‹ BoccaceChapitre 5 sur 112 · ARRIVÉE A NAPLES · texte numérisé non relu

ARRIVÉE A NAPLES

Néanmoins, il semble avoir étudié vers ce temps la grammaire avec Giovanni di Domenico da Strada, le père de son ami Zanobi'.

Peu lui importaient les études pratiques et profitables ; les « doctes sciences furent le plaisir et le désir de sa jeunesse », parce qu'elles lui paraissaient contenir « l'art et le secret de la poésie ». A vrai dire, l'érudition et la poésie étaient alors inséparables ; on avait scrupule de traiter en vers d'autres choses que des faits mémorables ou des idées philosophiques. Combien Pétrarque ne s'excuse-t-il pas de consacrer ses vers à ses amours !

Enfermé dans les sombres boutiques ou dans les froides écoles de théologie de Florence, Boccace ne soupirait qu'après les champs, la lumière, l'espace et les études désintéressées. Or, son rêve se réalisa. Comment, pourquoi? On ne le sait guère. Le fait est que, ainsi que dans un conte de fée, il se trouva subitement transporté dans le milieu qui convenait le plus à ses goûts, à Naples, la ville par excellence des plaisirs, des lettres, de la courtoisie et du gai savoir 2. Il raconte que deux ours féroces, aux prunelles ardentes, lui avaient interdit l'entrée de sa maison, voulant sans doute indiquer par là que sa belle-mère Margherita et son demi-frère, qui avait alors quatorze ans, lui en rendirent le séjour insupportable. Peut-être suivit-il

i. De Hortis, Studj suite Opère latine di Boccaccio, Trieste, 1877, p. 267.

2. iMarcantonio Nicoletti, qui écrivit sa vie cent cinquante ans plus tard, rapporte, sur la foi d'un témoignage oral, qu'il alla visiter des parents dans le Frioul et passa de là, par Pola. dans les Pouilles.

l'exemple d'un jeune Florentin avec lequel il fut lié, Acciajuolo, de trois ans plus âgé que lui, lequel venait de s'établir à Naples et y avait fort bien réussi, « car il était bien doué et beau x ».

« Naples, dit Boccace dans la Fiammetta, était gaie, pacifique, abondante et splendide, plus qu'aucune autre cité italienne, fertile en fêtes, en jeux, en divertissements. — Là, dit-il encore dans un de ses sonnets (lxix), on ne s'occupe qu'à festoyer, à danser au son des chants et de la musique, à discuter sur l'amour et à perdre les âmes chancelantes avec de douces paroles. Vénus y a si pleine licence que plus d'une qui vint Lucrèce s'en est retournée Cléopâtre. » Quel charme aussi dans la campagne environnante ! Baies était encore, comme au temps d'Ovide, un lieu de délices et de folies. « Les rivages de la mer, les gracieux vergers, les jardins retentissaient de fêtes variées, de jeux toujours nouveaux, de très belles danses, de la musique d'instruments en nombre infini et de chansons d'amour.» (Fiammetta.) « A certains jours, les jeunes gens et les jeunes filles s'en allaient par gaies compagnies, et, lorsqu'on avait trouvé quelques frais ombrages, on plaçait des tables que l'on chargeait de mets si délicats qu'ils provoquaient l'appétit dès l'abord; puis on se mettait à danser, à folâtrer; on errait en barque le long de la rive ; les jeunes gens se déchaussaient, relevaient leurs

i. La Giovine^a di Giov. Boccaccio (i3i3-i34i), par Arnaldo dflla Torrk, f'.iua di Castello, 1905. Cf. Ameto, éd. Sansovino, i5bS, p. 70.

Page 1