L'URNE DES MORTS
Albertine et Joseph, deux enfants de très riche et très chrétienne famille, avaient perdu leur mère ; Albertine avait onze aus et se disposait à faire sa première communion. Joseph en avait huit.
Un jour, c'était i «r même de la Toussaint, la jeune fille rentrait à : maison les yeux mouillés de larmes. Joseph accourut joyeux au-devant d'elle, lui portant ses caresses ; Albertine, quoiqu’un peu légère encore, était si bonne pour lui! Mais, ce jourlà, elle lui sourit à peine, répondit à peine à ses fraternelles agaceries : évidemment elle était préoccupée et triste. Aussi, le pauvre enfant n’insista point ; il n’eut point le courage de suivre sa sœur qui monta silencieusement dans sa petite chambre et s’y enferma. +
Mais le soir venu, quand la prière eut été récitée en commun, quand la famille se sépara pour le repos de la nuit, Joseph, n’y tenant plus, se précipita, en sanglotant, sur les pas de sa sœur : “ Albertine, lui dit-il, pourquoi pleures-tu ainsi toute cette soirée ? Ne m'aimes-tu donc plus, ou t’ai-je fait quelque peine ?.… Oh ! si maman était là 1...
Maman ! interrompit Albertine, avec des larmes dans la voix, maman !... Ah ! c’est elle, mon petit frère, qui cause ma tristesse, c’est elle que je pleure. N’as-tu pas entendu, ce soir, le glas funèbre des cloches annonçant la fête des Morts ?:.. Oh! si tu savais, mon cher Joseph! dJ’avais bien pleuré notre mère, mais je nie consolais en pensant que nous la reverrions au ciel...Et vois.tu, ce soir, à la réunion du catéchisme, sœur Saint- Pierre nous a fait une peinture si pénétrante des souffrances des âmes !.…