‹ BoccaceChapitre 103 sur 112 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

COMMENTAIRE DE LA « DIVINE COMÉDIE

Conseils de Boccace a Pétrarque. — Boccace ouvre un cours

sur la «Divine Comédie » et l'interrompt brusquement. — Il le

rédige. — Exposé de sa méthode.

F) occace n'en fut pas moins un danger pour l'Église, U non certes par ses sarcasmes, mais par la prétention qu'il avait, comme Pétrarque, d'exalter le rôle du poète, d'en faire désormais le détenteur et l'explicateur de la science et de la vérité, une manière de docteur universel, enseignant aux hommes, sans s'occuper des doctrines imposées par l'Église, non seulement leur histoire et les secrets de l'univers, mais les conséquences morales qu'ils en devaient tirer. « Le poète lettré du xive siècle a été le destructeur du mysticisme et de la scholastique », a dit un auteur fort instruit en ces matières1. Mais Boccace ne s'en doutait guère et, pris d'un beau zèle religieux, il ne se contentait pas de suivre les avis de ceux qui avaient entrepris de le réformer, il

i. De Hortis, Studj sulle Opère latine, p. i83.

voulait entraîner ses amis à suivre son exemple.

Il écrivit donc à Pétrarque pour le détourner de la poésie, lui recommandant de se reposer enfin, de se contenter, lui disait-il, « d'avoir peut-être égalé Virgile en vers et Cicéron en prose ». On ne pouvait montrer de façon plus flatteuse une touchante sollicitude. Néanmoins, dès qu'il l'eut écrite, Boccace eut regret de sa lettre. Contre son attente, toutefois, Pétrarque ne s'en montra nullement offensé. Il lui répondit longuement « qu'il n'y avait point de fardeau plus léger qu'une plume ni de plus agréable »; que les autres plaisirs fuient et blessent en charmant, tandis que la plume, quand on s'en sert, récrée et est utile non seulement à son maître, mais à beaucoup d'autres, et délasse quand on la dépose (28 avril 1373).

Au surplus, Boccace ne prêchait point d'exemple, car c'était précisément alors qu'il préparait un cours sur la Divine Comédie. Depuis longtemps déjà on commentait la Divine Comédie à Florence, non pas, ce semble, que la langue en parût obscure, mais parce que la grande érudition que Dante y fait paraître mettait souvent en défaut la courte science de ses lecteurs, et parce qu'on voulait découvrir dans son œuvre des sens cachés et symboliques. Benvenuto Ramboli d'Imola avait entrepris cette tâche, le 23 octobre 1373. Boccace lui succéda; ses lectures eurent lieu dans une église, dans l'église San Stefano, car on employait alors couramment les églises pour s'y entretenir de choses

Miniature du ms. du Carmen Bucolicon, Florence Bibl. Laurentiana, Pluteo 34. 4g. A droite, en haut, Calliope encourage le poète.

Page 1