L - « Reste à payer 23 1 2 s 9 d
BOBIGNY
« Auj ourd’hui 18 juillet 1793 (28 messidor an I de la République une et indivisible), le conseil général de la commune, assemblé pour la réception'du compte du citoyen Pierre René Clément, cidevant marguillier de la fabrique Saint-André de Bobigny, lecture faite du dit compte, plusieurs membres du conseil ont remarqué dans le chapitre de la dépense qu’il avait été payé par le rendant compte au citoyen Gatine, charpentier à Bondy, la somme de 166 livres, montant de son mémoire, tandis qu’il ne devait être payé que 136 livres 5 sols, somme à la quelle le dit mémoire a été modéré par le représentant du citoyen Aubert, architecte-expert, le 30 décembre 1790; en conséquence, la chose mise délibération, le conseil général de la commune arrête que la réception du dit compte est suspendue, que le citoyen Clément, cidevant marguillier, est autorisé à se faire rendre par le citoyen Gatine la somme de 25) livres 15 sols qu’il a retenue de trop par ses mains, et qu’en cas de refus de la part du citoyen Gatine, le citoyen Clément est autorisé à l’y contraindre en employant toutes les voies de droit nécessaire, en pareil cas. Fait et arrêté en l’assemblée générale de la commune, les jour, mois et an que dessus. Et avons signé :
« H annon, Dutour, secrétaire-greffier. Fe-choz, maire. ■»
Le 20 brumaire an II (10 novembre 1793), par décret de la Convention nationale, le culte catholique avait donc été aboli et remplacé par le culte de la Raison qui devait être célébré particulièrement dans les jours de décade. On écrivit au portail des églises en gros caractères ces mots : Temple de la Raison. Et à la cathédrale de Paris, aussi bien que dans un bon nombre d’églises de villes et de villages, on en vint jusqu’à déifier cette faculté de l’âme humaine dans la personne d’une protistuée qu’on exposa, sur les autels, à la vénération publique. Toutes les croix et images saintes, des chemins et des places publiques, celles en particulier qui dominaient la maison de Dieu, furent abattues, et tout ce qui pouvait servir au culte catholique fut mis en vente, or, argent, cuivre, étain, fer, cordes, cordages, linges, ornements, etc., et porté dans ce but au chef-lieu d’arrondissement. On remit tout d’abord (pour ce qui concerne Bobigny), au citoyen Devaux, garde d’artillerie, 673 livres de métal provenant de deux des trois cloches qui étaient suspendues dans le clocher de l’église.
Le 23 brumaire an II (13 novembre 1 793) une grande et une
BOBIGNY
petite cuve, pesant ensemble 116 livres, furent portées au district de Franciade.
Le 2 frimaire an II (22 novembre 1793), M. Féchoz vint lui-même déposer sur le bureau du Directoire du district, un calice et sa patène, un ostensoir, un ciboire, deux petits vases tenant ensemble, un anneau, une petite custode, une boîte plate, plusieurs morceaux d’argent de la baguette du bedeau, pesant 9 marcs 3 onces 4 gros, et avec ces objets du culte, la lettre d’abjuration de ses fonctions sacerdotales.
