Bob à l'exposition
Bob. — * L’ « Tout-Paris » qu’c’est!... vous savez bien, m’sieu l’abbé?... M’sieu Boch’fort, SaraliBernharclt, l’maréchal... Louise Michel, l’prince d’Sagan,
enfin, Y « Tout-Paris », quoi?... c’t’écrit d’ssus ainsi...
L’abbé. — Soit... entrons ! ... ( S'arrêtant .) Mais... cela coûte un franc... cela va faire deux francs...
Bob. — Ben, turellement!... qu’est-c’qu’ça fait, puisque m’man nous a donné dix francs pour n’s’amuser?...
L’abbé. — A la condition que vous ne monterez pas sur la tour Eiffel !...
Bob. — Puisque c’est convenu!... d’ailleurs, c’que j’m’en fiche, d’monter sur la tour Eiffel ou pas!... c’que j’trouv’ça idiot, la tour Eiffel!...
L’abbé. — Bob, ne parlez pas ainsi!... c’est une œuvre gigantesque qui...
Bob. — Oh! pourc’qui est d’ça, j’ie r’connais !... mais qu’est-c’qu’vous voulez, m’sieu l’abbé... l’industrie, f c’est pas ma branche! ...
L’abbé. ■ — L’industrie?... mais...
Bob. — Ben, enfin, des constructions, les machines et tout ça!... surtout quand ça n?sert arien!... Entrons-nous, m’sieu l’abbé?... Voyons... sortez vos p’tits patars!... [Ils entrent dans le panorama).
Bob, arrivant sur la plate-forme et regardant. — Ah ! . . c’est très joli !... on est sur la place dTOpéra, voyez-vous, m’sieu l’abbé?...
L’abbé. — Mais oui !... mais oui !... je vois !... ne
parlez donc pas ainsi... vous empêchez d’entendre l’explication...
Bob. — Moi, ça m’gâte tout, l’explication!...
Le gardien. — ... A cheval, madame la duchesse d’Uzès... près d’elle le général de Charette et le maréchal de Mac-Mahon...
Bob. — L’est joliment r’ssemblant, hein, m’sieu l’abbé, l’maréchal?... mais moi, c’est surtout en uniforme que jTaime!... ainsi, t’nez, l’année dernière, en r’venant d’ia r’vue du 14 Juillet... vous rappelezvous, m’sieu l’abbé, c’qu’il était^liic !...
L’abbé. — Oui... oui... [Il cherche à entendre l’ explication.)
Bob. — Non!... j’suis sûr qu’vous vous rappelez pas!... qu’nous étions dans l’av’nue d’I’Impératrice... à l’entrée dTav’nue Malakoff... que m’sieu Carnot a d’abord passé!... ni bien ni mal qu’il était... mais très conv’nable... on n’a pas crié... ni non plus salué... mais c’est les ministres qu’ont défilé!... Ah !... des voitures !... des pauv’malheureux ch’ vaux pelés comme des singes!... et les ministres!.,. Seigneur! quelles tronches!... et encore, c’tait pas ceux d’maint’nantî...
L’abbé. — C’est bon... c’est bon...
Bob. — Et, m’sieu l’abbé, c’qu’on a sifflé quand Floquet a passé!... c’tait l’iendemain du duel, vous
vous rappelez, c’pas?... et puis alors... [cherchant.) qu’est-c’que j’disais donc déjà?... Ah! oui, j’sais ! — du maréchal qu’nous parlions... il était superbe, dans sa jolie Victoria toute simple, avec un beau ch’val... c’qui mont’ bien à ch’val, du reste, T maréchal, m’sieu l’abbé, c'est rien de l’dire!... j’I’ai vu un fois aux Champs-Elysées... sur un diable de c’hval qui s’défendait. . . y t’nait d’ssus comme une tique sur la peau d’un chien!... et correct, avec ça!... bien posé...
L’abbé, agacé. — Mais oui... le maréchal monte fort bien...
Bob. — Ab! j’te crois!... j’suis sûr qu’dans l’temps, ça l’aurait pas gêné d’faire la pige avec Buffalo, allez:... [Revenant à son idée). Et l’a-t-on assez applaudi c’jour-là, au r’tour d’là r’vue!... hein?... M’sieu l’abbé, voyez-vous, un gouvernement qui n’monte pas à ch’val, c’est pas un gouvernement!...
L’abbé. — Ce que vous dites ne signifie rien... (. Imprudemment .) et d’ailleurs, je ne vois pas pourquoi vous le dites !...
Bob. — Pourquoi je l’dis?. . . Ben, pour m’sieu Carnot, donc!... qui passe les r’vues en voiture!... avec son ministre d’là guerre!... Oh! là là!... c’t’à dire qu’c’est honteux... et grotesque !...
Un individu s'approche de l'abbé et de Bob.
L’abbé, conciliant. — Mon Dieu!... il n’est pas donné à tout le monde d’être cavalier...
Bob. — C’est vrai, ça!... seul’ment quand on n’est pas fichu d’poser son . . . son beaur’paire sur un’selle . . . on ne...
L’abbé. — Mais, Bob...
