‹ Bobinette, vaudeville en 1 acteChapitre 89 sur 106 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

MAXIME Mal, pois MARTHE. '

Marthe entre lentement, pensire, et tenant à la main nne flenr. c'est le nymphéa cueilli par Maxime. Elle ra s’aaseoir derant le piano, tandis qne Maxime remonte h gauche.

UAXIMR, avant de remonter.

Et c’est à cet homme qu’a peut-être songé !... Pauvre Geneviève !

MARTHE, assise.

Qu’ai-je donc aujourd’hui? J’ai le cœur serré... Pourquoi ?

(Elle lait nn geste pour chasser sa mélancolie et laisse ses doigts toncber le piano. An premier accord, Maxime se retoorne, la contemple et redescend vers elle en jetant nn coup d’ceil sur le nymphéa d’Henri oiblié snr la table et snr celui qne Marthe vient de poser snr le piano.

MAXIME, appnyé snr le piano et la regardant tandis qn’elle jone.

Pourquoi êtes-vous si rêveuse, Marthe !

M. Maxime!... Vous étiez là ?

MAXIME

Oui.

MARTHE

Suis'je importune ?

MAXIME

Vous, Marthe ? Et c’est à moi... Vous savez bien que s’il y a quelqu’un ici qui vous soit dévoué jusqu’à l’âme, c’est moi!

MARTRE, K part.

Sa voix me caresse et me fait mal.

MAXIME

Et n’est-ce pas vous qui me fuyez, qui paraissez contrainte, presque sévère T

Moi... sévère...

MARTHE

LES INGHATS

UAMMK.

Triste, si vous voukz. Mais vous savez, on se demande toujours si l’on est pour quelque chose dans la tristesse de ceux qui vous sont chers.

Et que voulez- vous qui m’attriste en vous?...

(Hacbinaloment elle joue l’air do Faust : Laisse mot contempler ton visage.)

MAXIME

Je ne sais pas, Marthe. Mais ce que je sais c’est que lorsque je vous vois, songeuse et pale, je me sens envahi moi-méme d’une tritesse profonde, qui me pénètre, qui remplit mes yeux de larmes et que j’adore, car elle me torture et me charme — tenez comme cette musique où il me semble, ne vous moquez pas de moi, entendre chanter votre âme!

MARTHE, cessant de joner.

Pourquoi me dites-vous cela? Pourquoi me parlez-vous? Pourquoi me torturez vous ?

MAXIME

Moi, Marthe? Qu’avez-vous, mon Dieu?

MARTHE

Qu’esl-ce que je vous ai fait? (Elle pleure nerTeasement.) Est-ce que je ne me fais pas assez humble, assez petite dans cette maison? Est-ce qu’une parole de moi vous a donné le droit de me parler ainsi?

MAXIME

Et pourquoi ces pleurs, Marthe? Marthe! si je vous ai fâchée, au nom du ciel, pardonnez-moi.

MARTHE

Laissez-moi, laissez-moi !... Si Geneviève...

Geneviève ? que parlez-vous de Geneviève?

MARTHE

Elle est votre fiaopée.

LES INGRATS

MAXIME

Geneviève I... dites que je suis son frère, Marthe. Dites que mon dévouement est a elle, profond et absolu... mais ne songez pas à Geneviève lorsque je vous dis que toutes mes pensées vont vers vonsl

MARTHE, & part.

Mon Dieu!

MAXIME

Quand je vous écoute, Marthe... lorsque j’entends, comme tout à l’heure, cette prière d’amour si tendre, si passionnée... je voudrais vous dire tout ce qu’elle éveille en moi de souvenirs! Là bas, à Rome, dans nos chambres de la Villa, que de fois je l’ai entendue, cette musique pénétrante... La fenêtre était ouverte... Le soleil se couchait derrière les hautes collines comme ce soir, derrière les arbres qui se découpent comme de la dentelle. Et, sans songer à personne qu’S l’indistincte vision des vingts ans, nous jetions à l’air qui passait notre cantique de l'amour... Et le vent emportait tout cela dans l’espace! Aujourd'hui, Marthe, la vision est là,... charmante, la jeunesse est la même dans mon cœur, le cantique est le môme sur mes lèvres, mais le rêve d’autrefois a pris une réalité et je sais maintenant où allaient les mélancoliques chansons des couchers de soleil, je sais vers qui partaient les soupirs envolés: c’était vers vous I *

MARTHE

Vers moi? Vous n’en aimez donc pas une autre?

MAXIME

Sur mon âme, je n’aime que vous, Marthe, je vous- le jure.

MARTHE

Maxime! Maxime!

MAXIME

Comprenez-vous pourquoi je vous demandais compte de vos tristesses et de vos silences ?

LES INGRATS

MARTHE

Ehl n’aviez-vOus pas deviné que je m’efforcais d’étouffer en moi tout sentiment, que je prenais mon cœur à deux mains pour l’empècher de battre? Ne voyiez-vous pas que je m’écarUis pour laisser passer Geneviève souriante, Geneviève que je voyais heureuse, Geneviève que je croyais aimée?

MAXIME

C’était vous, c’était vous qui l’étiezl Depuis le jour ou je vous ai vue, l’air grave et triste comme si vous attendiez qu’on vous comprit.

MARTHE

Et moi, depuis longtemps, je songeais à vous, Maxime. Tenez lorsque vous vous promeniez avec une jeune dame, vêtue de noir, et si blonde, si jolie, et que je me disais, moi qui n’avais plus de mère : Si j’en avais une, je la voudrais aussi belle et aussi bonne 1

MAXIME

Ma mère vous eut aimée, Marthe, tenez comme je vous aime. (ll U prepd dans ses bras, Ini prenant les mains dans les siennes. Il les embrasse.)

MARTHE

AhI que je suis heureuse. (Elle se dégage doucement elremenle, en souriant encore k Hazime, vers le fond k gauche.)

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