AOUT
SAINT LOUIS, Roi de France.
La vie de ce saint roi esi connu et a été écrite par plusieurs auteurs ; disons quelques mots d'un de ses descendants qui l'avait choisi pour modèle ; ce sera tout à la fois louer le patron et admirer son imitateur.
Le dauphin, fils de Louis XV, avait pris saint Louis pour modèle dès sa plus tendre enfance. Un jour, son instituteur lui faisant parcourir la table chronologique des rois de France, lui demanda auquel il voulait ressembler. " A saint Louis, s'écriat-il, à saint Louis! Oui, je veux être saint comme lui" Gène fut là sans doute qu'une saillie; mais avec. quelle constance ce prince ne s'efforça- t-il pas de retracer dans sa personne les qualités et les vertus de ce saint roi !
Ou ne tarda pas à reconnaître dans son âme les premiers germes de cette vive sensibilité qu'il conserva jusqu'à son dernier soupir. Un cœur tendre, honnête et libéral fut son partage, et s'il eut quelques défauts de l'enfance, comme du dégoût pour le travail, de l'impétuosité dans le désir, dupenchantà la moquerie, de la raideur dans le caractère, il n'en eut que plus de mérite de reprendre sous œuvre son éducation (c'étaient ses propres paroles) dans un temps où les plaisirs, les honneurs, les passions et l'usage concouraient à l'en détourner.
Il n'avait que quinze ans quand son père eut à Metz une terrible maladie ; la France ne s'était peut-être jamais trouvée dans des circonstances plus critiques.
BLL'ETTES. 105
La guérison du roi paraissait désespérée, les ennemis étaient aux frontières, le dauphin n'était qu'un enfant. " Malheureux royaume, s'écrie le jeune prince, que vas-tu devenir ? Quelle ressource il te reste ! Moi, un enfant ! 0 Dieu, ayez pitié du peuple, ayez pitié de moi." Le ciel exauça ses vœux : le roi guérit. Quelque temps après, le dauphin épousa Marie-Thérèse, infante d'Espagne. Tout retentissait encore des fêtes nuptiales, que le bruit de la guerre se lit entendre ; le dauphin partit aussitôt avec son père, bientôt la victoire fut complète, et le champ de bataille fut arrosé des larmes que versèrent le roi et son fils en le parcourant. " Qu'il en coûte à un bon cœur, dit alors le dauphin, de remporter des victoires."
De retour à Versailles, il se fit un plan d'études. Ainsi partagé entre ses devoirs et le travail, M. le dauphin goûtait les douceurs d'une vie paisible, lorsque la mort vint troubler son bonheur. Mme la dauphine mourut en 1746. Sa mort fit verser longtemps à son auguste époux les larmes les plus amères. Il ne put jamais se consoler de sa perte, la vue seule de son portrait le faisait fondre en larmes.
Le 9 juin 1747, pour répondre aux vœux de la nation, il consentit à de secondes noces et épousa Marie-Josèphe, princesse de Saxe. Mais le prince ne pouvait encore retenir ses larmes au souvenir du premier objet de sa tendresse ; il lui arriva môme d'en laisser échapper en présence de Mme la dauphine, qui, bien loin de s'en offenser, lui dit : " Je vois avec plaisir verser vos larmes : elles témoignent de la sensibilité de votre cœur, et m'annoncent ce que je dois espérer si je suis assez heureuse pour mériter votre estime." Ces paroles firent une vive impression sur le dauphin. Le bonheur des deux époux fut cependant sur le point d'être rompu par la maladie du jeune prince, en 1752. La petite vérole fit craindre pour ses jours, et ce ne fut qu'après bien des alarmes qu'on fut rassuré pour sa vie.
Ce prince, étant un jour à la chasse, eut le malheur de blesser d'un coup de fusil M. de Chambors, son écuyer : il fut consterné de cet accident. Son affliction devint plus grande encore lorsque, six jours après, il apprit que M. de Chambors venait de mourir ; cette nouvelle le plongea dans une tristesse profonde dont on craignait les suites. Il fit une pension à la veuve réversible sur son fils, dont il fut le parrain quelques mois après. Son union avec la dauphine fut bénie. Cinq princes et trois princesses furent le gage de leur fidélité. Si la mort priva ces augustes époux du bonheur d'élever leur famille, au moins ont-ils laissé à leurs enfants des exemples encore plus efficaces que toutes les leçons.