Bob, continuant. — On n’accepte pas les places où faut savoir l’faire, v’ià tout!... Pensez-vous que l’vrai Carnot a organisé la victoire en voiture, dites, m’sieu l’abbé?... ou bien qu’son beaur’paire a pilé du poivre sur les routes?...
L’abbé. — En vérité, Bob, vous avez une façon inconvenante de... de désigner...
Bob. — Mais, m’sieu l’abbé, au lycée, ça n’s’appell’plus qu’comme ça!...
L’abbé. — Vous passez au lycée si peu de temps que...
Bob. — Assez d’temps pour prendre Event, allez, m’sieu l’abbé !...
L’abbé. — Dans tous les cas, vous voudrez bien vous abstenir d’employer cette expression?... certes monsieur de. . . [Il hésite.)
Bob, riant. — Y’ià qu’vous osez plus dire son nom, à c’t’heure?...
L’abbé. — Enfin, la personne dont il s’agit n’est
rp-
J’pense que l’beaur’paire du vrai Carnot a dû piler du poivre sur les routes,.
pas irréprochable... je dirai même, moi qui suis loin d’être boulangiste, que cette personne commet des actions déshonorantes, mais...
Bob. — G’t’une canaille, quoi?...
L’abbé, effaré. — Oh!...
Bob. — On peut l’dire. . . pour cent francs !... vingtcinq, quand on n’est pas riche !... oui... c’est jugé!... j’ai entendu grand-père lire l’ machin, ainsi...
L’individu, se rapprochant , mais ne s'adressant pas directement à Bob et à l'abbé. — Il est inouï qu’on insulte ainsi un magistrat!... [Quelques personnes se retournent ; l'abbé est très ennuyé .)
Bob, à l'abbé , à demi voix , mais de façon à être entendu des voisins.) Méfiance, m’sieu l’abbé !... rentrez votr’étui à lunettes qui sort d’vot’poche, et gare à vot’foulard... qu’c’est un d’vos neufs... et à nos dix francs... qui n’sont plus qu’huit... c’t’homm’là doit sortir d’Mazas !...
L’abbé, inquiet , tâtant machinalement sa poche , et s' écartant brusquement de l'individu. — Pourquoi ça?.. .
Bob. — Dame!... y défend Pprocureur!... [On rit.) à moins qu’ça soit un agent d’là brigade au ministre !... [L'individu s'éloigne.)
Un ouvrier. — Ben, le petit gosse aurait mis le nez sur la chose que j’en serais pas surpris!... il avait tout l’air de moucharder, c’gas-là!...
— Y doit sortir d’Mazas, c’t’homme-là !... ou d’là brigade à Constans !...
Bob, ahuri. — Ah! bah!... moi j’disais ça en blague!...
L’abbé. — Mais écoutez donc l’explication !...
Bob. — Oui, m’sieu l’abbé...
Le gardien. — M. Auguste Yacquerie...
Bob. — L’auteur d’ « Jalousie »...
L’abbé. — De jalousie ?...
Bob. — Oui... une pièce... Oh! c’est pas que j’I’ai vue!... mais j’sais, parc’qu’il a écrit dans l’journal un’protestation... qu’on a lue au salon un soir... y s’plaignait de c’que l’public avait mis moins d’temps pour juger sa pièce qu’lui pour la faire... alors comme c’tait bête, ça m’a frappé...
Le gardien. — Ici, ouvrant nue ombrelle, Auguste Cain, le sculpteur...
Bob. — Qu’a r’fusé la médaille?... l’a joliment bien fait !... méritait aut’cbose !... Dites donc, m’sieu l’abbé, j’trouve qu’y a d’I’air dans c ’ panorama-là !...
L’abbé, s’épojigeant le front. — C’estbizarre!... je trouve au contraire qu’on étouffe...
Bob. — C’est pas ça!... j’dis qu’y a d’Fair dans l ciel... dans les feuilles des arbres... sur les toits... on croit êtr’ sur l’boul’vard pour de vrai, là !...
L’abbé. — Ah !... parfaitement !...
Bob, tournaillant à son gré sur la plate- forme sans s'occuper de l’explication. — Y’ià m’sieu d’Lesseps
— J’ai vu son portrait dans l’temps... des écharpe d’dan«...
r’vers, et la main en
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avec ses mômes!... ça tient d’là place!... Ah!... m’sieu Alphand!... et Dailly!... et Coquelin !... et m’sieu Chevreul !... encore ? ? ? toujours donc ! ! !
Le gardien. — Là, M. Floquet...
Bob, accourant. — Où donc?... où donc m’sieu Floquet?... [Regardant.) Ça?... c’est pas lui!... c’est un peu sa tête, mais y s’habille pas comme ça!... il a des r’vers... avec la main en écharpe d’dans, et laut’main posée sur son chapeau... et puis des grands ch’veux... j’sais bien qu’il a Fchapeau sur la tête et qu’ça cache... mais y sortirait tout d’même des touffes...
L’abbé. — Mais où avez-vous donc vu M. Floquet?...
Bob. — J’l’ai jamais vu !... seul’ment j’connais son portrait !... l’est dans l’album d’I’oncle Henry... même que m’man dit toujours qu’elle peut pas comprendre qu’on trouve un plaisir à collectionner ces têtes-là !... [On rit.)
