‹ BoccaceChapitre 6 sur 112 · BAIES · texte numérisé non relu

BAIES

vêtements de cendal et allaient parmi les rochers et dans l'eau arracher des coquillages ; d'autres péchaient avec des filets. » Parfois des jeunes filles, assises sur la proue d'une barque, chantaient des chansons (sonnet xxxn), ou bien elles devisaient d'amour dans un frais bocage. C'est une de ces visions, sans doute, qu'il a si gracieusement décrite dans le sonnet xn :

Autour d'une fontaine, dans un pré Couvert d'une herbe verte et de fleurs jolies, Étaient assises trois angelettes parlant Peut-être de leurs amours. De chacune

Le beau visage était ombragé d'un vert rameau, Oui ceignait ses cheveux d'or, et une brise légère Remuait doucement et l'or de sa chevelure Et la verdure du rameau.

Après un moment, l'une dit aux deux autres, A ce qu'il m'a semblé : « Eh, si d'aventure De chacune de nous l'amant survenait,

Fuirions-nous d'ici avec terreur ? »

A quoi les deux autres aussitôt répondirent :

« Celle qui fuirait serait peu sage en l'occasion. »

Quand venait le printemps, c'étaient des cours d'amour. « Les jeunes filles, dit Boccace, ornées de leurs plus somptueux bijoux, tâchaient de rivaliser de beauté ; les vieillards les regardaient ; les jeunes gens dansaient en les prenant par leurs délicates mains. » (Filocopo.)

Boccace fut tout de suite admis dans cette aimable société1. « J'ai vécu, écrit-il, au milieu des jeunes nobles, et ils ne dédaignaient pas de venir chez moi. »

Le mépris de la noblesse pour les gens de la classe moyenne et surtout pour les marchands ne s'est guère manifesté que du jour où sa supériorité effective a commencé de décliner.

Boccace dut certainement parcourir bien des fois la côte d'Amalfi, « parsemée de petites cités, de jardins et de ruisseaux - ».

Ce décor à la Poussin commandait l'amour. Boccace avait alors vingt ans (1313-1333); il n'était pas beau, à ce qu'il semble ; ses lèvres étaient épaisses, ses cheveux roux ; son visage était rond, sa taille haute3; mais il avait de la gaîté et le rire facile ; il aimait la causerie et contait en perfection. Son âme était trop éprise de beauté, trop ardente, et il avait trop souffert jusqu'alors de la froideur de ceux qui l'entouraient pour n'être pas avide d'aimer. Il eut des passades ; ses biographes les plus proches, Filippo Villani, Squarciafico, Betussi, en tombent d'accord4. Le «merle noir », la «blanche

1. De Blasiis, La Dimora di G. Boccaccio a A'apoli [Arch. Storico per le Prov. Napolitane, XVII, 1892, p. 494).

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