et de Québec, priez pour nous.
Doux Cœur de Jésus, soyez notre salut.
Ainsi soit-il.
LE R. P. MILLÉRIOT, S. J.
Le R. P. Millériot était un homme de taille moyenne, solidement bâti, à la démarche cavalière, aux façons familières, à la voix grosse, rude par affectation. Le vénérable M. Hamon disait de lui qu'il était le plus original de tous les saints, et le plus saint de tous les originaux.
Il était connu de tout le monde ; c'était un type, une figure légendaire. On se racontait les anecdotes dont il était le héros : ceux qui ne faisaient que le voir passer s'amusaient de ses saillies ; ceux qui le voyaient de près et savaient ce que cachait son ardente charité l'admiraient ; tous l'aimaient.
Le P. Millériot était né à Troyes en 1798.
En 1820, il devint professeur de rhétorique, puis directeur au collège Stanislas. Il s'y concilia l'affection de ses élèves en étant toujours avec eux.
Durant le choléra de 1832, il empêcha de se jeter dans la Seine un négociant que la foule accusait d'être un empoisonneur. Ce fut son début dans la vie publique.
Soudain il disparut ; puis, en 1845, il reparaît dans la maison de Sèvres — Jésuite.
Depuis lors toute sa vie n'est qu'un long apostolat. Sa journée se divise en deux parts : confesser, prêcher. En toute saison il se lève à trois heures un quart ; il dit sa messe, fait une méditation de deux heures, puis se rend à Saint-Sulpice.
Et là, dans la chapelle des Saints-Anges, de six heures à dix heures il confesse, il confesse luimême a déclaré entendre en moyenne vingt-quatre mille confessions par an.
Mais ne croyez pas qu'à l'instar des autres prêtres, ■ il est le directeur des personnes pieuses ; non, il n'aime que les gros pécheurs, c'est eux qu'il se réserve. Quand vient à lui une honnête femme, ne contant que des peccadilles :
— Vous n'avez que ça à me dire?... Ce n'est pas
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mon affaire, allez trouver votre curé ou un vicaire.
Mais, an contraire, quand s'approche un gaillard qui, tout d'abord lui déclare : — Mon père, il y a trente ans que je ne me suis confessé ! — Bon ça ! à la bonne heure ! et il saute de joie.
Aussi une dame, récemment à qui l'on conseillait de prendre pour confesseur le P. Millériot, réponditelle. "Oh! c'est que franchement cela pourrait me donner une mauvaise réputation."
M. L. Veuillot cependant a été pendant presque toute sa vie le pénitent assidu du P. Millériot. Il est vrai que le rédacteur en chef de l'Univers était un ancien pécheur.
Le père avait réservé aux hommes deux jours par semaine.
Le matin d'un de ces jours, une femme se présente au confessionnal.
— Qu'est-ce 311e vous voulez, vous ? Je ne m'occupe que des hommes aujourd'hui.
— Mon père, il y a cinquante ans que je ne me suis confessée.
— Oh! c'est une autre affaire; cinquante ans, vous valez un homme !
Au reste fort large, fort miséricordieux, comprenant les faiblesses humaines, et ne décourageant pas les pécheurs.
Il lui est arrivé souvent, en voyant des flâneurs se promener dans Saint-Sulpice, de les happer au passage :
— Vous venez vous confesser, vous, n'est-ce pas ?
— Mais, monsieur l'abbé
— Si, si, vous veniez vous confesser ; c'est moi que vous cherchiez, et, tenez, mettez- vous là ; en cinq minutes, vos affaires seront réglées.
Et, la plupart du temps, tout ahuri, on se laissait confesser.
Une autre fois, ce fut une dame qui arriva lui conter ses fautes — et aussi ses peines : son mari la brutalisait, et elle voulait le quitter.
Cette dame était venue, accompagnée d'une amie. Comme elle sortait du confessionnal, celle-ci s'approcha :
—Eh bien ! que t'a-t-il dit ?