Mais à la République de 1793, il ne fallait pas seulement l’abandon des vases sacrés de la part du prêtre, il lui fallait encore le sacrifice de ses convictions les plus chères. Ce qu’il y avait de plus respectable ici-bas, la liberté de conscience, était ce qu’elle respectait le moins. Voici la formule du nouveau serment qu’elle exigea des ministres de Dieu : « Je N... N... né à... commune de... district de... département de... âgé de... faisant le métier de prêtre depuis l'an... sous le titre de..., convaincu des erreurs par moi trop longtemps professées, déclare en présence de la
municipalité de y renoncer à jamais; déclare également renoncer,
abjurer, reconnaître pour faussetés, illusions, impostures, tout prétendu caractère et fonctions de prêtrise, dont j’atteste déposer sur le bureau de la municipalité tous brevets, titres et lettres. Je jure en conséquence en face des magistrats et du peuple dont je reconnais la toute-puissance et souveraineté de ne jamais prévaloir des abus du métier sacerdotal, auquel je renonce, de maintenir la liberté et l’égalité de toutes mes forces, de vivre ou mourir pour l’affermissement de la République indivisible et démocratique, sous peine d'ètre déclaré infâme, parjure, ennemi du peuple, et traité comme tel. Fait double et enregistré sur les registres de la municipalité le — , dont copie sera délivrée au déclarant. »
M. Féchoz, qui avait prêté comme nous l’avons vu le premier serment à la Constitution, parce que, disait-il, il n’y voyait rien de contraire à la religion chrétienne pour le soutien de laquelle il était prêt de verser son sang, en face de cette formule sacrilège resta sans force. De prêtre assermenté il devint prêtre renégat. Il prêta donc le serment nouveau, dans des termes un peu mitigés toutefois.
« Le 2 frimaire an II de la République française une et indivisible, (22 novembre 1793), est comparu le citoyen Féchoz, ci-devant curé constitutionnel de Bobigny, lequel a remis sur le bureau la lettre dont la
BOBIGNY
teneur suit : Aux citoyens administrateurs composant le Directoire du district de Franciade : Citoyens, je viens déposer en vos mains tous les titres à l’appui desquels j’exerçais le ministère du culte catholique dans la commune de Bobigny. La nation entière vient d émettre son vœu à cet égard; soumis à sa volonté suprême j’y souscris sans raisonner. Citoyen et honnête homme dans tous les temps, sans hypocrisie comme sans fanatisme, j’ai juré fidélité à ma patrie, obéissance à la loi, le maintien de la liberté et de l’égalité; en un mot, j'ai juré d’être républicain, je mourrai fidèle à mon serment. J'invite le Directoire à me donner acte de ma démission et de ma déclaration. Signé Féchoz, ci-devant curé constitutionnel de Bobigny. Sur quoi le directoire, après avoir entendu le procureur syndic, a arrêté que les titres dont est question dans la lettre cy dessus, seraient brûlés. Ce qui a été exécuté à l’instant. Le Directoire a arrêté en outre que l’expédition du présent serait délivrée au Citoyen Féchoz. »
Depuis la conversion de Clovis à la religion de Jésus-Christ, l’instruction dans notre France n’avait point été donnée en dehors de cette divine religion. Et cetteheureuse alliance de l’instruction à tous les degrés et de l’immortelle religion de nos ancêtres, avait produit les grands règnes de Charlemagne, de saint Louis et de Louis XIV, non moins célèbres par les découvertes de la science que par les œuvres de dévouement.
La Révolution de 1793, au mépris des lois qui régissent les peuples civilisés, avait déjà fait fermer les églises, elle fit fermer aussi les écoles, préférant l’ignorance avec les vices qui en sont la conséquence à une instruction ayant pour base la religion chrétienne.
Cependant, devant les réclamations du bon sens public, elle se décida à faire rouvrir les établissements d'instruction, en maintenant toutefois l'exclusion de toute religion dans l’enseignement donné désormais uniquement par l’État. Tout le monde sait quels fruits d’immoralité païenne le principe exclusif de la religion de Jésus-Christ divinement révélée, remplacée par la raison égoïste des individus, a produit dans les humbles villages aussi bien que dans les villes populeuses de notre France.
