LA SEIGNEURIE DE BOBIGNY
Ce fut en l’année 877, sous le règne de Charles le Chauve, incapable de gouverner ses sujets et impuissant à les défendre, que la féodalité prit origine en France. Les ducs, les comtes, les marquis et les barons, de commissionnés qu’ils étaient, devinrent les maîtres absolus dans leur gouvernement. Un peu plus de cent ans après, en 987, Hugues Capet, duc de France, parvenu à la royauté, se concilia ces personnages influents en rendant les fiefs héréditaires.
Pour ce qui est des seigneurs de Bobigny, ils avaient droit de haute, moyenne et basse justice sur toute l’étendue de leur terre et sur tous les habitants. Ils possédaient un manoir, ou maison forte à pont-levis, entouré de fossés et de remparts, afin de s’y abriter avec leurs vassaux dans les jours de danger. Il leur appartenait, comme on le verra en particulier dans l’aveu et dénombrement des seigneurs de Béthisy et d’Ornano, le droit de jaugeage, de vérification des poids et mesures, les amendes, les épaves, les confiscations et tous les autres droits utiles et honorifiques de justice et de police possédés par les seigneurs hauts justiciers.
Ils avaient encore le pouvoir d’instituer, pour exercer la justice, un bailli, un lieutenant, un procureur fiscal, un prévôt, un tabellion, un greffier, des sergents, un geôlier et autres officiers, lesquels convainquaient de toutes les matières et jugeaient de tous les procès, tant civils que criminels, excepté les cas royaux. Les appellations émises des jugements
rendus par eux ressortissaient immédiatement en matière civile et criminelle au Châtelet et Parlement de Paris.
Il y avait un lieu marqué pour l'exécution des criminels condamnés à être pendus. C’était sur la limite de la seigneurie vers Paris, à l’angle formé par le chemin Pouilleux et celui appelé de la Justice, parce qu’il avoisinait ce lieu. Là étaient dressées les fourches patibulaires, consistant en deux ou trois pièces de bois plantées en terre et servant de piliers à une autre pièce placée en travers et à laquelle était attaché le carcan.
Avant de donner la suite des seigneurs de Bobigny, nous ferons remarquer en passant, ce qui sera rapporté plus au long dans la suite, qu’ils étaient seigneurs dominants des fiefs voisins des Grand et Petit- Drancy, et de ceux d'Émery et de Béquignard, d'Eaubonne et de la Motte, situés sur la paroisse; comme ils relevaient eux-mêmes en iief, pour une partie de leur terre, des seigneurs, abbé et religieux de l’abbaye de Saint-Denis ; et pour l’autre partie des seigneurs de Livry en l’Aunay, qui eux-mêmes relevaient directement du roi.
BOBIGNY
ETIENNE DE BOBIGNY, en 1125.
Armes: Inconnues.
Si l’on en croit l’abbé Lebeuf, l’auteur le mieux informé, le plus ancien seigneur de Bobigny que l’on puisse citer est Étienne de Bobigny, chevalier, qui était', en sa qualité de gentilhomme, commensal de Suger, abbé de Saint-Denis1, ministre des rois Louis VI dit le Gros et Louis Vil dit le Jeune, qui fut appelé le Père de la Patrie. Louis VI donna, en 1112, le signal de l’affranchissement des communes, et Louis VII entreprit la seconde croisade à la suite de Conrad II, empereur d’Allemagne. Étienne de Bobigny ne fut-il pas, en sa qualité de chevalier, du nombre des preux français qui voulurent accompagner leur roi en Terre-Sainte et qui prirent la croix avec lui, le jour de Pâques, 31 mars 1146, à Vézelay, à la voix de saint Bernard?
A cette époque, les grands n’avaient pas encore de nom héréditaire. Ils portaient simplement le nom qu’on leur avait donné au baptême, en y ajoutant celui de leur terre, lequel devenait pour eux comme un nom de famille. Ainsi en fut-il d’Étienne de Bobigny et de quelques autres seigneurs après lui.