SCÈNE II
Les Mêmes, PâTÜREL.
PAT U R EL, à Henri. ^
Bonjour, baron! Letourneur n’est pas avec vous? Je voudrais voir Letourneur!
Je serais très-heureux de le saluer moi-méme, mais je ne l’ai pas encore aperçu...
PATOREL.
Ah! on respire ici! Il n’y a personnel On voit bien que le ministre n’y est pas!
RAOUL
Et que les sorbets sont ailleurs!
HENRI
Alors le grand salon?
PATUREL
Encombré... Une cohue, une serre chaude, un tas de solliciteurs!... C’est à rougir pour la nature humaine... Il m’a fallu risquer d'être étouffé pour arriver à offrir mes homma* ges.à son Excellence!
HENRI
Et vous lui avez parlé?
PATUREL
Comme je vous parle, avec plus de roideur peut-être, vous concevez... Ah! c’est un grand ministre !
RAOUL
Il a été charmant?
PATUREL
Charmant! Il m’a pris la main : « Mon cher Paturel, m’at-il dit... A la bonne heure, vous êtes fidèle, vous! » C’est
LES INGHATS
absolument ma qualitéi Tenez, il y a en bas, dans la loge du ministère, une vieille portière que je vous recommande... Il y a plus de quarante ans qu’elle veille à la porte... etdans sa loge, celte noble créature a aligné les portraits de tous les ministres qui se sont succédé... Il y en a depuis Charles X... une série... Tous les costumes... toutes les coiffures! Des favoris, des moustaches, des chevelures, des calvities; un aréopage! Le ministre en litre est là, toujours au premier rang, sur un petit autel... et quand son excellence a cessé d’occuper le ministère, alors la digne femme enlève son portrait et le met à la file, pieusement, avec une couronne d’immortelles... C’est louchant! » Eh! bien, je suis absolument comme elle, moi, j’ai la religion du souvenir.
RAOUL
- Et le culte du présent,
PATÜREL.
Ah! dame! naturellement!...