M. le dauphin vivait à la cour sans faste. Saint Louis, ce modèle unique des bons rois, était l'objet constant de ses éloges. Comme lui, il méditait, chaque jour, aux pieds de Jésus crucifié, les grandes vérités de l'Evangile, et il récitait comme lui l'office de l'Eglise, consacrant à ces pieux exercices le temps qu'il pouvait dérober sans affectation aux amusements de la cour.
Il était aussi charitable que pieux. Ses mœurs retraçaient la simplicité des mœurs antiques : il vivait au milieu de sa famille comme vivaient autrefois ces anciens seigneurs de château, qui, loin des villes et de la corruption, coulaient des jours paisibles parmi leurs enfants et leurs vassaux.
M. le dauphin était trop pénétré de respect et d'amour pour la religion, pour ne pas inspirer les mêmes sentiments aux princes, ses enfants. Tout le monde a su, dans le temps, avec quel succès il les avait inspirés au duc de Bourgogne, dont la mort lui causa tant de regrets. Saintement occupé des devoirs d'un bon père, il ne négligeait aucun de ceux qui tendaient à sa propre sanctification. Tous les mois il purifiait son àme par le sacrement de pénitence, et ses plus beaux jours étaient ceux où il avait l'avantage de recevoir Jésus-Christ, comme il le dit lui-
même à de pieux solitaires qu'il honora de sa visite. Ce prince se préparait dans le silence à remplir ses hautes destinées. Il fallut tout l'éclat d'une longue et cruelle maladie pour dévoiler sa grande âme. Depuis trois ans, on s'était aperçu que sa santé dépérissait. Une espèce de fluxion de poitrine, qu'il eut à Gompiègne, fit craindre pour sa vie, et cette crainte était malheureusement trop fondée. Quelques intervalles d'une meilleure santé lui permirent de suivre le roi à Fontainebleau ; mais, succombant bientôt sous la force de son mal, il se coucha pour la dernière fois. 11 demanda son confesseur, que Mme la dauphine introduisit elle-même auprès de son lit. Il demanda qu'on lui administrât le saint Viatique et l'Extrême- Onction. Cette auguste cérémonie se fit le 13 novembre. Afin de n'avoir plus qu'à s'occuper des choses de Dieu, il fit son testament; après quoi il se livra tout entier aux exercices de piété.
Le 17 décembre il tomba en agonie, et il dit qu'il souhaitait encore avoir le bonheur d'entendre la sainte, messe pour la dernière fois. Après le saint sacrifice, il demanda qu'on ne cessât pas de l'exhorter à bien mourir. La faiblesse extrême à laquelle il était réduit ne lui permettant pas de faire ses adieux à ses enfants, il appela leur précepteur et leur envoya par lui ses derniers avis. Il renouvela plusieurs fois le sacrifice de sa vie, l'offrant pour la nation et spécialement pour le roi et la famille royale, il baisait de temps en temps le crucifix qu'il tenait de ses mains. Ainsi se consumait peu à peu dans les plus tendres sentiments de piété une vie si précieuse et si sainte. Le 19 novembre, veille de sa mort, il pria son aumônier de lui lire les prières des agonisants, et y répondit avec autant de tranquillité que de force. Plus il approchait de sa dernière heure, plus la nation consternée faisait des vœux pour sa conservation. Vœux et larmes inutiles î
M. le dauphin perdit la parole le 20 décembre 1765, à six heures du matin, et deux heures après,
le sommeil des justes ferma pour toujours ses yeux à la lumière. Il avait demandé par testament à être enterré dans l'église de Sens, aux moindres frais possibles. Son corps y fut inhumé le 29 du même mois. Son cœur seul fut porté, suivant ses désirs, à Saint-Denis, à côté de ce qu'il avait de plus cher ; car ce tendre époux voulut donner en mourant une dernière marque de tendresse à l'infante d'Espagne, qu'il avait tant aimée. Madame la dauphine ne survécut pas longtemps à son auguste époux. Après avoir passé quinze mois dans les larmes, elle mourut avec autant de fermeté que de piété. Leurs corps reposent à Sens sous la môme tombe.
Digne fils de saint Louis, priez pour la France. Saint Louis, soyez notre protecteur.
Saints et saintes de Dieu, intercédez pour nous. Saints patrons de notre pays, protégez-nous.