L’abbé, vexé. — C’est bon!... il est inutile de faire ainsi des réflexions à haute voix...
Bob, examinant le panorama. — Avec tout ça, j’vois pas l’général !...
L’abbé. — Est-ce du général Boulanger que vous voulez parler?...
Bob. — Turellement !...
— Il est p’t’être pas Assemblant dans 1’ « Tout-Paris », l’général, mais sûr, il y est !...
BOB A L’ÈXPOSITION
L’abbé. — Mais il n’y est pas !...
Bob. — Y n’y est pas?... comment voulez-vous que l’général soit pas dans 1’ « Tout-Paris », voyons?... on l’a p’t’êtr’ fait pas r’ssemblant, mais on l’a fait, allez !...
L’abbé, ne voulant pas s' embarquer dans les explications vraies. — Le général Boulanger n’est plus à Paris... il est à Londres, et son absence étant considérée par beaucoup de gens comme définitive, on...
Bob, impétueusement. — Et m’sieu Chevreul, est-c’ qu’il est à Paris, lui?.... Au lieu d’êtr’ à Londres il est mort!... c’t’ une absence core plus définitive !... Ben, il y est tout d’même !...
L’ouvrier, à Bob. — Le général était dans le panorama... mais on a forcé Uastellani à l’enlever...
Bob. — Qui donc qui l’a forcé?...
L’ouvrier. — Le gouvernement... mais, a pas peur... ça ne l’empêchera pas de revenir...
Bob, très intéressé , résistant à T abbé qûi cherche à l'entraîner. — Ah! vous l’croyez aussi, vous, qu’y r’ viendra ?...
L’ouvrier. — Un peu!...
Un provincial, au gardien. — Est-il vrai que le général Boulanger ne figure pas dans ce panorama?...
Le gardien. — Mais oui, c’est vrai!...
Le provincial, consterné. — Et moi qui ne suis entré que pour le voir !... ( A une dame un peu ridicule qui est avec lui.) Tu entends, Joséphine, il n’y est pas !...
La dame, furieuse. — Mais c’est une indignité!... on n’annonce pas le « Tout-Paris », alors !... [Secouant son mari.) on ne l’annonce pas !...
Le provincial, se dégageant . — Mais, ma bonne, je n’y peux rien !...
Plusieurs personnes, s’ approchant du gardien. — Mais il est impossible qu’on ne nous fasse pas voir le général... pas possible qu’on l’ait enlevé?... nous sommes volés...
Le gardien, impassible. — On a raconté dans tous les journaux qu’on l’avait fait enlever... vous n’aviez qu’à ne pas entrer.. .
Protestations , brouhaha. Le gardien disparaît un instant et revient suivi d’un monsieur à redingote très boutonnée 9 qui parlemente . U abbé parvient à emmener Bob qui cause avec T ouvrier.
Bob. — Ah !... on est bien à l’air !... c’qui f’sait touffe là-d’dans !...
L’abbé. — C’est vous qui avez voulu y entrer!...
Bob. — J’sais bien!... et j’ie regrette pas!... c’est très joli... je m’suis amusé !. ..
L’abbé. — J’ai une observation à vous faire ; vous avez l’habitude de causer avec tout le monde, c’est déplorable !... cet homme, avec lequel vous causiez, avait l’air d’un très brave garçon...
Bob. — Oh! quant à ça, oui!...
L’abbé. — Mais, avec un chenapan, vous eussiez agi de même... et puis, qu’est-ce que c’est que ce petit papier qu’il vous a remis en partant?...
Bob. — Son adresse... la v’ià!... [Il tire de sa poche un petit papier quadrillé plié en quatre.)
L’abbé, étonné. — Son adresse... pour quoi faire?...
Bob. — Pac’que j’vais d’mander à p’pa dTabonner à un journal. ..
L’abbé, ahuri. — A un journal. . . à quel journal?. . .
Bob. — Pas au Temps , pour sûr !...
L’abbé. — Mais, enfin...
Bob, suivant son idée. — Et si p’pa n’veut pas, m’man voudra bien !... mais p’pa voudra aussi !... l’abonnera à Y Autorité... ou à l’ Intransigeant ... j’suis sûr qu’ça lui fera plaisir !...
L’abbé. — J’en suis sûr aussi!... mais vous n’allez pas, je pense, abonner à des journaux tous les gens dont la figure vous plaira ?...
Bob. — Non, m’sieu l’abbé ! ... [Silence.) Entrons chez les Canaques, voulez-vous, m’sieu l’abbé?... y-z’ont des si bonnes grosses têtes!...
Si j'vous tirais un’langue comme ça, ça en ferait, des arias !..
L’abbé. — Ça va encore coûter quelque chose...
Bob. — Enfin, nous avons dTargent !... c’est pas pourl’garder !. .. [Ils entrent dans le village canaque.)
L’abbé, se baissant pour regarder une des figures sculptées placées à Ventrée des cases. — Ces sculptures grossières sont curieuses... très curieuses !...