— Laisse-moi donc tranquille, tous les hommes se soutiennent.
L'après midi était réservée à la visite des malades et des pauvres.
Un jour, le P. Millériot monte chez un paralytique, voltairien endurci. C'était la femme qui était accourue le chercher. Il s'installe au chevet du malade, il l'exhorte. Celui-ci, à la fin, s'impatienter prend sa béquille et tape de tout son cœur sur les épaules du jésuite — lequel ne bouge même pas. Quand les coups ont cessé de pleuvoir :
— Vous m'avez réglé mon affaire, voilà qui est bien : occupons-nous de la vôtre maintenant.
L'irascible voltairien fond en larmes, et, quelques jours après il était expédié en paradis.
Il était aussi grand prédicateur que grand confesseur. Il prêchait presque tous les soirs, surtout pendant le carême, un peu partout.
Un soir il monte en chaire à Saint-Sulpice.
Très chers frères, ce soir, attention ! Je vais jeter un gros coup de filet : il me faut vingt bien grosses carpes et vingt bien gros brochets, demain matin. Suivez mon iDras, suivez-le, vous voyez là-bas, au
fond, c'est mon confessionnal de six à dix ! —
Convenu, n'est-ce pas ?
On a dit qu'il avait été arrêté. Voici le fait :
Il montait la rue Notre-Dame des Champs, se rendant chez une malade. Il voit marcher près de lui deux fédérés : " Si je ne les arrête pas, se dit-il, ils vont m'arrêter !" Aussitôt, il marche à eux, et, leur posant la main sur l'épaule : " Je vous arrête. Je suis le P. Millériot ; je vais chez une bonne femme lui donner un billet d'entrée dans le paradis ; des camarades pourraient me chercher querelle, escortez-moi."
Et les deux communards l'accompagnent en riant Arrivé à la porte, le père se retourne : " Vous êtes libres." Et" ils s'en vont en disant : " Drôle de calotin."
Un capitaine des " Vengeurs de Flourens," voulut pourtant le mettre en état d'arrestation ; il lui mit la main sur l'épaule en lui criant :
— Qui es-tu ?
— Je suis le père des pauvres. J'ai distribué cette année 15,000 francs d'aumônes, et toi ?
L'autre aburi, le laisse aller.
A la fin d'avril 1871, il traversait la place de la Concorde, on l'entoure, on le somme de crier : " Vive la République."
— Est-elle bonne votre République ?
— Oui, oui.
— Vive la bonne République !
C'était de l'habileté. On ne fut pas satisfait : " Nonr non ! vive la République simplement, la République de tout le monde !
— Vive tout le monde, vivent nous autres !
Ce qui a tué le P. Millériot, c'est l'expulsion. H était trop vieux pour quitter sans déchirement cette maison qu'il habitait depuis plus de trente ans.
Après le mois de juillet on le vit s'affaiblissant tous les jours. Il conservait cependant encore un peu de gaieté. Il dit un jour au R P. Pitôt :
— Vous travaillez pour le ciel, vous ?
— Oui.
— Pas moi.
— Pour quoi travaillez-vous ?
— Pour le Purgatoire. Je passe la matinée à y envoyer des gens qui, sans moi, iraient en enfer, et le reste du temps, j'en tire, j'en, tire
Et, il montrait son immense rosaire, que, sans cesse, il égrainait, dans la rue, partout, pour retirer les âmes du purgatoire.
Un jour le R. P. Provincial, le trouvant en danger, l'exhorta à recevoir l'extrème-onction.
— Ah ! ah ! le moment suprême approche?
— Non, seulement il est toujours bon de prendre des précautions.
— Oui, j'ai dit cela aux autres bien souvent avec la même facilité que vous, aujourd'hui, je l'entends... pas avec la même facilité. Néanmoins, je vous sais gré de votre conseil.
Jusqu'à la mort, il eut fréquemment le délire. EnfL: on l'entendit murmurer : In pace ; ce fut son dernier mot.