Commencement de la ive journée
de conter, et l'on sait avec quel art, sans nul autre souci que celui de charmer l'esprit ou de piquer la curiosité de ses lecteurs. Ces rapides récits ne laissent pas de place à l'étude psychologique ni aux réflexions philosophiques dont il est coutumier. Mais, n'ayant plus le souci d'entourer de belles et d'ingénieuses fictions l'histoire de sa propre existence ou d'imiter les modèles qu'il se proposait, il se pique surtout d'exactitude, de peindre au vif les personnages et leur milieu, d'être vrai ; c'est pourquoi le Dêcamêron abonde en détails minutieux et précis. Boccace se plaît parfois à indiquer jusqu'à la rue dans laquelle habitent ses héros. Certains contes sont des tableaux de la vie populaire ou bourgeoise d'une incomparable vérité. En sorte que ces fictions paraissent infiniment plus réelles que les récits où il raconte ses aventures et se met lui-même en scène.
Le caractère de Boccace se découvre d'autant moins dans le Dêcamêron que la plupart des contes qui le composent ne sont point de son invention ' ; il les puisa soit dans les milieux populaires florentins, où il fréquentait volontiers, soit dans cette société napolitaine polie; ") mais très montée de ton, dont le commerce avait fait si ( longtemps ses délices 2 ; il puisa partout, même dans ses propres œuvres ; deux des récits de la cour d'amour du
i. H sera parlé plus loin de ce que les contes contiennent touchant les moines, les prêtres et le clergé en général.
2. Gebhart a traité longuement du Dêcamêron dans les Conteurs florentins Paris, 1901. Cf. Liclpgo Cappelletti, Studi sul Decamerone, Parme, i885.