Bob. — C’est les Tabous!... [Riant.) Hein! m’sieu l’abbé, si c’était pourtant moi qui vous tire une langue comme ça!... ça en ferait, des arias!...
L’abbé, regardant les Canaques. — Ces hommes sont horribles !... je ne comprends pas comment vous pouvez trouver plaisir aies voir...
Bob. — Qu’est-c’ qu’ vous voulez, m’sieu l’abbé ! ... j’déteste les narines pincées et les lèvres minces...
L’abbé. — Il est certain que ceux-là...
Bob. — Ben, c’est pour ça que j’ies aime !...
L’abbé. — C’est étrange !... en voilà un qui parle français... assez bien même...
Bob. — Mais y parlent tous comme vous et moi... [Mouvement de F abbé.) Pardon, m’sieu l’abbé, comme moi tout seul... vous m’direz qu’c’est pas merveilleux.., mais pour des Canaques faut pas trop d’mander, c’pas?. ..
L’abb préoccupé, regardant du côté de Ventrée. — Ne voyez-vous pas, Bob? il se passe, je crois, un incident quelconque... Qu’est-ce que c’est?...
— Y a un type au lycée qui fait m’sieu Carnot sur l’mur... avec du cirage... qu’c’est épatant !...
Bob, regardant. — C’est rien!... c’est m’sieu Carnot!...
L’abbé, s'élançant vers Ventrée. — M. Carnot!... je voudrais bien le voir!.., je ne l’ai jamais vu !...
Bob, stupéfait. — Vous avez jamais vu m’sieu Carnot?. . . Ben, là, vrai, m’sieu l’abbé, j’sais pas comment vous avez fait vot’compte... on n’voit qu’lui !... c’est pourtant pas qu’y tienne un’grande place, mais on voit tout d’même qu’lui !...
L’abbé, courant presque. — Dépêchons-nous, pour p ouvoir approcher avant la foule !.. .
Bob, riant. ■ — La foule !... Ah ! ben !... c’est pas ça qui vous gênera !... Ah ! vous allez pouvoir le r’garder à votre aise, allez, m’sieu l'abbé!... ons’bouscule pas pour l’acclamer... soyez paisible !...
Ils approchent . L'abbé assujettit ses lunettes et dévore M. Carnot des yeux.
Bob, riant de l'attention de l'abbé. — Jamais il aura core été r’gardé si vorac’ment qu'ça , l’pauvre homme!... [Silence.) Ben, m’sieu l’abbé, comment l’trouvez-vous?...
L’abbé,, désappointé . — Mon Dieu, je le croyais plus... plus.. .
Bob. — C’est bien ça!... tout l’monde l’croit plus. ..^ et puis c’est moins qu’il est !... ça fait une trompe !...
Y a pas à dire mon bel ami... citaient des zigs, ceux d’89!..
L’abbé. — La barbe est d’un noir admirable !... j’avais vu quelques portraits de M. Carnot... mais néanmoins je ne me figurais pas sa barbe aussi noire... elle est d’ailleurs très belle !...
Bob. — « J suis noire mais f suis belle !... » Y a comme ça un cantique aux vêpres... « Nigrasum... » je n’sais plus quoi !... Voyez-vous, m’sieu l’abbé, y a un élève au lycée qui fait la tête de m’sieu Carnot sur l’mur avec du cirage, ben ! je n’vousdis qu’ça !. ..
L’abbé. — Ça doit être du joli!...
Bob, hérissé. — Du joli?... magnifique qu’c’est!... on dirait une miniature!... et puis... c’est pas une caricature!... c’t’un portrait!... Pendant qu’vous l’regardez, m’sieu Carnot, est-c’que j’peux aller causer avec l’bon Canaque qu’est là-bas, dites, m’sieu l’abbé?...
L’abbé. — Mais,. attendez un instant... le président va continuer sa route, et...
Bob. — Que non!... il inaugure très lent’ment, m’sieu Carnot !... c’est pas un coup d’chapeau à droite, un compliment à gauche, et puis va t’ faire fiche comme j’te pousse !... pas du tout !... y déguste l’inauguration... l’a du reste du mérite, l’pauvre homme!... car c’que ça doit être embêtant!... en v’ià un qu’a pas d’chance d’êtr’tombé président l’année d’I’exposition !...
Quand on voit ceux-là... y a vraiment pas d’quoi êtr’ fier d’êtr’ d’maint’nant ! .
L’abbé, regardant M. Carnot qui salue à tour de bras. — Le fait est qu’il doit être bien fatigué à la fin du jour! ...
Bob. — Oh!... puis c’est pas seul’ment ça!... mais d’se trouver là... pour l’cent’naire d’89... ben, c’est pas un’ aubaine !... Pensez donc!... Kléber, Mirabeau, l’vrai Carnot, Danton, Bonaparte et même Bailly... enfin, m’sieu l’abbé, ceux d’89... y a pas à dire mon bel ami, c’taient des zigs!...
L’abbé, sans enthousiasme. — Evidemment !...
