‹ Bluettes [microforme]Chapitre 93 sur 97 · Ç NET · texte numérisé non relu

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Il me semblait que je voyais maman dans les flammes, que j'entendais ses cris et qu’elle m'appelait à son secours... O mon Joseph... si maman est en purgatoire ! si elle brûle... si elle est malheureuse !...si elle n’a pas la possession de ce bon Jésus que je vais recevoir dans quelques mois —Joseph s'était jeté dans les bras de sa sœur, et pleurait à chaudes larmes et à grands cris : Albertine.… oh ! il faut soulager notre mère... Maman ! maman !... ma pauvre maman !…

‘ Mais j'y ai songé, reprit Albertine, et puisque te voilà si bien disposé, je vais te confier mon secret... tu pourras m'aider dans mon dessein.

‘ Oui, oui, je le veux, je veux soulager maman, s’écria Joseph de plus en plus ému.

Eh bien ! voici mon projet. Chaque soir, tu ven souviens, notre mère nous prenait dans ses bras et déposait, avant de nous quitter, un baiser sur notre front.….Il faut lui rendre ses caresses et son amour... ses sacrifices et son dévouement. Je vais, dès ce soir, établir sur cette petite console, l’urne que tu vois là, tout près ; tous les jours je ferai provision d’actes de piété, d’obéissance, de mortification, de vigilance

sur moi-même, de saintes prières, d’'indulgence, j'of-

frirai le tout pour le soulagement de notre mère, et, chaque soir, je déposerai dans cette urne un petit billet portant l'indication de ces bonnes œuvres accomplies ; j'y joindrai les petites aumônes que je me propose de faire en vue de ma préparation à ma première communion. Ce sera ‘ l'Urne des Morts,” Car je veux aussi satisfaire pour tant d’autres âmes qui me sont chères et qui souffrent peut-être en purgatoire.”

‘ Albertine, reprit Joseph, oh! je veux remplir avec toi l’urne des morts ; et moi aussi, je vais être bien sage. puis je me priverai de quelques friandises pour grossir ton petit trésor...”

‘ Merci, mon Joseph, dit Albertine, en l’'embrassant. Eh bien ! commençons dès ce soir par une

bonne prière. Nous nous réunirons chaque soir pour verser notre cotisation spirituelle et notre aumône... Puis, le jour de ma première communion venu, nous porterons ces fleurs de bonne volonté sur la tombe de maman. Et pour que son âme s’en aille au ciel au plus tard ce jour-là, je donnerai la moitié de notre trésor aux pauvres et l’autre moitié servira à faire célébrer des messes pour sa délivrance.

‘ Et moi, s’écria Joseph, si je nee aller au ciel ce jour-là avec maman! Oh! le beau jour, A'bertine !.. Trois premières communions à la fois !...”

Les deux enfants se mirent à genoux et prièrent longtemps. Six mois après, Albertine montait joyeuse à la sainte table. Le lendemain elle échangeait sa robe blanche de première communion pour une robe de deuil et ac:ompagnait au cimetière le petit Joseph mort le soir même de ce beau jour.

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