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occupait ses loisirs à cultiver ses jardins et ses champs, donnez-moi ces jolies roses, qui sentent si bon et dont la blancheur égale celle du lis.—Pour les effeuiller, sans doute, dit le père à l'enfant — Non, non, répliqua-t-elle, elles sont trop belles pour cela.—Mais qu’en feras-tu ?—C’est mon secret.—Ton secret! le mot est risible…. Et si je te donnais l’arbuste entier, me dévoilerais-tu cet important mystère ? — Cher papa, donnez toujours; je vous dirai plus tard à qui je destine ces fleurs. — A la tombe de ta pauvre mère, sans doute ?—C’est bien pour ma mère... mais... pour ma mère du ciel.” En prononçant ces derniers mots, la voix de l'enfant avait un accent si pénétrant que le père, sans en avoir compris le sens, en fut néanmoins profondément ému. Il s’avança donc vers le rosier, le détacha habilement de la terre et le remit entre les mains de sa petite fille, qui s’éloigna aussitôt, emportant son cher trésor.
Quand la bonue petite entra au logis, il était déjà tard. Son père l’embrassa plus tendrement encore que de coutume, et se retira dans sa chambre pour prendre un repos bien nécessaire après une journée employée à de rudes labeurs. Mais, hélas ! le sommeil ne vint pas fermer sa paupière ; une agitation fébrile, inaccoutumée, s'était emparée de son esprit : les souvenirs d’un passé grossi d’orages revenaient à sa mémoire et lui causaient un indicible effroi. Lui, le brave guerrier, le soldat intrépide que le bruit du canon et de la mitraille n'avait jamais fait pâlir, éprouvait un saisissement inexplicable..…….. Pour calmer ses cruelles angoisses, vrai cauchemar de l'âme causé par le remords, il se mit à balbutier quelques-unes de ces prières qu'aux jours de son enfance il avait bien des fois redites sur les genoux maternels, et les mots bénis qui, depuis tant d’an. nées peut-être, jamais n'avaient effleuré les lèvresdu vieux militaire, vinrent s’y placer en ordre les uns après les autres, et former ce tout sublime connu
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sous le titre d'Oraison dominicale. La prière, ce cri du cœur, cet élan de l’âme vers celui qui la créée, qui l'aime, qui veut et qui peut seul lui donner le bonheur, est un de ces remèdes efficaces et doux dont l’effet ne tarde pas à se faire sentir... Notre somme en fit la consolante épreuve... Un rayon d'espérance vint tout-à-coup dissiper les ténèbres dont, un instant auparavant, son entendement était enveloppé. ‘Si je suis un pécheur, disait-il, si pendant de longues années j'ai vécu en véritable païen, en ennemi de Dieu, tout n’est pas perdu pour moi. a pas un petitange à placer entre moi et la justice du Seigneur prête à me frapper ?”
En pensant à son enfant, l’ancien soldat s’endormit, et un songe ravissant acheva de le calmer. Il se crut transporté dans un de ces temples mystérieux élevés par le génie de la foi au Dieu trois fois saint. Au bas du chœur, à l’entrée de la nef principale, était un autel étincelant de mille feux et surmonté d’une gracieuse statue de la Vierge Marie, Une foule de fidèles montaient et descendaient les marches de l'autel, déposant aux pieds de l’image vénérée des fleurs et des couronnes. Une délicieuse harmonie ajoutait aux charmes de cette vision. Mais bientôt la foule s'écoula, les chants cessèrent, les lumières s’éteignirent ; la lampe du sanctuaire seule projetait ses vacillantes clartés sur le charmant visage d'une petite fille qui s’avançait furtivement ver l'autel et y déposait un rosier chargé de blanches fleurs.
Ici, le vieillard s’éveilla : le secret de sa chère enfant venait de lui être dévoilé ; et quand, le matin, elle accourut vers lui joyeuse pour l’embrasser : “ Moi aussi, lui dit-il en la prenant sur ses genoux, j'ai un secret.—Tu me le confieras, dit l'enfant à son tour.—Non, ma petite, tu le verras .……” Le dernier jour du mois de mai 186..., un militaire, ayant sur sa poitrine le signe des braves, s'approchait de la
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Quelques instants après, le prêtre qui venait de célébrer les saints mystères s’approcha de nouveau de l’autel et détacha d'un rosier, placé aux pieds de la sainte Vierge, une branche encore toute fleurie... Il la présenta ensuite au guerrier, qui la baïsa respectueusement., Depuis cette époque, elle figure comme un trophée au-dessus des armes appendues au mur de la demeure, et, chaque fois que les regards du vieillard se portent sur ce rameau desséché, il murmure une prière à Marie, l’aimable et tendre protectrice des pauvres pécheurs.