BOBIGNY
a Bobigny, ij ventôse an II de la République française, une et indivisible (J mars 1794).
j oAux citoyens administrateurs . composant le Directoire du district
de Franciade.
h Citoyens,
« Par votre lettre en date du 11 présent mois, vous nous engagez à mettre à exécution le décret du 29 frimaire an II (19 décembre 1793), relativement à l’organisation de l’instruction publique sous la peine portée par un décret du 4 ventôse (22 février dernier) que nous n’avons pas encore reçu , de payer individuellement les frais des instituteurs ou institutrices. Nous ne nous sommes pas encore occupés de cette organisation et nous ne pouvons même y travailler que d'après votre avis que nous attendons, et ce conformément à l’article quatrième de la section troisième de la loi du 29 frimaire an II (19 décembre 1793 , sur l’organisation de l’instruction publique, qui dit: Les communes éloignées de plus d’une lieue du domicile de l’instituteur le plus voisin, et dans lequel par défaut de population il ne s’en s établirait pas, pourront, d’après l’avis des directeurs des districts en choisir un, la République lui accordera un traitement annuel de 500 livres. La commune de Bobigny se trouve dans ce cas. sa population est une des plus petites des communes de notre district. Nous attendons, en conséquence, votre agrément pour procéder au choix d’un instituteur. Nous vous observons que, vu le peu d enfants que comporte la commune, l’un et l'autre sexe ont toujours été réunis dans la même classe. Nous vous prions de nous faire la plus prompte réponse, afin que nous puissions nous conformer au décret du 4 ventôse (22 février) que vous nous citez.
a Dutour, secrétaire-greffier. Fechoz, maire. »
Copie de la requête du citoyen Dutour, demandant à la municipalité de Bobigny d’ouvrir une école au village, où déjà il avait fait la classe durant l’espace de vingt-deux ans.
« Ce 25 ventôse an II de la République française, une et indivisible (15 mars 1794).
« Le citoyen Guillaume Dutour, cidevant maître d’école de la com-
BOBIGNY
mune de Bobigny depuis le 20 février 1762, âgé actuellement de 50 ans, d’après le décret du 29 frimaire an II (19 décembre 1793), déclare devant l’assemblée des citoyens de la commune qu’il a l'intention d’ouvrir une école primaire à Bobigny. Le Conseil général et l’assemblée des citoyens de la commune, rendant justice au civisme du citoyen Dutour et l’ayant toujours reconnu de bonnes mœurs, faisant droit à sa déclaration, l’acceptent pour instituteur, et au même instant le dit Dutour a prêté, en présence de toute l’assemblée, le serment d'être fidèle à la République française une et indivisible, de maintenir de tout son pouvoir la liberté, l’égalité et la fraternité et de mourir en les défendant; de remplir avec zèle la fonction honorable et précieuse qui lui est confiée en qualité d’instituteur, et de n’enseigner aux enfants que ce qui est prescrit par l’article second de la section troisième du dit décret du 29 frimaire, d’éloigner d’eux tout signe ou lectures particulières qui pourraient rappeler en eux les idée du fanatisme ou faire naître en eux le germe de tout autre culte que celui de la Raison.
« Fait et arrêté en l’assemblée au temple de la Raison (l’église paroissiale profanée ) les jour, mois et an que dessus. Et ont signé la minute sur les registres.
« Fechoz, maire. Dutour, secrétaire-greffier 1 * 3. »
Néanmoins, la classe 11e commença à se faire à Bobigny comme dans la plupart des autres communes de France que lorsqu’avec la restauration du culte catholique l’ordre fut rétabli. Ainsi qu’il a été dit, l’ancienne maison d’école avait été vendue comme bien national. La municipalité, en attendant qu’elle ait réalisé les fonds nécessaires afin d’en faire construire une autre, fut obligée de prendre à loyer le premier local disponible pour le logement de l’instituteur et la salle de classe. Ce ne fut qu en 1 année 1840 qu elle put se procurer cet immeuble essentiel. Par décision ministérielle du 16 décembre de la susdite année^ une somme de 12,400 francs lui fut en effet accordée afin de l’aider à subvenir aux frais de la construction d’une maison commune et d’une école. Il est actuellement
1. U se retira chez sa fille, domiciliée à la Villette, et il y mourut en 1818, des suites
des mauvais traitements qu'il avait reçus des soldats étrangers, casernés à Bobigny
en 1813.
Bobigny (lez Paris) Planche XlIPpage ^55 .