ADMIRATION DE L'ANTIQUITE
à l'imitation de Pétrarque (sonnet XLVii),est une énumération géographique, et la canzone m, une liste de personnages historiques.
Admirateur enthousiaste des anciens ', il considérait leur temps, ainsi que la plupart des lettrés de son époque, comme un âge d'or ; il regrettait amèrement l'abaissement de Rome et se flattait qu'on pouvait lui rendre sa splendeur 2 ; mais, contradiction curieuse, bien qu'il y en ait plus d'un exemple, ses ruines le laissaient tout à fait indifférent ; il ne dut éprouver aucune émotion à les contempler, et la preuve en est que, lorsqu'il mène dans le Filocopo ses héros à Rome, la seule chose qui les y frappe, c'est le Latran \
La recherche des manuscrits, des textes disparus, le passionnait. Benvenuto d'Imola raconte, dans son Commentaire de la Divine Comédie, quels furent son désespoir et sa colère quand, étant au Mont Cassin et ayant demandé à voir la bibliothèque, on le fit monter
i. Il reconnaît toutefois, en parlant des Templiers {Infortunes des Hommes illustres, liv. IX), que les modernes ont à l'occasion montré autant sinon plus d'héroïsme.
2. Il a souvent déploré dans ses vers l'abaissement de la ville éternelle. Dans la canzone m, il dit :
O fleur de toute cité, reine du monde,
Qui tins sous ta domination l'Asie, l'Afrique et l'Europe,
Où sont les deux Scipions ?
Ni le pape, ni l'empereur ne s'occupent de toi....
Et ailleurs il se désole que Paris et Bologne lui soient supérieures.
3. Cependant, quand Filocopo et Biancofiore admirent les ruines merveilleuses des environs de Naples, « ils ne peuvent s'empêcher de songer comment leurs auteurs devinrent grands». (Filocopo, liv. VII, commencement.)
par une échelle dans un grenier où il trouva, sous une poussière épaisse et couverts de mousse, des livres dont les marges avaient été coupées par les moines, dont les feuillets avaient été en partie arrachés et que personne ne songeait à lire \
Lui-même il a décrit ses joies de chercheur persévérant. Il séjournait à Ravenne, et Pétrarque lui avait demandé d'examiner si Pierre de Ravenne et Pierre Damien (né à Ravenne, vers 988) étaient une seule personne. En vain fouillait-il les archives et interrogeait-il les plus savants parmi les habitants, il n'obtenait aucun renseignement2. «Autant interroger, dit-il, les lointains Espagnols sur les coutumes et sur l'histoire des Indiens ; je m'étonnais qu'un homme ayant joué à Ravenne un si grand rôle, y ayant fondé un monastère, fût à ce point oublié. » Quand un vieillard lui dit qu'il croyait posséder quelque chose sur Damien, Boccace le suivit chez lui et se mit à dépouiller des monceaux de parchemins, couverts d'écriture et tirés de vieux sacs tout noirs de fumée. Il commençait à se trouver fort ridicule d'avoir cru ce que lui avait dit le vieux, quand soudain il aperçoit un volume tout maculé de taches et en mauvais état ; il l'ouvre et lit à sa grande joie sur la première page : Vie de saint Pierre Damien 3.
Boccace offrit aussitôt à Pétrarque de lui envoyer le
1. Dans Muratori, Antiq. ItaL, II, 801. Kxette, Beitrâge, 1888.
2. Corazzini, Le Lettere di Boccaccio, Florence, 1877, p. 3o3.
3. C'était la biographie du saint écrite par un de ses disciples, Giovanni de Lodi.
texte original ou une copie, bien qu'il trouvât cet ouvrage « plus propre à divertir une assemblée de femmelettes qu'un homme sérieux ' ». On peut donc ranger Boccace parmi ces érudits patients, tels que Pétrarque, Pogge, Bessarion, dont les recherches ardentes et infatigables ont sauvé d'une lente destruction tant de chefs-d'œuvre enfouis dans les bibliothèques monastiques. Sa bibliothèque dut être très fournie en ouvrages classiques achetés à grands frais, autant toutefois que le lui permettait la modicité de ses moyens, ou bien transcrits par lui.
Il copia de sa main la Consolation de Boèce, que Bernardo Bembo et Fulvio Orsini possédèrent ensuite et qui était, du moins au temps de Fulvio, un beau volume relié en velours vert2.
Il est probable que Boccace parlait le français comme la plupart des Italiens de la classe moyenne de ce temps, d'autant que son père avait fait, comme on sait, de fréquents séjours en France. On trouve dans ses écrits, comme dans ceux de Villani, de nombreux gallicismes. Le dialecte napolitain devait lui être familier, puisqu'il adressa à messer Alessandro de' Bardi une lettre en
i. La lettre est datée : Cloaca fere totius Galliœ Cisalpinœ, 2 janvier. Or, Boccace est entré en relations avec Pétrarque en octobre i35o; ce n'est donc ni dans son premier ni dans son second séjour à Ravenne, antérieurs l'un et l'autre à cette lettre, qu'il fit la découverte du manuscrit que recherchait Pétrarque, ce fut plutôt en 1 353, quand il y fit un assez long séjour. Le i3 juillet, il adressait de Ravenne une lettre à Pétrarque. (Voir p. 100.)
2. P. de Nolhac, La Bibliothèque de Fulvio Orsini, Paris, 1887, p. 109, 237.
napolitain « pour le divertir 1 ». Il est certain, d'autre part, qu'il savait le provençal, puisqu'il dit lui-même dans le Décamêron que ce sont des récits provençaux qui lui ont fourni le sujet de la ix' nouvelle de la IVe journée, celle dans laquelle il raconte comment messire Guillaume de Roussillon fit manger à sa femme le cœur de son amant \