Bob. — Vous dites pas ça d’bon cœur!... j’sais bien qu’vous n’faimezpas, la Dévolution, et j’comprends ça... à cause du côté guillotine qui n’peut pas vous aller... à moi non plus d’ailleurs !... mais ça n’fait rien... n’empêche pas qu’ceux de c’temps-là avaient une crâne allure, toujours !... et qu’ quand on voit ceux d’1889 à côté, y a pas d’quoi être fier d’être d’maint’nant!... oh! non!... Dites donc, y fait chaud, m’sieu l’abbé !...
L’abbé, s épongeant le front. — 11 fait une chaleur extrême. ..
Bob. — M’sieu l’abbé... un’ supposition?... vous n’auriez pas soif ?...
L’abbé. — Soif?... mon Dieu, je boirais volontiers un verre de sirop, mais...
Bob. — Ben, m’sieu l’abbé, j’allais justement vous proposer d’venir en boire un verre?..*
L’abbé. — Volontiers !... j’ai vu de petits kiosques qui me semblent fort bien installés...
Bob. — Fi!... non, m’sieu l’abbé... j’voulais vous emmener boire dans un village qu’est tout près d’ici...
L’abbé, effaré. — Vous voulez aller à la campagne?...
Bob. — Mais non... dans l’village javanais?... un village pour rire... à deux pas...
L’abbé. — Soit!... mais nous avons peu vu les Canaques...
Bob. — Vous avez vu m’sieu Carnot!... on peut pas tout voir!... [Il entraîne F abbé.)
L’abbé, résigné. — Alors, nous allons au village javanais?...
Bob. — Oui, m’sieu l’abbé. .. T’nez!... r’gardez en passant la jolie pagode !... elle est d’un rose qui va à l’âme, c’pas?... v’ià l’entrée du village !...
L’abbé. — Comment?... il faut encore payer cinquante centimes... deux fois cinquante centimes!...
Bob. — Ben, oui...
L’abbé. — Mais, Bob, notre argent diminue à vue d’œil...
Bob. — Y n’fait qu’son d’voir!... Voyons, m’sieu
l’abbé, sincèrement... vous n’pensez pas que m’man nous l’adonné pour en faire des reliques, c’t’argent?.. .
L’abbé, payant mélancoliquement. — Enfin!... quand il n’y en aura plus!... Ah!... c’est très curieux!... voyez donc, cette jeune tille qui tresse un chapeau...
Bob, méprisant. — C’est pas curieux d’voir tresser un chapeau!... j’vais vous en montrer, moi, des jeunes filles, qui font des choses bien plus drôles qu’ça!...
L'abbé, méfiant. — Que font-elles?...
Bob. — V’s’allez voir ça!... [Il amène l'abbé devant le café des danseuses ). T’nez, asseyons-nous là...
Un garçon. — Que désirent ces messieurs?... [L'abbé intimidé ne répond rien.)
Bob. — M’sieu l’abbé veut un verre d’sirop... moi... j’ voudrais du coco frappé... j’ai idée qu’ça doit être délicieux, l’coco frappé?...
Le garçon, ricanant. — Nous n’avons pas de coco... ni de voitures aux chèvres...
Bob. — Ah !... faitement !... Vous n’trouvez pas qu’c’est chic, l'coco!... Ben, donnez-moi quéqu’chose d’frais... une orangeade...
L’abbé, regardant avec inquiétude autour de lui. — Je ne vois pas quel plaisir vous pouvez prendre à vous enfermer sous cette tente?...
Bob. — V’s’allez l’comprendre !... [Les troispetit.es danseuses arrivent sur V estrade et s'asseyent.) R’gardez !...
L’abbé. — Quoi?...
Bob. — Ben, les p’tites danseuses, m’sieu l’abbé!... comment les trouvez-vous?...
L’abbé. — Je les trouve... jaunes!... ce sont des danseuses ?...
Bob. — Mais oui.. .
L’abbé, inquiet. — Et elles vont danser?...
Bob. — Un peu !... T’nez !... v’ià qu’ça commence !...
L’abbé. — Ah!... [Un peu rassuré au bout d'un instant.) Cette danse est remplie de dignité!...
Bob. — S’pas, m’sieu l’abbé?... Hein, comme on les r’ garde?... on les gobe, allez!! ! c’est toujours noir d’monde ici!... on s’pile pour les voir!... et j’comprends ça... pac’que c’qu’elles sont tout plein gentilles !...
L’abbé. — Je ne suis pas de votre avis... je les trouve affreuses!...
Bob, hérissé. — Affreuses!... mais, m’sieu l’abbé, vous les avez donc pas r’gardées ?... la grande mince... au milieu... celle qu’a pas l’air effronté... mais l’est délicieuse, m’sieu l’abbé!... et sont-elles gracieuses !... avec leurs p’tites mains jaunes qui battent comme des ailes d’mouches... r’gardez donc les
têtes des gens qui regardent... est-c’ qu’nous avons l’air aussi bête qu’ça , qu’vous pensez, m’sieu l’abbé?. . — Qu’j’ai l’air aussi bête, que j Voulais dire?...
L’abbé, regardant machinalement ses voisins qui font des têtes. — Mais je... on n’a pas l’air bête parce qu’on est attentif...
