DICTIONNAIRE GÉOGRAPHIQUE
Numicio, jadis si célèbre, a disparu; que le Rubicon est à peine connu et, quant au fleuve Sebeto, en Campanie, il déclare ne pas se souvenir qu'on le lui ait jamais montré. Sa description du cours du Pô, depuis le mont Viso jusqu'à la mer, avec l'énumération de ses affluents de droite et de gauche, des villes qu'il traverse, est d'un géographe moderne qui se piquerait d'exactitude et de clarté. Il est également très renseigné sur le cours du haut Nil, qu'il dit si encombré de plantes et d'herbes hautes que la navigation y est impossible ; il ajoute qu'il prend sa source dans de grands lacs marécageux, dont les indigènes eux-mêmes ne connaissent pas les limites. Telle en est la fécondité, ajoute-t-il, que les femmes qui boivent ses eaux deviennent aussitôt mères.
Le nombre des ouvrages que Boccace dut consulter pour rédiger son Dictionnaire est considérable. Pomponius Mêla lui fournit le plus de renseignements ; des passages entiers sont une transcription du De situ or bis ; il a puisé également avec abondance dans Pline ainsi que dans Varron, dans Flavius, dans Jules César, dans Eusèbe, dans les grammairiens Servius Honoratus et Solinus, dans Orose et dans Aristote, seul des écrivains grecs*.
Boccace redevient poète en parlant de la fontaine de Vaucluse. « C'est une très noble source, écrit-il, qui sort d'une caverne reculée, percée dans une montagne
i. De Hortis, Accenni aile Science Naturali nelle Opère di G. Boccaccio, Trieste, 1877, donne une nomenclature complète des passages empruntés.
toute rocheuse ; si grande est l'abondance de ses eaux qu'on dirait que l'abîme l'alimente ; la saveur en est agréable dès leur source ; elles sont claires, abondantes en poissons délicats et nourrissent une certaine herbe dont les bœufs sont si friands qu'on les voit entrer dans l'eau jusqu'à mi-jambe pour en manger. C'est là que Pétrarque, fuyant le tumulte des cités, s'est retiré pour composer son grand poème sur Scipion l'Africain. » La mythologie et la fable s'imposent à tout moment à sa mémoire. De même qu'il ne voit dans la colline vaticane que le lieu où Jupiter passa son enfance, de même il raconte que sur le mont Hymette pousse une herbe rare dont les femmes s'entourent le bras, en guise de bracelet, afin de se rendre plus désirables. Sur le sommet de l'Olympe, les cendres d'un sacrifice demeurent d'une année à l'autre, preuve que les nuées n'y atteignent pas, que les pluies n'y tombent pas, que les oiseaux n'y volent pas. Il est en Ëpire une source, Socet, qui éteint les torches enflammées et allume les torches éteintes. Le fleuve Méandre est appelé par antiphrase Euphrona, parce qu'on trouve dans son lit des pierres dont la vertu est telle que, si on en place une sur la poitrine de quelqu'un, il devient fou au point de tuer infailliblement un de ses proches. Boccace raconte encore une pêche miraculeuse à laquelle il assista sur les bords du lac Averne, « du temps que le roi Robert vivait ». La quantité de poissons qu'on en retira fut étonnante, mais ils étaient noirs à l'intérieur