LEGENDE DE NOTRE DAME DE LIESSE
Marie fut toujours pour ses serviteurs un secours puissant et assuré ; c'était vers Elle qu'ils élevaient les mains; c'était en Elle qu'ils espéraient, et jamais en vain, ces innombrables soldats du Christ, qui, la croix sur la poitrine et le glaive en main, couraient jadis en Palestine défendre le saint Sépulcre du Rédempteur.
C'est surtout envers trois nobles frères de la race des Francs et de l'illustre maison d'Eppes, que Marie montra toute sa puissance.
Ils avaient abandonné la maison paternelle, pour s'enrôler dans l'ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Un jour qu'ils repoussaient vigoureusement une attaque de Sarrasins, ils furent pris par ruse près d'Ascalon et jetés dans les fers.
Menaces, caresses, le sultan d'Egypte employa tout pour les engager à suivre Mahomet ; ce fut inutilement. Vaincu, il eut recours à une nouvelle
épreuve, la plus délicate, mais non la moins terrible ; sa fille Ismérie leur fut envoyée avec ordre de triompher de leur constance dans la foi. Les chevaliers lui parlent de la vraie religion, la fille du Sultan est vaincue ; elle veut à tout prix contempler une image de la sainte Vierge dont les chevaliers lui ont fait tant de louanges.
C'est alors qu'après une prière fervente, ils reçurent du ciel, comme le rapporte la tradition, une statue de la sainte Vierge. A sa vue, la princesse, touchée d'une grâce toute extraordinaire, se déclare chrétienne, et forme avec les chevaliers le dessein de s'enfuir du pays des infidèles.
Le ciel vint à leur secours : des bords du Nil ils furent transportés, avec la statue miraculeuse, dans les plaines qui s'étendent sous Laon, près d'une fontaine, au milieu de leur propre domaine.
Ce retour inespéré causa une si grande joie à tous les peuples d'alentour, qu'ils s'empressèrent de bâtir, avec l'approbation de l'évêque, un temple, gage éternel de leur reconnaissance, pour y honorer l'image miraculeuse sous le nom de Notre-Dame de Liesse.
Bientôt le bruit de nombreux -miracles, les indulgences spéciales accordées par les souverains pontifes, les riches et nombreux présents des princes y attirèrent, de toute la France, surtout le jour de la Pentecôte, pour honorer Marie comme source de grâces, et les plus grands rois et des troupes innombrables de pèlerins. Ce concours extraordinaire s'est perpétué jusqu'à nos jours. Aussi le souverain Pontife Pie IX, excité par toutes ces considérations a accordé en l'année 1867, le couronnement solennel de la statue de Notre-Dame de Liesse sous le titre de Mère de Grâce, et de plus une fête commémorative a été célébrée depuis tous les ans, sous le titre de Notre-Dame de Liesse.
L'ancienne statue miraculeuse de Notre-Dame de Liesse, ayant été brûlée pendant la révolution en
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1793, on conserva précieusement ses cendres, qui sont placées aujourd'hui sous la statue actuelle de Notre Dame.
Quand il s'est agi, en 1857, de couronner solennellement l'image exposée, depuis la révolution, à la vénération des fidèles, on s'aperçut qu'au lieu d'une statue, il n'y avait qu'une tète de pierre sur un support de bois informe et vermoulu, entouré de carton sur lequel était posé le revêtement extérieur. Cette tète avait été trouvée, dit-on, dans les combles de l'église, par le curé constitutionnel qui la présenta ainsi disposée à la vénération des pèlerins dont le concours se continuait encore.
Cette image ne pouvant être honorée d'un couronnement, on fit alors la statue actuelle. La tète qui l'avait précédée fut conservée par le R. P. Feuillot et destinée à la maison de Chine, mais les Pères de cette mission, craignant d'exposer au culte public une statue capable de rappeler aux fidèles les idoles païennes, on donna à cette tête précieuse une autre destination. Le R. P. Feuillot la confia à un artiste de Paris, qui la peignit, lui donna un corps et une couronne, sculpta heureusement l'image du divin Enfant, et constitua ainsi la mère de grâce qui fut vénérée à Saint- Vincent.
C'est ainsi que cette statue, du moins la tète, se trouve être celle vénérée, pendant soixante ans, par les pèle tins de Notre-Dame de Liesse, qui ont obtenu devant elle tant de miracles. Il y a dans sa base une partie des cendres de la statue primitive.
Maintenant, comment cette statue est-elle échue au Canada ? nous le dirons brièvement. Au printemps de 1877, le gouvernement français réclama des pères de la Compagnie de Jésus la cession de la maison Saint-Vincent, qui lui devenait ne saire pour la défense de la ville de Laon et de la vallée qu'elle domine. 11 fallut alors songer à transporter la maison autre part, Elle fut, en effet, transportée à Paray-le-Monial, qui paraissait l'endroit le
mieux adapté à cette école du cœur, " schola affectus," où l'enfant de saint Ignace met la dernière main à son éducation religieuse. Il y avait là deux pères canadiens qui devaient entrer dans leur patrie au mois d'août.
Longtemps on pria pour savoir à quelle mission on enverrait ce gage de protection de Marie; on pria beaucoup ; les pères canadiens, en particulier, sentaient leur désir croître de jour en jour. Enfin le troisième an tout entier devait aller à Liesse, selon la coutume, faire le pèlerinage d'adieux. Le R. P. Dorr, qui avait, depuis six ans, succédé au R. P. Feuillot dans la charge d'instruction, dit la messe à cette intention à l'autel Notre-Dame de Liesse ; à peine avait-il achevé son action de grâces qu'appelant près de lui un des pères canadiens, il lui dit : La statue de Notre-Dame de Liesse, mère de Grâce, ira au Canada: vous l'emporterez. Quelques jours après, les deux pères emportaient avec eux ce palladium chrétien, source intarissable de grâces pour les populations chrétiennes et religieuses.
Notre-Dame de Liesse a toujours été un des sanctuaires les plus célèbres de la France catholique Depuis sa fondation en 1134, toutes les générations y sont venues successivement déposer aux pieds de la statue miraculeuse le tribut de leur foi, et y puiser une multitude de grâces. Les rois de France y venaient souvent après leur sacre ; les princes de l'Eglise et les plus grands personnages se sont plu à visiter pieusement et à embellir ce pieux pèlerinage.