Bob. — Un peu, tout d’même !... [Silence.) M’sieu l’abbé, c’est un’rud’ment belle chose qu’la danse !... moi, d’ voir danser, ça m’transporte !... pas vous, dites, m’sieu l’abbé?...
L’abbé . — .
Bob, regardant un instant dehors. — Ah!... v’ià core m’sieu Carnot !... paraît qu’y nous suit !...
L’abbé, avalant précipitamment son verre de sirop et se levant. — Voyons-le... voyons-le !... [lise faufile au milieu des chaises et des tables.)
Bob, riant. — M’sieu l’abbé, j’vous ferai observer qu’vous partez sans payer... et qu’c’est probablement pas votre intention !...
L’abbé, rougissant et payant rapidement . — Je ne sais où j’avais l’esprit!... [Il se lance de nouveau tête baissée à travers les chaises.)
Bob. — Mâtin ! ça vous allume, m’sieu l’abbé, d’voir m’sieu Carnot !... qu’vous passez comme ça sur l’ventre d’tout Fmonde pour aller plus vite...
Est c’qu’nous avons pas l’air aussi bêle qu’les aul’s qui r’gardenl, m’sieu l’abbé?..
L’abbé. — Mais je... [Il sort de la tente et regarde anxieusement de tous les côtés.)
Bob, riant. — Rassurez-vous!... l’est arrêté làbas!... y r’garde faire la cuisine du village... y va probablement y goûter...
L’abbé, s approchant. — Y goûter?... mais cela sent horriblement mauvais !...
Bob. — Ben, qu’est-c’qu’ça fait?... faut-y pas qu’il inaug ure?. . . V’ian !... core un salut !... salue-t’y, c’t’homme-là !... Seigneur, salue-t’y !...
L’abbé. — Quel homme?...
Bob. — Ben, m'sieu Carnot...
L’abbé. — Vous avez une façon de vous exprimer !... enfin, celui de qui vous parlez est le chef de l’État...
Bob. — Oh !.. . si peu !...
L’abbé. — M. Carnot passe au contraire pour s’occuper avec un soin jaloux des choses de l’État... pour tout voir et tout faire par lui-même... et imposer nettement et fermement sa volonté...
Bob. — Ah !.. . alors c’est lui qui laïcise ?... [Mouvement de l’abbé.) car on laïcise ferme d’puis quéqu’ temps, m’sieu l’abbé !... j’sais pas si vous vous en apercevez?... au moins quatr’, cinq hôpitaux d'puis un an... j’entends à table quand on parle d’ça...
L’abbé. — Sans doute, mais...
Bob. — Alors, moi, j’croyais que m’sieu Carnot
Et m’sieu Carnot salue pendant qu’y font leur baluchon !.
était un homme débordé... je l’plaignais d’êtr’obligé d’faire des sal’tés malgré lui... mais du moment « qu’il impose nett’ment et fermement sa volonté » qu’vous dites... alors je Fplains plus !...
L’abbé, embarrassé. — Mon Dieu... il faut compter avec tant de susceptibilités... Quel est ce monsieur... ici, à droite ?...
Bob. — Derrière l’général Brugère?... j’sais pas!...
L’abbé. — Et là?... ne serait-ce pas M. Constans?...
Bob. — Non, m’sieu l’abbé, y n’ressemble pas à ça!... et puis,franch’ment,ça s’rait pas une riche idée qu’aurait m’sieu Carnot, d’traîner Constans à sa suite pourvisiterdes choses qui peuvent s’emporter?. . .
L’abbé. — ■ Comment, s’emporter?...
Bob. — S’voler, quoi?... j’dis pas ça pour les Canaques, ni pour la nourriture des Javanais... mais pour les bijoux, les fourrures, enfin les objets exposés d’vant quoi que Fprésident passe...
L’abbé. — Mais parlez donc autrement !...
Bob. — Non, mais, voyez-vous l’ministre d’Fintérieur barbotant dans les vitrines et fourrant dans un’poche l’bib’lot... et puis s’cavalant quand il aurait fini son p’tit baluchon... en donnant quéqu’chose à c’lui d’là justice pour qu’y s’bouche l’œil?... Et m’sieu Carnot?... ben, y saluerait, m’sieu Carnot!... l’est là pour ça!...
Ou dirait qu c est l’cholera asiatique... ou ben un c’ii’vcu du général qu'est tombé dans vot’soupe, m’sieu l’abbé !...
L’abbé. — Il est certain qu’on voit avec chagrin des hommes sans principes occuper des situations élevées... j’ai un de mes amis qui a habité Barcelone et il m’a raconté...
Bob, intéressé. — Puig y Puig, s’pas?...
L’abbé. — Oui... et bien d’autres choses encore... qui ne sont pas connues...
Bob. — Pchtt!... Pchttî... parlez pas si haut, m’sieu l’abbé!... Pensez donc si on savait qu'vous savez des histoires pas connues sur Constans!... Ben, c’est pour l’coup qu’y vous en arriverait, des choses!...
L’abbé, inquiet. — Mais...
Bob. — Voyez-vous Jean qui entrerait l’matin chez vous pour vous apporter vot’chocolat, m’sieu l’abbé... et puis qui r’viendrait tout pâle en disant : « 11 est tout froid ! »...
L’abbé, cherchant à comprendre . — Je ne vois pas ce que mon chocolat vient faire ici... qu’il soit chaud ou froid...
Bob. — Mais c’est, pas vot’chocolat qui serait froid... c’est vous !...
L’abbé, saisi. — Moi?...
Bob. — Oui, vous!... qu’vous seriez mort !... qu’vous auriez des taches noires tout partout... qu’ça serait affreux à voir !...
L’abbé, impressionné . — Vous avez une façon d'imaginer les choses les plus invraisemblables...
Bob. — Ab! ouiche!... invraisemblables!... on dirait qu’vous êtes mort du choléra... asiatique soidisant... ou bien qu’vous avez mangé un cb’veu du général Boulanger qu’était tombé dans vot’soupe... Ah! mais!... vous verriez ça?...
L’abbé, agacé. — Je ne verrais rien du tout...
Bob. — C’est vrai, c’t’une manière de parler !... c’est nous qui l’verrions... les survivants...
L’abbé. — Vous êtes insupportable, en vérité!...
Bob. — M’sieu l’abbé, vous savez, c’quej’vous en disais, c’tait dans votre intérêt!... pacqu ’j’entends raconter qu’y vaut mieux n’pas savoir d’nouvelles histoires de m’sieu Constans... et puis voilà!... (Se retournant brusquement pour examiner deux poussepousse qui viennent dépasser .) Oh!... m’sieu l’abbé, sont-y assez réussis, ces deux-là?...
L’abbé. — Quels deux?... de qui parlez-vous?...
Bob. — Du gommeux qui suce la pomme d’sa
canne!... et d’là p’tite dame qui l’suit ! Ont-y des
têtes, hein?... lui surtout!... Attends un peu, va!... j’t’en donnerai, moi, des pousse-pousse!...
L’abbé. — Mais, Bob, je vous ai prié maintes et maintes fois déjà, de ne pas faire ainsi à haute voix des réflexions sur les passants...
Bob. — Oh! mon Dieu! les ceuss qui vont en pousse-pousse à c’t’âge-là n’doivent pas beaucoup s'effaroucher des réflexions!...
L’abbé, douloureusement. — « Les ceuss » !...
Bob. — Mais, m’sieu l’abbé, c’t’exprès qu’j’ai dit comme ça!...
L’abbé, saisi. — Exprès???
Bob. — Ben, oui, donc !... histoire d’rigoler !...
L’abbé, anéanti. — Jamais, non, jamais, on ne fera de vous un enfant convenable et correct, Bob !...
Bob. — Oh! m’sieu l’abbé, « jamais », c’est p’t’être un peu excessif!... mais enfin, c’est vrai qu’pour c’qui est d’là correction... j’suis pas fort!... Dites donc!... ça vous indigne pas, vous, m’sieu l’abbé, d’voir ces pauv’s Annamites traîner ça !...
L’abbé. — Mon Dieu, ça ne m’indigne pas précisément... nous venons de rencontrer un commissionnaire qui poussait un gros monsieur et qui...
Bob. — J’sais bien!... mais l’commissionnaire, c’est volontaire!... y choisit d’traîner des gros messieurs... ou d’aut’gens... comme y choisirait d’ scier du bois ou d’conduire l’cheval d’renfort d’I’omnibus... c’est libre, un commissionnaire!... c’est pas forcé comme ceux-là !...
L’abbé. — Mais ces hommes sont peut-être libres
aussi..
J t’en donnerai, moi, des pousse-pousse !.. Attends un peu !.
Bob. — Eux?... allons donc, m’sieu l’abbé !... r’gardez moi ces têtes-là... si ça crève pas les yeux qu’ils ont l’air esclavagé!...
L’abbé. — Esclavagé ! ! ! vous inventez des mots, à présent ?...
Bob. — Lies complète seul’ment!... j’ies arrange un peu, quand j’trouve pas moyen d’dire c’que j’veux dire sans ça!...
L’abbé. — Au lieu de divaguer, regardez plutôt ce bataillon annamite qui s’avance ?... ils ont bon air, ces petits soldats!...
Bob. — Y-z’ont surtout l’air d’s’embêter dans les grands prix !... Pauv’s zigs ! qu’étaient bien tran¬
quilles chez eux... à r’garder pousser leur riz ou aut’chose... et à qui on a fichu un sac su’l’dos pour venir faire l’pied d’grue à l’Exposition!... en v’ià encore des qui doivent nous aimer? ..
L’abbé. — Cependant... pour conquérir...
Bob. — Conquérir!... et pourquoi ça, conquérir?... mais ça m’choque, moi, qu’on conquérisse quéqu’chose ! . j’coinprends pas d’quel droit ça s’fait!... et, c'qui s’rait juste, c’est qu’ça soit c’lui qui va embêter les autres qui soit conquéri...
L’abbé, navré . — Conquis...
Bob. — Oui, m’sieu l’abbé!...
L’abbé. — Comment, Bob, c’est vous, vous, l’être
— Cristi !... si y l’vait sa guibolle, l’gommeux passerait d’ssous sans s’baisser !...
le plus batailleur qui soit au monde, qui tenez un pareil propos?...
Bob. — Batailleur!... batailleur... j’ie suis qu' quand on m’pousse, m’sieu l’abbé... c’est jamais moi qui va harceler les autres, mais j’veux pas non plus qu’on m’mécanise... ou alors, j’cogne!... (. Poussant un cri.) Ah ! ! !.. .
L’abbé. — Mais ne criez donc pas comme ça!...
Bob, montrant un superbe nègre. — Est-y beau, m’sieu l’abbé !... est-y grand ! . . . ei solide !... Mâtin !... j’voudrais pas qu’y m’donne un coup d’poing, c’beau nègre-là!... et son costume?... c’est rud’ment hurph, hein, m’sieu l’abbé ?. . .
L’abbé. — Je vous ai déjà dit que je ne comprends pas ce mot...
Bob. — Oh! quant à ça, m’sieu l’abbé, comme y’ià au moins vingt fois qu’vous médites qu’vous savez pas c’que c’est qu 'hurph, et que j’vous l’explique toutes les fois, vous d’vez pourtant commencer à l’savoir?...
L’abbé. — .
Bob. — Enfin, j’veux pas vous contrarier, m’sieu l’abbé... Ben, vous trouvez pas qu’son costume est admirable?...
L’abbé. — En effet!... cette veste brodée... cette chemise de soie bouffante... ce pantalon bouffant...
— L’avait pas i’air d’s’amuser !... l’avait les mains sur son pépin et y faisait un’lippe !...
Bob. — Et les mollets donc!... y sont bouffants aussi, les mollets !... on dirait du marbre noir !... Oli ! r’gardez, nVsieu l’abbé, l’petit monsieur qui passe à côté...
L’abbé. — Où ça?
Bob. — Là... qui donne l’bras à un’dame?... Vous l’ voyez pas ?. . . Ah ! . .. l’fait est qu’il est si tellement gros?... Cristi! j’pense pas qu’y soit jambé comme l’nègre, c’petit-là ! ... Si l’aut’levait sa guibolle, y pass’rait d’ssous sans s'baisser !...
L’abbé. — Ne parlez pas si haut!... ce monsieur a entendu votre réflexion saugrenue...
Bob. — En quoi, saugrenue?... m’sieu l’abbé, voul’vous qu’nous allions au théâtre annamite?...
L’abbé, vivement. — Non... non... c’est inutile!...
Bob, riant. — Vous avez peur qu’ça vous fasse peur, j’parie?... (. Mouvement de F abbé.) n’dites pas qu’non, m’sieu l’abbé... j’vois bien d’quoi y r’ tourne, allez !... d’ailleurs j’tiens pas autrement à y entrer... j’y ai djà été... avec p’pa!...
L’abbé. — Eh bien?...
Bob. — Ben, j’en suis pas fou, vous savez !... m’sieu Sarcey non plus, que j’crois?... l’était là 1’ même jour qu’nous... et l’avait pas du tout l’air d’ s’amuser... avec ses mains croisées autour d’son pépin... et y f’sait une bonne lippe... et y riait pas !...
pas du tout!... moi non plus, du reste, j’riais pas!... P’pa disait qu’c’tait idiot!... y a un’dame qui s’est trouvée mal... on l’a emportée...
L’abbé. — C’est charmant !...
Bob. — Mon Dieu, c’est pas plus mal qu’aut’ chose !... on va bien chez Marseille qu’c’est pas plus ragoûtant, et qu’on s’trouv’pas mal pour ça... enfin, m’sieu l’abbé, j’insiste pas pour vous faire entrer... j Voudrais pas avoir vot’évanouissement sur la conscience... et puis v’s’êtes plus lourd qu’la dame... ça s’rait moins commode pour vous emporter...
L’abbé, regardant vers la porte de sortie du quai d Orsay. — Ah !... voilà M. Carnot qui se retire...
Bob, regardant . — Qui s’retire?... Ali!... qui s’en va, qu’vous voulez dire?...
L’abbé. — Qui se retire ou qui s’en va... je ne vois pas quelle différence...
Bob. — C’est vrai, m’sieu l’abbé... au fond!... Seul’ment moi, qui se rtire , ça m’fait penser à la mer... à un’grande chose puissante, majestueuse... alors dame, v’comprenez, pour m’sieu Carnot, j’trouv’ que « qui s’en va » suffit bien...
L’abbé. — Vous avez des subtilités...
Bob, modeste . — Oh ! m’sieu l’abbé !...
L’abbé, continuant . — Ridicules...
Bob. — Ab! c’est donc ça!... v’s’aviez pas com-
piété vot’pensée !... Comment, nous partons, m’sieu l’abbé?...
L’abbé, se dirigeant vers la sortie. — Mais il est déjà tard, et...
Bob. — Tard!... c’est pas ça!... c’est qu’vous voulez voir les carrosses d’là cour!... Ben, y sont très propres... c’est pas comme du temps du père Grévy..., seul’ment ça n’a tout d’même pas d’œil !...
Sont y assez descente d’train d’plaisir, hein, ceux-là ?..